N°13 Avril 2009

Quel avenir pour notre enseignement ?

Au moment où les programmes se finalisent à la veille des élections, il nous a semblé intéressant de creuser le débat sur la problématique de l’enseignement. Tant en Région Wallonne qu’en Région Bruxelloise on perçoit bien que les attentes, au-delà des compétences strictement régionales, se portent sur les enjeux des compétences communautaires et tout à fait particulièrement sur l’enseignement.
Pour cette deuxième table-ronde, nous aurons les points de vue d’Etienne Michel, Directeur Général du SeGEC, de Thierry Antoine, Directeur du collège technique St Jean de Wavre et Président de l’ADIBRA, et de Denis Grimberghs, Président de P.O.

Propos recueillis lors de l’Assemblée de la DCWB par Julie FRANCOIS, Secrétaire de rédaction H&S

Nous aurions voulu que ce débat puisse se poursuivre en ayant notamment autour de la table des représentants de la CSC Enseignement et de la CSC Interprofessionnel (Marc Becker et Prosper Boulangé) qui se sont décommandés en dernière minute, bien mal-heureusement car nous trouvions intéressant, au sein de la DC, d’avoir un débat nécessairement contradictoire et le plus ouvert possible. Notre revue leur reste évidemment ouverte et ainsi le débat se poursuivra !

Réorganisation institutionnelle

Lors de la dernière table-ronde , Robert Deschamps avait fait des constats importants. Il faisait remarquer qu’il y avait un problème de performance du système scolaire alors que beaucoup de moyens étaient mis en œuvre pour améliorer la situation.

Par rapport à ce constat Etienne Michel estime qu’il faut sans doute aujourd’hui plus regarder la manière d’affecter ces moyens que le niveau absolu de ceux-ci.

Thierry Antoine estime lui que le déséquilibre entre l’investissement financier et la performance de l’enseignement dont Robert Deschamps parle est déjà présent depuis longtemps. On est un peu plus prudent quand on en parle maintenant, on précise bien qu’il s’agit du système et non pas des individus qui travaillent dans le système. C’est le système qui doit être amélioré pour qu’il soit plus efficace en fonction des moyens que l’on investit dans l’enseignement.

Robert Deschamps constatait qu’il y avait eu un refinancement de la Communauté française, mais que chaque fois que l’on avait rajouté un euro sur la table, on avait augmenté les dépenses de deux euros ; il se demandait alors pourquoi ne pas avoir réorga-nisé l’enseignement avec ces moyens, pour améliorer structurellement l’organisation du système ?
Il constate également un déséquilibre structurel entre la part des moyens qui sert à financer les salaires et la part des moyens qui sert à financer le fonctionnement et les bâtiments scolaires, cette part là étant très basse par rapport à la moyenne européenne.
Selon Etienne Michel, le problème vient du fait que dans toutes les négociations sectorielles qu’il y a eu dans l’enseignement, les pouvoirs organisateurs n’étaient pas autour de la table.
La question de l’organisation de l’enseignement n’a pas été traitée pour elle-même mais elle a été traitée sous l’angle de la question de savoir comment on allait répondre à des exigences syndicales exprimées dans le registre de l’organisation de l’enseignement.

Marc Elsen, sénateur, membre de la commission Enseignement du Parlement de la Communauté française, nous dit que les différentes épopées des décrets qui ont fait la une, et les différents échanges qui ont pu avoir lieu, ont mis en lumière la nécessité de redessiner un certain nombre de relations au sein même de l’enseignement, et entre le monde de l’enseignement et le monde politique. Aujourd’hui la nécessité de définir un nouveau modèle de concertation est dans l’esprit de tous, tout en respectant les dispositifs légaux et les statuts existants. Il est par ailleurs indispensable que la société civile se saisisse de cette question qui s’adresse à elle et pas seulement au monde de l’enseignement.

