n°8 janvier 2008

René Schoonbrodt : un animal politique qui ne perd pas la parole.

A travers un ouvrage qui fait office de bilan de vie, René Schoonbrodt revient sur quarante ans d’une histoire rare, personnelle et collective, celle de l’Atelier de Recherche et d’Action Urbaine (ARAU) qu’il a présidé de 1969 à 1999. Entretien.

Jacques REMACLE, Agence Alter

« Vouloir et dire la ville » [1] paraît à un moment particulier. « En effet, il y a aujourd’hui une résurgence des convictions et des pratiques que l’ARAU [2] a combattues. Nous posions comme question centrale : pour qui fait-on la ville ? Aujourd’hui, une tendance forte, représentée notamment par de jeunes architectes, demande plus de travaux de construction que de rénovation ainsi qu’une plus grande indépendance par rapport à des textes légaux trop contraignants à leurs yeux », nous assène-t-il avec une conviction que l’âge n’a pas ramollie.

En fait, tout est écrit dans le titre. Vouloir. « Notre démarche est faite de convictions. Il faut un effort intellectuel important pour l’enrichir régulièrement. C’est ce que nous avons fait en approfondissant notre pensée via nos colloques, nos midis de l’urbanisme, etc. ». Dire. « Nous avons organisé le débat. Aristote décrit l’homme comme un animal politique, un animal de la ville. Il le distingue de l’animal par sa capacité d’élaborer une parole rationnelle. On peut en conclure qu’il n’y a pas de vie politique sans parole… », conclut-il.

Logement et participation

Plutôt que de décrire les thèses de l’ARAU, il préfère parler de thèmes. « Le premier est évidemment le logement dans la ville. Il s’agit d’un défi essentiel. Nous avons privilégié la rénovation pour une raison assez simple : quand on rase un bâti, on ne peut être sûr qu’on y refera du logement. Je n’ai rien contre les nouvelles constructions, à condition qu’elles respectent l’idée des îlots classiques, au contraire des barres et des tours. »

Il poursuit en développant l’idée de démocratie et de participation. « Avant 1962 et la première loi sur l’urbanisme, tout se passait dans le secret des accords entre pouvoirs publics et promoteurs. Remarquons que c’est toujours la manière dont cela se passe en France », nous rappelle-t-il assez fier de l’importance des commissions d’avis existant chez nous.

Convaincre VDB…

Assez curieusement, l’homme nous confie le soutien crucial de Paul Van den Boeynants, alors échevin des Travaux publics de la Ville de Bruxelles, à la démarche de l’ARAU. « C’était un homme de son temps. Mais, il a fait le chemin de nous rejoindre sur les questions de la concertation et la publicité dont il fut le… promoteur. Je crains que l’on ne revienne sur ces conceptions y compris le gouvernement bruxellois qui semble envisager de faire marche arrière sur certaines dispositions. »

Convaincre et mobiliser le monde politique. Tel fut donc le difficile combat de René Schoonbrodt. Dans l’ouvrage, il raconte avec amusement cette première rencontre avec VDB à l’hôtel de ville de Bruxelles.
« Il nous a dit que se rencontrer était mieux que d’alarmer la presse. Première leçon : on a toujours alarmé la presse. Il nous a dit ‘critiquer, c’est bien…’ Deuxième leçon : nous sommes toujours arrivés avec des alternatives crédibles. Il nous a proposé de nous occuper d’un chantier. On l’a prévenu qu’on gardait notre liberté de parole. Cela ne s’est pas fait. Troisième leçon : restons des intellectuels critiques et ne vendons pas nos services ! »
Un beau résumé de la démarche de l’ARAU.

Pour René Schoonbrodt, la ville est un accès à la liberté, mais aussi un facteur de développement environnemental. « C’est grâce à la ville qu’on peut consommer moins d’énergie ». Une conclusion en guise de défi pour l’avenir. Rendez-vous dans quarante ans !

[1René Schoonbrodt, Vouloir et dire la ville. Quarante années de participation citoyenne, Editions Archives d’architecture moderne, Bruxelles, 2007, 544 pp, 19 €.

[2ARAU, Atelier de recherche et d’action urbaine, Bd Adolphe Max, 55 à1000 Bruxelles. Tél : 02/219.33.45. info@arau.org. www.arau.org.

n°8 janvier 2008

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