n°8 janvier 2008

Wallonie-Bruxelles Je t’aime... Un peu, beaucoup...

Les relations entre la Wallonie et Bruxelles, c’est un peu comme un couple « people » qui fait des déclarations médiatiques sur son amour, qui tente quelques expériences de cohabitation limitée, qui a timidement ouvert un compte commun (que chacun rechigne à alimenter), et qui évoque de temps à autre, du bout des lèvres, un mariage improbable…

Pascal HENRY, Président du Comité de Rédaction

Dans leur album de famille, il y a quelques pages plutôt roses. Epinglons les accords de la Saint-Michel et Saint-Quentin (1992), et ceux de la Saint-Polycarpe (2001), qui ont permis d’éviter le naufrage financier de la Communauté française.

Et puis il y a pas mal de photos plutôt floues. Parmi d’autres, on songe aux cumuls de certains Ministres régionaux siégeant au Gouvernement de la Communauté française : expériences souvent peu concluantes, selon les intéressés eux-mêmes.

Le groupe Wallonie-Bruxelles (« la Commission Arena ») est sollicité pour remplir les prochaines pages de l’album de famille. Faut-il s’en réjouir et annoncer d’ores et déjà de (nouvelles) fiançailles ?

Cinq brefs commentaires.

- Quel est l’objet de ce groupe ?

Apparemment, c’est clair : il s’agit de réfléchir à l’avenir des francophones de Wallonie et de Bruxelles et à leur(s) projet(s) commun(s).

C’est déjà moins clair si l’on parcourt les 5 questions qui ont été précisées lors de l’installation du groupe :

Quel projet pour les francophones dans un état fédéral ?

Comment créer la dynamique la plus positive en matière économique et sociale et quelles interdépendances ?

Quelles sont les synergies à élaborer avec la Flandre et la communauté germanophone ?

Quelle place pour les francophones dans la Belgique, l’Europe, le monde ?

Comment répondre aux inquiétudes suscitées par l’évolution de l’Etat fédéral ?

Le chantier paraît à la fois (trop) vaste, davantage dicté par le contexte de tensions communautaires et relativement ciblé sur des questions institutionnelles.

- La méthode, qui associe, dès le départ des travaux, des parlementaires et des acteurs de la société civile, est-elle la plus pertinente ?

Elle a certes le mérite de favoriser la concertation. Mais ne serait-ce pas plus efficace si l’on soumettait à la concertation des acteurs de la société civile un projet initié par le politique ?
Ce qui revient à se demander si le politique a un projet francophone.

- La composition du groupe pose question.

La représentativité des acteurs de la société civile est-elle garantie ? Ces acteurs engagent-ils les institutions dont ils sont issus ?
Pourquoi n’y a-t-il pas d’acteur de l’enseignement (obligatoire), alors que ce secteur est le « poids lourd » de la Communauté française ?

- Quelle crédibilité accorder à la démarche ?

Le Parlement de la Communauté française est institutionnellement le trait d’union entre la Wallonie et Bruxelles.
Faut-il donner une interprétation particulière au fait qu’on ne lui a pas confié cette responsabilité ?
A partir de cette suspicion, c’est la crédibilité elle-même de l’institution communautaire francophone qui se pose.
Quel poids lui accorde-t-on encore dans les états majors des partis francophones ?
Les gouvernants eux-mêmes semblent préférer siéger au Fédéral ou à Namur, plutôt qu’à la Communauté française.

- Le moment est opportun pour réfléchir à l’avenir des francophones.

Non pas pour nous replier sur nous-mêmes, au cas où… Mais parce que nous sommes convaincus qu’une période de crise, de tensions communautaires et intrafrancophones est un contexte favorable pour faire émerger de nouveaux équilibres.

C’est pourquoi Humanisme et Solidarité propose des contributions au débat politique sous la forme d’un dossier Wallonie-Bruxelles.

Fil conducteur : comment renforcer les interactions entre les politiques de la Communauté française, de la Région wallonne et de la Région bruxelloise pour l’enseignement, la culture, la lutte contre la pauvreté, les relations internationales ?

Mettons de côté nos tabous, nos sondages, nos chapelles (…et nos maisons du peuple…) !
Et surtout ne commençons pas par bricoler des mécanos institutionnels avant d’avoir écrit le projet politique.

Osons développer des projets politiques ambitieux, qui permettent de relever ensemble, Wallons et Bruxellois, des défis communs, pour l’emploi, l’éducation, la formation, la culture, les politiques sociales, le logement, la mobilité.

n°8 janvier 2008

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