Numéro spécial avec le soutien financier de la commission Européenne et de l’EZA septembre 2011

Trois expériences de terrain de mise à l’emploi de publics marginalisés.

Mr Leonardo MURARO, Président de la province de Trevise et Mme Laura F. BENETELLO,
Directrice CFP Fonte (Italie)

Mr Leonardo MURARO, Président de la province de
Trevise
Province de 375km², Trevise
compte 103000 sociétés pour
900000 habitants.

Les travailleurs ont entre 16 et
54ans, et le taux de chômage a
augmenté depuis le début de la
crise, on observe également
une augmentation du chômage
intellectuel. Les sociétés sur
notre territoire sont surtout
des sociétés qui travaillent dans l’artisanat avec
moins de 15 employés, ce sont souvent des sociétés
familiales. Il y a 3 multinationales qui ont quitté
notre territoire (Electrolux par exemple), toute la
production est “outsourcée”, délocalisées à cause de
la politique fiscale dans notre pays.

Nous avons une politique de compétence en matière
du travail, il y a des règlementations, des lois. Notre
politique du travail est très active et nous avons
essayé de profiter au maximum de cette loi en
particulier en faveur des jeunes. Nous avons aussi
essayé d’aider les personnes en chômage temporaire
avec la « casa de integration ».
C’est une politique de travail qui représente 25
millions d’euros mais le plus important c’est la
méthodologie novatrice qui est mise en oeuvre. On dit
que c’est une politique innovatrice parce que nous
avons essayé de combiner les interventions du
secteur privé et public pour donner plus d’occasions
aux secteurs qui en ont besoin, pour aider l’artisanat.
Quand on perd son emploi en Italie on reçoit pendant
3 ans une subvention mais qui n’est pas très élevée,
donc on aide ces personnes pour qu’elles puissent
survivre et nourrir leur famille.
L’année passée nous avons dépensé 11 milliards en
allocations de chômage, mais c’est ce qui nous
permet de maintenir notre société civile, c’est une
sauvegarde.

La question qu’on se pose c’est de savoir si cet argent
a vraiment été utilisé de manière efficace ? Est-ce que
ça a créé de l’emploi ou bien est-ce que ça a juste
renforcé la politique d’assistance ?
Pour en revenir à la situation de Trevise, on
remarque que le taux de chômage des jeunes entre 16
et 24 ans est très inquiétant, ce taux de 6,4%
représente 20% du chômage total (comprenant
chômage à long terme et chômage intellectuel).
On voit que les jeunes universitaires se trouvent dans
une situation où même en étant diplômés ils ne
peuvent pas accéder au marché du travail (parce
qu’ils ne trouvent pas de travail en lien avec leurs
études, et parce que des entreprises ne veulent pas
engager des jeunes universitaires qui connaissent
beaucoup de chôses entre autre sur le
fonctionnement syndical …) Ce chômage intellectuel
représente 3% du chômage total.

Nous avons mis en oeuvre des politiques de travail
basées sur le travail en équipe, des politiques actives,
des politiques en faveur des universitaires (par
exemple : ils peuvent travailler pendant l’été dans des
sociétés qui offrent des jobs en lien avec leurs
études), nous aidons les artisans, les indépendants, …
Tout cela se fait en dehors de l’aide officielle
italienne.
Nous avons un autre projet entièrement financé par
la province de Trevise. Nous payons les 6 premiers
mois de travail pour 5000 jeunes, nous voyons s’ils
sont capables de s’intégrer dans l’entreprise et si
après 6 mois tout fonctionne bien le jeune est intégré.
Dans ce cadre, nous donnons aussi des “incentives”
aux entreprises, nous avons créé 5000 emplois
depuis le début de l’année. 59% de jeunes ont trouvé
un emploi à long terme.
Une politique active en matière d’emploi doit mettre
en oeuvre des solutions novatrices. Je partage les
préoccupations sur ce qu’est entrain de faire l’Union
Européenne.

