N°13 Avril 2009

« Tapis rouge pour les volontaires ! »

Le colloque "Jeunes et volontaires" [1], qui a eu lieu le vendredi 13 mars, s’inscrit dans la campagne menée par le CJC en 2009 "Tapis rouge pour les volontaires !"
Il a réuni professionnels de la jeunesse et du volontariat : cadres bénévoles, permanents, responsables nationaux des Organisations de Jeunesse, ...
Ceux-ci ont pu croiser leurs expériences et réfléchir ensemble aux différents aspects du volontariat des jeunes.
Lors de cette journée, les participants ont également eu l’occasion d’interpeller les responsables politiques trois mois avant les élections pour prendre connaissance de leurs propositions politiques sur ces sujets.

Julie FRANCOIS, Secrétaire de rédaction H&S

Le volontariat, un projet de société par et pour les jeunes.

L’engagement volontaire forme les jeunes à devenir des CRACS (Citoyen Responsable, Actif, Critique et Solidaire). Il apporte des compétences et des valeurs aux jeunes : l’autonomie, la responsabilité, l’innovation, …

En quoi les jeunes participent-ils à un projet de société via leur engagement volontaire ?
Jacques Defourny, professeur d’Economie à l’Université de Liège, pense que la vraie question du projet de société dans le volontariat porte surtout sur le regard que le jeune aura sur ses années de volontariat, s’il peut se dire que ce qu’il y a vécu est porteur d’autre chose par rapport à la société.
Le volontariat est réellement porteur de valeurs qui ne vont pas dans le sens de l’air du temps.
C’est un espace de gratuité où la rémunération se fait en termes de sens et d’épanouissement de soi ; un espace où on apprend l’esprit d’entreprise, l’audace, la créativité, la prise de risque ; un lieu d’apprentissage du sens de l’intérêt collectif, aujourd’hui bafoué par le sens de l’intérêt personnel à tout prix, un lieu où on apprend à faire cause commune autour d’un objectif commun.
C’est véritablement un espace de production de bien être pour toute la société. 200.000 heures par semaine de travail bénévole sont réalisées dans les mouvements de jeunesse !
Selon Jacques Dufourny, la crise actuelle mène à penser que le volontariat est une forme moderne d’objection de conscience envers la société capitaliste en crise.

S’engager aujourd’hui : les domaines d’action et les différentes modalités de l’engagement.

Qui sont les jeunes volontaires d’aujourd’hui, pourquoi et comment s’engagent-ils ?
On remarque en général que pour que les jeunes s’engagent il faut de l’action physique, une régularité (d’horaire ou de lieu), un encadrement (au début en tout cas), et une valorisation du jeune.

D’après Olivier Servais, anthropologue et historien – selon qui les raisons de l’engagement des jeunes sont les relations humaines, l’appartenance à un collectif, la responsabilisation, la reconnaissance, la régulation par les pairs, … – c’est la dimension relationnelle du bénévolat qui est fondamentale.
La notion d’institution de l’engagement, que l’on retrouvait chez le militant lourd qui contribuait au changement de la société non pas seul mais via le mouvement, bascule aujourd’hui vers un engagement relationnel, où le militant souple agit sur son environnement et détermine les règles du jeu.

Reconnaissance et valorisation des jeunes volontaires

Anne-Marie Dieu, collaboratrice de recherche à l’Université de Liège en management et gestion des ressources humaines, distingue trois sources de reconnaissance et de valorisation d’un bénévole : directement par les bénéficiaires de son action, par les autres membres de l’association et enfin par les personnes extérieures.

La plupart des volontaires s’accordent sur la nécessité de cette reconnaissance extérieure – politique et supra organisationnelle.
Ils estiment qu’il faudrait reconnaître ce qui fonctionne déjà, au lieu de vouloir y rajouter de nouvelles contraintes légales.

Interpellation politique : L’avenir du volontariat jeune.

Les candidats aux élections ont confronté leurs idées à celles du projet de société que nous défendons. Des intervenants de la société civile les ont interpellés sur différents thèmes.

Vincent Gengler, Président de la Plateforme francophone du volontariat, leur a demandé comment ils voyaient le volontariat dans les associations, sous forme de coup de gueule et de coup de cœur.

Catherine Fonck, cdH, Ministre de l’Enfance, de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé en Communauté française.
- J’en ai ras le bol d’entendre dire « le bénévolat tue l’emploi », je considère le bénévolat comme un épanouissement et aussi une plus value sur un CV.
- Mon coup de cœur : la charte associative, qui renforce notamment les moyens destinés à soutenir l’action décentralisée des associations.

