N°15 Octobre 2009

Quelles sont les conditions de réussite d’un Olivier ?

A l’approche des dernières élections régionales de nombreuses voix s’étaient élevées pour appeler à la constitution de majorités Olivier (PS, ECOLO et cdH). Voici le point de vue d’un membre d’une institution.

Alda GREOLI, Membre du Comité de rédaction d’ "Humanisme & Solidarité"

Cet appel simple et clair est fondé sur des constats
tout aussi simples :
1. Les institutions que nous servons sont toutes à la
recherche d’une articulation construite, solide et
pérennisée avec le monde politique. Ces articulations
et interactions nous permettent un réel dialogue avec
des règles respectées. Historiquement le PS et le PSC
portaient ce projet.
2. Certaines institutions sont plus marquées par un
positionnement dit « à gauche » de leurs revendications
et de leur vision du « vivre ensemble et faire
société ». Nous avons tendance à dialoguer de
manière privilégiée avec des partis dont les
programmes expriment cet espoir de société plus
solidaire, plus équitable. Non seulement historiquement
mais également sur base de la comparaison
objective des programmes de 2009, ECOLO, le PS et
le cdH portent ces lignes politiques.

Avec ces deux constats, on comprend aisément
pourquoi une grande partie des dirigeants des
institutions ont appelé à la formation d’un Olivier à la
tête de l’ensemble des gouvernements régionaux et
communautaires.

Mais la question qu’il fallait se poser et qui reste
d’actualité est au moins autant, voire plus, le type de
gouvernance qu’ils sont prêts à mettre en oeuvre pour
réaliser ces « bonnes idées » que la convergence des
programmes électoraux.

En effet, quand on regarde les déclarations
gouvernementales sont-elles aujourd’hui autre chose
que le résultat d’une juxtaposition de bonnes idées
des uns et des autres ? Non !
Elles satisfont tout le monde car les programmes
satisfaisaient déjà tout le monde.
Mais en quoi les choix, les priorités, la réelle
gouvernance a-t-elle conduit les travaux ?

Les conditions de réussite d’un Olivier portent sur
trois axes :

  • le fond des dossiers et la ligne politique
  • la gouvernance
  • la reconnaissance par la population et par les
    institutions de la plus value.

Le fond des dossiers ou la difficulté de chacun
à exister dans une alliance « naturelle »…

Nous le savons, les programmes et les projets des
partis sont convergents, il est inutile d’insister sur cet
aspect. Mais cela simplifie-t-il les choses ?
Sans doute, lorsque les partenaires se retrouvent
autour d’une table mettent-ils moins de temps à se
comprendre. Mais la politique et surtout l’existence
en politique se base sur le rapport de force et la
visibilité des différences…
Est-il plus facile ou difficile de faire progresser
certains dossiers fondamentaux pour notre projet
politique dans une coalition Olivier ?
C’est dans le cadre d’un gouvernement MR-PS (sp.a-
VLD) que Rudy Demotte a obtenu un taux de
croissance de 4.5% pour le budget des soins de santé
et cela bétonné dans la loi !
Il a du l’échanger contre un cadeau aux libéraux mais
il l’a obtenu et obtenu une superbe visibilité et pour
longtemps.
C’est aussi ce qui va guider les partenaires autour de
la table : la visibilité, la rentabilité électorale des
propositions. Et dans ce cadre, chacun n’aura-t-il pas
plus tendance à faire ce qui l’identifie clairement que
ce qui permet la réalisation des convergences
programmatiques ?
Est-ce la couleur de l’Olivier qui va ressortir des
politiques ou la juxtaposition de caractéristiques
divergentes du rouge du vert et de l’orange ?
Trois mois de gouvernements wallons et de la
Communauté française ne laissent pas encore
ressortir l’existence d’une équipe au pouvoir, ni d’une
clarification des rapports de force mais uniquement
de ballons d’essai sans savoir ni où est l’arbitre, ni à
quel jeu on joue. On n’est d’ailleurs pas toujours
certain que chacun sache avec quel maillot il est
sensé monter sur le terrain.

