Numéro spécial avec le soutien financier de la commission Européenne et de l’EZA septembre 2011

Steven D’Haeseleer, représentant de Business Europe

VOB en Belgique. C’est une organisation
parapluie de 41 associations d’employeurs qui fait
du travail de lobbying auprès des institutions
européennes pour défendre les entreprises. Elle
fait également partie du dialogue social avec les
syndicats.

Business Europe a accueilli favorablement la
stratégie européenne 2020. Cela parlait de
croissance durable, intégrée, et intelligente.
Nous étions d’accord avec ces trois objectifs
sociaux : la réduction de la pauvreté, un taux
d’emploi de 75% et un bon niveau d’enseignement
moyen en Europe. Nous y étions favorables mais
concernés en mêmes temps car on ne voulait pas
que cette stratégie ne soit pas prise assez au
sérieux. Nous avons donc demandé plusieurs fois
que les institutions européennes contrôlent
étroitement ce qui se faisait au niveau national et
que les discours des hommes politiques nationaux
soient suivis de mesures concrètes.
Pour Business Europe, il faut un engagement des
partenaires politiques et sociaux, qu’ils s’engagent
à faire plus et à ce que ce soit contrôlé.
Le plus gros challenge pour nous c’est la
croissance économique. Notre croissance est
actuellement à 1% et on a calculé que si on passe à
2% en 2015 on pourrait créer 6000 emplois. Nous
sommes donc en faveur de la croissance
économique : créons de nouveaux et de meilleurs
emplois. Le message clé donné par les syndicats et
les employeurs c’était cette croissance.

Ce qui a fondamentalement changé par rapport à
il y a 10 ans c’est l’environnement économique
international, les Etats membres sont beaucoup
plus sous pression, on leur demande de réduire
leurs déficits, leurs concurrents s’en sont mieux
sortis que les européens et de plus en plus dans les
nouveaux pays on a une main d’oeuvre de plus en
plus qualifiée et de plus en plus souple. Il ne s’agit
plus aujourd’hui de combattre la concurrence des
pays ayant une main d’oeuvre bon marché mais
plutôt de combattre des pays où la valeur ajoutée
est de plus en plus forte.
La force de travail a doublé et on se retrouve en
Europe dans une situation de vieillissement de la
population.
Quand on parle du vieillissement et des retraites,
tout le monde s’interroge sur la viabilité des
systèmes financiers pour les retraites, mais on
oublie souvent dans le débat de parler des impacts
de la situation sur les marché du travail. Chez
Business Europe on insiste là-dessus car il est
important de réfléchir à comment va-t-on garder
les entreprises et attirer des nouvelles entreprises
en Europe avec ce vieillissement de la population.
Voilà ce qui nous préoccupe quand nous parlons
des réformes à mettre en oeuvre.

Nous pouvons aujourd’hui parler d’une situation
où le marché du travail est totalement exposé à un
risque important en raison de ses faiblesses, parce
qu’on n’est pas capable de fournir les bonnes
compétences pour les jobs existants sur marché
du travail et pas capables de faire comprendre aux
entreprises que l’environnement a changé et qu’il
faut pouvoir s’adapter au changement.
Que pouvons nous faire en tant que partenaires
sociaux ? Au niveau européen, pas grand-chose.
Le vrai pouvoir pour les politiciens est encore du
côté des Etats membres, tout ce qui peut être fait
en matière d’emploi relève des Etats membres.
Il faut des approches très fines pour pouvoir
résoudre les problèmes d’emploi dans chaque
pays. Même si, avec une plus grande intégration
européenne, on peut commencer à se poser la
question d’où commence la compétence européenne
et où se finit la compétence nationale ?
On n’a pas la réponse et on a du mal à suivre au vu
de la vitesse à laquelle les changements

Que pouvons nous faire en tant que partenaires
sociaux ? Au niveau européen, pas grand-chose.
Le vrai pouvoir pour les politiciens est encore du
côté des Etats membres, tout ce qui peut être fait
en matière d’emploi relève des Etats membres.
Il faut des approches très fines pour pouvoir
résoudre les problèmes d’emploi dans chaque
pays. Même si, avec une plus grande intégration
européenne, on peut commencer à se poser la
question d’où commence la compétence européenne
et où se finit la compétence nationale ?
On n’a pas la réponse et on a du mal à suivre au vu
de la vitesse à laquelle les changements
institutionnels fonctionnent.
Il va falloir voir dans quelles matières les
partenaires sociaux vont pouvoir continuer à
jouer un rôle.
Je pense qu’une intégration économique plus
forte aura des conséquences pour nous et
Business Europe ne sait pas encore quel sera son
rôle à l’avenir dans un contexte de nouvelle
gouvernance économique.

Etats membres veulent bien abandonner leur
souveraineté au niveau européen.