Denis Grimberghs, Président de PO, nous explique que lorsqu’on évoque la dissociation du rôle opérateur et régulateur de la Communauté française, certaines personnes se demandent pourquoi cette fois-ci ça marcherait ? Mais, persuadé de la nécessité de cette réforme, il estime que s’il y a une réforme qui ne coûte rien, d’une certaine façon, et qui peut rapporter beaucoup, c’est bien celle-là.
Il faut vraiment qu’il y ait un débat institutionnel, mais il faut voir quelles sont les conditions politiques qui pourraient amener à ce qu’aujourd’hui on puisse aboutir à un résultat.
Il y a un contexte qui est peut-être favorable au fait que cette question avance maintenant, c’est le débat actuel sur l’organisation de l’espace francophone où on voit bien que les Régions aimeraient avoir leur mot à dire en matière d’enseignement. Cela pourrait créer un contexte favorable dans la mesure où on pourrait, dans le cadre de la dissociation du rôle régulateur et opérateur, garder le rôle régulateur au niveau de la Communauté française, et impliquer les pouvoirs régionaux voire provinciaux dans l’organisation du rôle opérateur.
Il souligne qu’il faudra aussi être attentif aux répercussions que cela aura dans l’enseignement libre, car on ne va pas demander, dans l’enseignement officiel, des modifications institutionnelles complexes et, jugées par certains de ses acteurs comme pénalisantes, sans que cela n’ait de répercussions sur l’enseignement libre.

Autonomie des acteurs de l’enseignement

Selon Robert Deschamps, l’autonomie serait le moyen nécessaire qui manque aujourd’hui pour rentabiliser notre système scolaire. Autonomie des équipes d’enseignants, autonomie des directions, des organi-sateurs d’enseignement. En donnant plus d’autonomie on responsabilise davantage les acteurs.
D’après Etienne Michel, il y a aujourd’hui une sorte de consensus autour de l’idée qu’il faut tabler sur un principe de responsabilisation des acteurs, et pour y arriver il faut une reconnaissance d’une autonomie d’organisation pour ces acteurs (être suffisamment libre de recruter les meilleurs enseignants, avoir la possibilité d’organiser correctement l’établissement avec une souplesse suffisante, notamment pour l’accompa-gnement des jeunes enseignants, avoir une autonomie suffisante pour organiser la remédiation immédiate des élèves, …).

Thierry Antoine estime que pour qu’une équipe éducative locale puisse être autonome il faut que dans la législation qui s’applique à cette équipe il y ait des marges de manœuvre, et que dans la volonté de réguler l’efficacité de l’enseignement, le politique ne veuille pas tout réguler (par exemple : il y a 3 ans on a légiféré pour faire le calendrier du mois de juin dans les écoles secondaires…) Il faut se demander ce qu’on veut laisser aux équipes éducatives comme marge de manœuvre. Actuellement celles-ci sont confrontées à deux types de régulation. Dans le premier type ce sont les représentants des PO qui régulent à l’intérieur de leur réseau, dans le second type ce sont les organisations syndicales qui, pour le moment en tout cas, tentent d’augmenter la quantité de normes applicables aux établissements scolaires, et on en arrive à une quantité de normes effrayante !
Denis Grimberghs pense qu’il faut plus de souplesse dans l’évolution des carrières. En permettant plus de mobilité professionnelle aux acteurs du système, cela leur donnera plus envie de rester dans la profession enseignante. Il se demande pourquoi ne pas mettre sur pied un article 18 à l’envers qui permettrait à des professeurs nommés d’être détachés de leur école pour aller enseigner volontairement dans des écoles en D+ ou pour soutenir les équipes éducatives et en particulier les jeunes enseignants. [1]

Contrat pour l’école

Thierry Antoine trouve qu’il est un peu dommage que la législature qui s’achève n’ait pas concrétisé d’avantage l’état d’esprit du « contrat pour l’école » du début de la législature. Ce contrat était d’abord un exercice démocratique auquel on associait plein de monde.
Dix priorités pour l’enseignement de la Communauté française avaient été fixées après beaucoup de réflexions. On a légiféré beaucoup pendant cette législature, sur un tas d’autres choses que ces dix priorités prévues dans le « contrat pour l’école ».
Si après avoir fait réfléchir comme ça un tas de gens il n’y a pas de concrétisation, ceux-ci risquent forcément d’être déçus et de se désintéresser de la chose politique.

Il estime que ce ne serait pas un luxe de rendre un peu la confiance au monde de l’enseignement, parce qu’on est arrivé à fâcher à peu près tout le monde au sein de la communauté scolaire. Les PO sont furieux qu’on ne les associe pas à certaines négociations, les enseignants ont à essuyer les plâtres d’un nouveau décret inspection, les parents doivent faire face aux problèmes d’inscription, les directeurs sont assommés de décrets semaines après semaines, …
Depuis quelques semaines on entend presque tous les jours qu’il faut rendre confiance au cours de la Bourse, il ne serait pas mauvais d’avoir, dans les cours de récréation, un état d’esprit un peu plus constructif.

[1Voir article de Denis Grimberghs “A quand un article 18 à l’envers ?”, sur www.humanismeetsolidarite.be (rubrique “Documents”)

N°13 Avril 2009

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