La gouvernance

Le débat porte sur les modes de gestion politique, sur
le rapport à l’Etat des partis politiques et des hommes
et des femmes qui les incarnent. Ces enjeux ne
concernent pas seulement ce « petit monde
politique ». Il est indispensable d’ouvrir plus
largement la question. En effet, les responsables desinstitutions, qu’elles soient publiques ou associatives
avec missions déléguées de services au public, sont
tout autant concernés. Leur vision de leur rôle et de
la manière de le remplir dans l’intérêt de
l’organisation sociale est elle aussi au coeur de cet
enjeu. N’oublions jamais que l’Etat n’est pas un
concept désincarné, il est « l’ensemble de nousmêmes
 ».
Lors des négociat
ions, pour illustrer les avancées,
seule émergeait l’interdiction de tout cumul.
Est-ce là vraiment la question ? Bien-sûr, il y a des
limites importantes, physiques, d’horaire, de
capacités organisationnelles dans l’accumulation des
mandats (rémunérés ou non) mais la question de
fond porte sur le rapport que l’on a à l’Etat. Suffiraitil
d’interdire les cumuls pour éteindre tous les
conflits d’intérêts ? Suffirait-il d’augmenter
l’importance numéraire du personnel politique pour
rendre les pratiques éthiques ? La réponse est non.
La capacité de régulation interne, les processus
d’évaluation en particulier externes, le contrôle
objectif suivant des critères prédéfinis ne sont-ils pas
plus révélateurs d’un fonctionnement sain, d’un
rapport juste à l’Etat et à la fonction essentielle qu’est
la gouvernance politique ?

Le Pacte associatif, fondateur d’une gouvernance
réfléchie

Il est bon de rappeler que ce texte faisait partie
intégrante des déclarations gouvernementales de
2004 des Régions et Communauté et qu’il n’a abouti
qu’en toute fin de législature sous la forme d’une
déclaration certes très importante mais sans force
contraignante durant la dernière séance des
Parlements wallon, bruxellois et de la Communauté
française.
Et pourtant, quand on examine les règles édictées par
ce texte, il est évident qu’il ne s’agit rien de moins
que d’une déclaration limpide des règles de bonne
gouvernance des gouvernements et des parlements
vis-à-vis du secteur non marchand. Et que ces règles
pourraient pour la plupart d’entres elles être la partie
essentielle des règles de gouvernance générale.
Au premier rang d’entres elles : le respect de la
concertation sociale (employeurs – représentants des
travailleurs). Puis l’égalité de traitement sur la base
de règles prédéfinies et légales ; et également des
évaluations objectives de la mise en oeuvre par le
secteur public et les associations des politiques
définies… Le Pacte associatif est aussi la clarification
des rôles de chacun, la différenciation des rôles entre
opérateur et régulateur du pouvoir exécutif.
Bref, le Pacte associatif est en soi un texte fondateur
d’une véritable gouvernance publique et politique.
S’il fait partie des déclarations gouvernementales, le
Pacte n’a été à l’agenda d’aucune des discussions sur
la gouvernance !
Si au cours de cette législature, l’Olivier ne réussit pas
à mettre en oeuvre les principes d’une gouvernance et
en particulier le pacte associatif, les partis qui le
composent auront définitivement raté un tournant.
Eux qui ont dans leurs priorités un projet de société
solidaire auront participé à précipiter les services
publics et les services délégués dans les bras du
marché.

La reconnaissanceµ

Une des difficultés de l’Olivier est qu’il était souhaité,
attendu, soutenu, depuis longtemps et que dès lors il
ne peut décevoir. Il se trouve face à une forme
d’obligation de résultats.
Il ne s’agit pas seulement du « qui aime bien, châtie
bien ! » mais plus encore « on ne peut pas dire dans
les institutions qu’on aime les politiques, alors faites
gaffe parce que nous nous sommes déclarés ! »

Les responsables politiques de l’Olivier doivent
mesurer le fossé qui aujourd’hui sépare les
travailleurs et les volontaires des institutions du
monde politique. Le désintérêt général de la
population pour la gestion politique et publique a
aujourd’hui largement atteint même les couches
militantes de nos institutions et nos membres de
conseils d’administration ou d’assemblées générales.

Il n’est plus simple du tout d’expliquer aux
collaborateurs, aux travailleurs et aux affiliés que
nous passons du temps en dialogue, en construction
de positions, en argumentations avec des
représentants démocratiques ; que la concertation ne
garantit pas l’adhésion de toutes les parties au point
de vue défendu par notre institution ; mais que la
qualité du dialogue a permis une délibération
mature.

Le fonctionnement politique actuel conduit les
troupes de militants à préférer la rue, les médias, la
contestation, puisque la structuration du dialogue est
compromise.

Dans le cas de l’Olivier, si le constat devait être fait à
l’issue de cette législature que cet axe essentiel n’a
pas fait l’objet d’une attention particulière comme les
deux autres, je crains que notre soutien à la
nécessaire articulation aux structures démocratiques
représentatives ne soit plus défendable et que nous
soyons condamnés à devenir des dirigeants
d’entreprises comme les autres (les entreprises et les
dirigeants …).

L’Olivier est un beau projet.
L’Olivier est malheureusement une espérance qui ne
peut être déçue !

N°15 Octobre 2009

Les autres titres de ce numéro

Autres Numéros