En Italie nous avons aussi le problème de milliers de
migrants libyens arrivés sur notre territoire avec
aucune aide de l’Europe pour aider ces personnes. On
ne peut rien faire pour les aider, on n’en a pas les
possibilités.
Que peut-on faire si le Conseil des Ministres prend la
décision de renvoyer ces gens ?

Le marché du travail a besoin de politiques
d’intégration et de politiques de travail actives.

Mme Laura F. BENETELLO, Directrice CFP Fonte
(Italie)

C’est le plus grand centre de
formation professionnelle de
cette région. Il acceuille 648
élèves qui proviennent de 4
provinces et de 54
communes.
Ces élèves sont souvent issus
des familles à faibles ressources économiques,
culturellement peu développées, absentes ou
conflictuelles.

Le Centre adopte différentes stratégies : en vérifiant
préventivement les niveaux de départ, en proposant
des parcours personnalisés, des parcours
d’alternance école-travail, en mettant en oeuvre des
formations complémentaires de courte durée, ...
Ces stratégies adoptées sont en lien avec différents
acteurs de mêmes réseaux:les communes, les
collectivités locales, les écoles, les associations
professionnelles, les coopératives sociales, ...

Ce Centre expérimente une approche systémique à
travers des parcours offrant une intégration entre
élèves, parents, enseignants, opérateurs des
organismes locaux du système sanitaire,
administrateurs des collectivités locales et assistants
sociaux. Ceci afin, entre autre, de coordonner et
intégrer d’une manière cohérente et complémentaire
les interventions respectives de tous ces acteurs.

Les objectifs finaux du Centre sont travaillés à travers
différents programmes : Améliorer la relation et la
communication entre parents et enfants ; Augmenter
la capacité d’analyse des problèmes éducatifs qui
peuvent surgir ; Augmenter la connaissance du
développement psychologique des enfants et des
principes qui le règlent ; Diffuser des méthodes
éducativs efficaces ; Rendre la vie familiale plus
agréable ; Augmenter la capacité d’une gestion
appropriée des problemes (éducatifs, etc).

Mr Kais BEN MOUSSA, Directeur Plie Uni-Est
(France)

Plie Uni-Est, association émane d’une
politique des élus de l’agglomération
lyonnaise, s’occupe de l’accompagnement
des publics en difficulté vers
l’emploi.

Les marchés publics représentent
environ 10% du PIB français. Les
collectivités territoriales s’appuient
depuis 2001 sur la commande
publique pour permettre à des personnes en
insertion économique de bénéficier d’une expérience
de travail en entreprise via les clauses d’insertion.
Ces clauses favorisent le retour à l’emploi des publics
prioritaires en priorisant les habitants des communes
qui accueillent l’opération.

Cela répond aux besoin de main d’oeuvre des
entreprises, et cela permet notamment l’obtention
d’une première expérience professionnelle pour les
jeunes de moins de 26 ans.
Les clauses d’insertion sont une obligation données
par le service public pour les entreprises qui
postulent sur le marché public, elles se basent sur des
articles du Code des marchés publics.
Presque tous les marchés peuvent être éligibles à la
clause d’insertion, mais ce sont traditionnellement
les marchés de travaux qui sont visés.

Les principaux acteurs de la clause d’insertion sont
tous les maitres d’ouvrage publics ou privés, les
entreprises envisageant de répondre à un marché
public ainsi que les acteurs de l’emploi.
La communauté urbaine de Lyon est l’un des
principaux donneurs d’ordre de l’agglomération du
fait de ses compétences en matière de voirie, de
propreté et d’urbanisme. Le Grand Lyon généralise
l’usage des clauses d’insertion à l’ensemble de ses
marchés de travaux et de service. Les entreprises
jouent le jeu et aujourd’hui 400 personnes ont
bénéficié d’un contrat de travail.