Dominique Dufourny, députée MR au Parlement bruxellois et Echevin à Ixelles.
- Il y a eu trop de législation dans le monde associatif en très peu de temps il et donc très difficile de s’y retrouver.
- Mon coup de cœur : les espaces de démocratie participative tels que le Parlement Jeunesse, en place depuis 13 ans.

Christos Doulkeridis, Président du Parlement francophone bruxellois et député Ecolo à la Région de Bruxelles Capitale.
- Il ne faut pas pénaliser les personnes qui s’engagent de façon volontaire dans une association (par exemple à l’ONEM où on n’accepte pas que l’on soit chômeur et volontaire).
- Mon coup de cœur : Je souhaiterais accorder l’indépendance des moyens et la stabilisation du système de financement des associations.

Carlos Crespo, conseiller en charge des matières « jeu-nesse » auprès du Ministre Marc Tarabella (PS).
- Je suis contre la société de consommation où le profit est une fin en soi. On peut rentrer dans une optique de transformation de la société.
- Je suis pour le non-marchand qui est entrain de monter en puissance et qui a beaucoup de valeur ajoutée.

Etienne Michel, Directeur général du SeGEC, souligne deux réalités : les écoles et les O.J. forment des CRACS mais elles ne sont pas seules, elles évoluent dans un environnement institutionnel complexe. Il est nécessaire de leur assurer une stabilité législative pour qu’elles puissent fonctionner efficacement.

Dominique Dufourny estime qu’une mesure qui pourrait être généralisée à toutes les communes serait la mise à disposition de locaux pour les activités locales jeunes et une stabilité des normes pour que les subsides deviennent récurrents et pour assurer la continuité des projets. Carlos Crespo et Catherine Fonck soulignent l’importance de soutenir la complémentarité entre écoles et associatif. Christos Doulkeridis estime lui que si on veut permettre à tous les jeunes d’avoir une vie associative il faut corriger les inégalités sociales au sein même de l’enseignement.

Bernard Fauville, représentant du secteur des maisons et centres jeunes, évoque une perception négative que le monde adulte a des jeunes, une véritable peur des jeunes.

Dominique Dufourny estime qu’on stigmatise les actes négatifs des jeunes mais qu’on met de côté les points positifs. Christos Doulkeridis et Carlos Crespo ajoutent que la population est influencée par les actes médiatisés qui donnent une impression d’insécurité, mais que les projets citoyens portés pas les jeunes ne sont pas mis en lumière parce qu’ils ne « se vendent pas ». Catherine Fonck dénonce ce phénomène de « stari-sation » de notre société.

Brice Many, Secrétaire Général du CJC, souhaite connaître les mesures que nos élus prendraient s’ils devenaient Ministre de la Jeunesse.

Catherine Fonck s’attellerait à concrétiser le nouveau Décret à tous les échelons. Elle estime que le budget alloué aux O. J. en Communauté française (1,7 millièmes du budget total) est en deçà des besoins sociétaux.
Christos Doulkeridis soutient le service civil citoyen, un moyen pour les 18-25 ans d’exercer une activité volontaire, rémunérée et utile à la société. Dominique Dufourny développerait la participation des jeunes dans les communes en leur attribuant plus de moyens financiers. Carlos Crespo estime qu’il faut une concertation avec les Ministres régionaux de l’Emploi pour construire un plan d’aide à l’Emploi dans les O.J.

De toutes les discussions qui ont pris place, durant ce colloque, sur les différents aspects du volontariat des jeunes, on peut retirer une unanimité sur l’importance et la plus value du volontariat pour la société.
L’expérience du volontariat jeune est fondateur des engagements futurs. Les compétences des acteurs sont transférables dans d’autres lieux : créativité, autonomie, responsabilité, …
Il faut reconnaître et soutenir les jeunes volontaires car on a besoin d’eux pour donner de l’envergure aux actions des organisations, pour leur donner du sens.
Le CJC défend ses positions dans un mémorandum qui récapitule toutes les propositions concrètes.
Mises en œuvre par des mesures politiques, elles pourront changer concrètement la réalité quotidienne des O.J. et de leurs jeunes volontaires.

[1Le compte-rendu intégral du colloque est disponible sur www.tapis-rouge.be

N°13 Avril 2009

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