n°12 Janvier 2009

L´Europe n’est pas le problème, l´Europe c´est la solution.

Définir les défis de l´Europe est un sujet aussi vaste que complexe, mais il est essentiel, à la veille des élections européennes de 2009 de resituer l´Europe dans le débat politique général, car elle affecte directement tous les niveaux de pouvoirs ainsi que les citoyens. Mais, pour beaucoup, l’Europe reste une structure complexe.

Mathieu GROSCH, Député au Parlement européen au Groupe du Parti populaire européen (Démocrates-chrétiens) et des Démocrates européens PPE-DE

La thématique européenne reste orpheline dans la plupart des pays européens et particulièrement en Belgique alors que tous les niveaux de pouvoirs, du communal au fédéral, sont directement concernés.

La vie quotidienne de nos citoyens a pris des accents européens que beaucoup ignorent. La qualité de l´eau, la mobilité, la reconnaissance des diplômes, la sécurité alimentaire, la cohésion sociale entre les régions ne sont que quelques exemples qui démontrent cette présence européenne dans la vie de tous les jours.

Et pourtant, l´Europe est perçue comme une structure complexe, peu transparente. Elle est plus souvent citée par ses absences, que par ses acquis : absence de l´Europe fiscale et sociale, absence de l´Europe des relations extérieures, absence de l´Europe de la sécurité intérieure et extérieure.

Le défi majeur peut se décliner en quelques points essentiels. Il est d´expliquer et de faire comprendre que l´Europe n´est pas le problème mais la solution, que l´Europe "des succès" est souvent accaparée par les Etats membres et l´Europe de l´attente citoyenne trop rarement entendue par les Etats membres.

Pour répondre à ce défi général quatre pistes sont essentielles.

1. Le fonctionnement de nos institutions doit être efficace et plus concret pour les citoyens.
Le débat institutionnel doit dès lors aboutir rapidement. Les difficultés qui sont ressorties des "Non" doivent être maîtrisées, car le traité de Lisbonne représente la base de travail, avec 27 Etats membres.
Le traité permet aux organes de l´Union européenne de fonctionner avec les nouveaux États membres dans une plus grande transparence et une codécision renforcée.
La codécision et les coopérations renforcées seront des atouts majeurs d´une politique plus transparente et plus efficace.

L’Europe a besoin de visage. Voter pour des directives ne sera jamais motivant, mais voter pour un président comme, par exemple, Jean-Claude Junker qui a une idée précise d´une Europe communautaire ou d´un autre côté, par exemple, Tony Blair avec ses perceptions intergouvernementales rendrait le débat vivant, proche des citoyens et surtout concret.

2. L´Europe doit démontrer qu´elle est un interlocuteur crédible à tous les niveaux.
L´Europe a prouvé sa crédibilité en apportant la paix, la liberté et le bien-être pour une large partie de sa population. Mais l´Europe n´avancera pas seulement en s’appuyant sur son acquis historique. Elle doit se positionner à la hauteur des défis et des attentes actuelles des populations, et devenir un interlocuteur crédible pour les citoyens, les institutions locales, régionales, nationales et internationales.

L´environnement, le changement climatique constituent dès lors des défis particuliers.
La nécessité de l´évolution de la planète et l´impact des industries modernes et de notre mode de vie et de consommation, nous imposent un changement radical d´attitude. Ici le seul acteur crédible ne peut être que l´Europe pour convaincre tous les Etats membres de prendre solidairement leurs responsabilités. Ici l´industrie, l´employeur et le citoyen comprendront rapidement l´importance d´initiatives au niveau européen et le danger de se désolidariser des autres pays.
L´Europe c´est la solution vers l´intérieur mais aussi vers l´extérieur. Se donner des règles strictes, des contrôles, et les respecter est la seule façon d’imposer nos règles au niveau global pour assurer une efficacité maximale.

3. Le changement climatique, qui semble rassembler les européens sur leur conviction de la nécessité d´une action "commune" est le vecteur idéal pour démontrer que l´intégration européenne est la seule voie vers un avenir meilleur pour tous.Le débat autour des sujets de régulation en matière économique, sociale ou fiscale sont continuellement marqués par un nationalisme et même un sousrégionalisme croissant.
C´est au nom de la subsidiarité que certains sujets restent "tabou" au niveau européen. Et pourtant, ces sujets sont le plus souvent relevés par les citoyens comme devant être mieux régulés au niveau européen afin d´éviter par exemple les paradis fiscaux, le dumping social ou l´économique nuisible dans leur ensemble à tout fonctionnement efficace.

L´Europe doit avoir une approche différente des sujets en tenant compte de la situation actuelle dans les différents pays. Les objectifs quant à eux doivent être identiques dans, par exemple, la lutte contre la pauvreté, l’égalité de traitement entre les sexes, le respect des structures familiales, les solidarités face aux "accidentés de la vie", la taxation minimum et transparente, pour n´en citer que quelques uns.

Ces débats, dans le respect des différences et en tenant compte des moyens rendront l´interphase entre l´Europe et les parlements nationaux et régionaux plus efficace. Ils activeront par ailleurs l´interaction entre les parlements nationaux, régionaux et le Parlement européen.

4. La coopération renforcée entre les parlements pour mieux situer les débats au niveau des différents parlements.Ce dernier aspect est un des plus importants pour rendre le débat européen plus concret et plus efficace dans les différents pays membres. Les parlements nationaux et régionaux doivent participer au débat européen "au préalable" et non, comme c´est trop souvent le cas, "a posteriori" c’est-à-dire dans la phase de transformation des directives européennes. Outre le fait que les sujets traités au niveau national et régional sont toujours mieux suivis par les citoyens, cette démarche responsabiliserait bien plus les gouvernements et le Conseil des Ministres face à leurs citoyens dans leurs prises de fonction sur les thèmes débattus et réglementés au niveau européen.

L´Europe qui se veut plus citoyenne et plus efficace doit en conclusion se doter des moyens appropriés pour élargir aux institutions nationales et aux citoyens tous ces débats de fond et mettre le citoyen clairement devant des choix d´avenir quant à sa structure, son fonctionnement et ses objectifs.

L´Europe doit démontrer que, là où elle est effectivement présente, il y a des progrès pour le citoyen et là où l´Europe ne peut agir par la volonté des pays membres, les problèmes ne sont jamais résolus dans leurs entièreté.

L´Europe n´est pas le problème, l´Europe c´est la solution.

n°12 Janvier 2009

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