Depuis 2003 l’Etat et le Grand Lyon confient aux
PLIE, une mission d’appui pour répondre aux
besoins des maîtres d’ouvrage et des acteurs de
l’emploi et de l’insertion sur la mise en oeuvre des
clauses d’insertion ainsi que pour mettre en réseau
les organismes de l’agglomération.
Un interlocuteur unique est proposé au maître
d’ouvrage et aux entreprises attributaires pour
simplifier et optimiser le dispositif.
Toute cette mise en oeuvre est très encourageante
dans l’agglomération lyonnaise. Les taux de
réalisation des objectifs d’embauches sont
généralement atteints, voir dépassés. Les entreprises
titulaires des marchés jugent les collaborations
efficaces pour trouver du personnel.
Tout cela n’est possible qu’avec une volonté politique
forte, parce que sans ces articles de loi ce travail
n’aurait pu avoir lieu.

Quel est l’impact des clauses d’insertion dans les
marchés publics ?
Dans l’Est lyonnais en France depuis 2005, ces
clauses ont pu faire travailler en moyenne 200
personnes par année.
Si l’on observe les résultats cumulés, on remarque
que les organisations qui portent les marchés publics,
sont principalement les bailleurs sociaux (démolition
et construction de bâtiments) et puis les nombreuses
administrations françaises.

Les travailleurs viennent prioritairement des
quartiers prioritaires qui font l’objet des chantiers.
L’essentiel des types de contrats générés par les
clauses sont des contrats dits « précaires ».
Les clauses sont un outil de lutte contre la
discrimination puisque les publics qui accèdent à
l’emploi via celles-ci n’y accèderaient pas sans.
On se rend néanmoins compte que les emplois
générés par ces clauses ne sont pas spécialement des
emplois de qualité.

Il serait judicieux d’alterner plus avec de la formation
car c’est cela qui au final génère de l’emploi pérenne.
En conclusion, le fait qu’il y ait des articles de loi qui
obligent à ces clauses d’insertion rend cela possible.
C’est une bonne idée pour d’autres pays ou villes qui
devraient essayer d’appliquer ces principes chez eux.

Mr Gyula Struhar, Directeur RVA (Hongrie)

Le RVA est un bureau d’étude établi en 1992 par 20
municipalités et 10 organisations avec pour objectif
d’assister le développement économique de la région
en promouvant des nouvelles entreprises et en créant
de nouveaux emplois. Il a été financé jusque 2000
par le programme PHARE.

Notre région est la plus développée de Hongrie, c’est
une région très industrielle (surtout industrie
automobile et technologique).
Il existe, sur le territoire de cette région, beaucoup
d’écoles professionnelles et secondaires, mais la
demande des entreprises ne correspondait pas au
système éducationnel de ces écoles.

Il a donc fallu réorganiser l’enseignement
professionnel pour qu’il y ait des correspondances.
La mission de notre organisme était au départ de
contribuer au développement de la région par la
création d’entreprises. Nous avions des services de
consultance et aujourd’hui encore nous pouvons
offrir une consultance variée.

Nous avons deux ou trois activités permanentes : la
création d’entreprises (programmes de formations,
consultance, aide financière), une bibliothèque
“business” et des bases de données accessibles,
l’édition et la publication d’ouvrages sur les affaires et
le commerce.
Tous nos services sont gratuits et nous avons été
contactés petit à petit par des gens qui n’ont plus de
ressources.

Un des services que nous offrons c’est le micro-crédit
(avec coaching durant la procédure).
L’objectif de ces micro-crédits est de stimuler les
entreprises en soutenant des personnes à devenirs
entrepreneurs, indépendants, et de ce fait créer de
nouvelles opportunités d’emploi.

Deux tiers des micro-crédits ont été octroyés à des
personnes qui ont au moins un diplôme de
l’enseignement secondaire. 50% des micro-crédits
ont été octroyés à des indépendants. C’est la tranche
des 46-60 ans qui bénéficie le plus des micro-crédits.
Un autre projet que nous mettons en place est un
projet spécifique pour les femmes qui souffrent d’un
handicap multiple, pour lequel nous recevons des
subventions du FSE. Ces femmes sont souvent
divorcées, sans emploi depuis deux ans et dans une
situation difficile. Dans le cadre de ce projet nous
dévelloppons des cours, des formations et nous leur
apprenons comment trouver et garder un emploi.

Numéro spécial avec le soutien financier de la commission Européenne et de l’EZA septembre 2011

Les autres titres de ce numéro

Autres Numéros