Comment contribuer à réaliser les objectifs de 2020 ?
D’après les partenaires sociaux européens on doit
faire des actions qui donneront un cadre à nos
représentants nationaux dans lequel ils vont pouvoir
concevoir une politique sociale et de l’emploi.
En ce qui concerne la flexicurité, tout le débat la
concernant a été amené par la Commission qui a lié
ce débat à la modernisation de la législation du
travail. A ce niveau-là, la Commission a commis une
erreur, quand elle a publié un document disant que la
flexicurité était égale à la modernisation du travail.
Business Europe a pensé qu’il fallait parler de la
législation sur la protection de l’emploi. Mais on a
passé trop de temps à discuter de ces législations
alors qu’on aurait du parler plus de protection
sociale, de formation, avoir une approche plus
globale du marché du travail.
A l’avenir il faudra tenir compte de cela et faire des
recommandations qui permettront aux employeurs
et aux syndicats nationaux et européens de débattre
de manière plus équilibrée.

Le nouveau programme de travail opérationnel de
l’Union Européenne appelle aujourd’hui à un débat
plus constructif et plus équilibré sur les politiques de
l’emploi.
La Commission lance des initiatives bien
intentionnées qui ne vont pas permettre de résoudre
les problèmes de base. L’impression que l’on a est
qu’ils veulent réellement résoudre les problèmes,
mais qu’ils se rendent compte qu’ils ont très peu de
compétence pour ce faire et donc pour que les efforts
de la DG emploi soient visibles ils lancent beaucoup
d’initiatives.
La Commission devrait mettre plus de pression sur
les Etats membres pour qu’ils suppriment les
barrières qui existent encore sur le marché dut ravail,
et non pas lancer d’initiatives dispersées comme elle
le fait actuellement.

La question du temps de travail peut, elle, par
exemple, être traitée au niveau européen.
Aujourd’hui on essaie d’amender une série de lois des
années 90, examinées par la CJCE et cette législation
à l’époque a créé plus d’exception que de règles.
Il faut revoir la chose avec les syndicats, et la clé ce
sera de savoir si la semaine des 38h peut comporter
des exceptions ou non, les syndicats pensent que non
donc la négociation sera ardue mais intéressante.
Le fait que nous soyons 27 ne va pas faciliter les
choses, parfois certains pays ont des réglementations
très souples, d’autres très strictes, tout cela ne rendra
pas la tâche facile.

Mme Juliane Bir, représentante de la Confédération Européenne des
Syndicats

Pour la CES, le contexte est un défi triple : les conséquences de la crise économique et
financière rendent le travail des
partenaires sociaux plus difficile et
d’autant plus important aussi ; le contexte
des futures négociations (sur le temps de
travail, sur la restructuration d’entreprises,
et le programme de travail dont nous,
partenaires sociaux, sommes responsables)
 ; sans oublier ce que pensent les
partenaires sociaux du dialogue social tel
qu’il se réalise aujourd’hui.

Que pensent les partenaires sociaux du
dialogue social actuel ?
Deux études ont été menées pour dégager
des lignes d’analyse. Il y a un gros travail à
faire sur la mise en oeuvre des outils utilisés
au niveau européen. On doit aussi être très
ambitieux sur notre programme à réaliser.
On remarque également une volonté
d’engagement restée intacte ainsi que
l’importance de l’autonomie des
partenaires sociaux.

En ce qui concerne la stratégie 2020,
même si les syndicats sont plus critiques
que les employeurs sur cette stratégie, il y a
néanmoins eu une réponse commune qui a
abouti à des principes mis sur table par les
partenaires sociaux européens.
Nous avons identifiés ensemble des
thèmes qui nous semblaient importants en
fonction du contexte :
- Objectifs micro et macro économiques
qui permettent de combattre la crise et qui
permettent la solidarité entre les
générations ;
- Promotion du triangle de la connaissance
(éducation, recherche, innovation), à ce
sujet il y a eu un accord fait l’année
dernière sur l’inclusion sociale, avec lequel
on a proposé un programme individuel de
développement des compétences ;
- Politiques en matières d’emploi et politiques
sociales : c’est un sujet de préoccupation immédiat
pour nous et l’objectif est de trouver un équilibre
dans les réformes qui doivent traiter les défis du
marché du travail. Il faut un marché du travail
moderne, dans des systèmes de protection sociale
qui doivent être durables et dans lesquels la
question de l’égalité homme/femme est importante.
- Accès au service public de qualité et efficace
(systèmes sociaux efficients et durables et qui
permettent un réelle possibilité d’insertion sur le
marché du travail).

Nous avons abordé la question de la gouvernance
économique. Les Etats membres doivent maintenir
un climat de confiance avec les partenaires sociaux
et les soutenir.
Pour la Confédération Européenne des Syndicats, la
gouvernance économique est un thème clé.
Nous dénonçons l’austérité actuelle et nous
demandons le respect de l’autonomie des
partenaires sociaux

Numéro spécial avec le soutien financier de la commission Européenne et de l’EZA septembre 2011

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