n°5 septembre 2006

Pacte Associatif et Jeunesse : les deux font la paire ?

Que seraient nos villes, villages, quartiers sans la vie associative et, en particulier, sans le foisonnement de ces organisations dont les mouvements de jeunesse sont les plus connus et les plus fréquentés ? En cette période d’échéances électorales, il est essentiel de prendre le temps de réfléchir au rôle, à la place et aux relations devant exister entre l’associatif jeune et les pouvoirs publics locaux. Zoom avant sur quelques réalités au sein de cet associatif particulièrement dynamique et sur quelques grilles de lecture qui devraient permettre de formuler des propositions politiques concrètes.

Frédéric POSSEMIERS, Conseiller - Cabinet de Catherine Fonck Ministre de l’Enfance, de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé

Le monde associatif est un acteur essentiel dans la vie de la cité. Plusieurs dizaines de milliers de jeunes sont engagés dans les organisations de jeunesse comme les Scouts, Guides, Patros, Jeunesse & Santé, Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), Entraide & Amitié et autres jeunes CSC, offrant beaucoup de temps, de talent et de cœur. L’initiative de ces jeunes citoyens bénévoles ainsi que l’action sociale collective qui en résulte sont porteuses de valeurs et de sens dont notre société a besoin. Ces organisations de jeunesse participent largement à la qualité de la vie dans la cité, au développement et à l’épanouissement d’un grand nombre de jeunes ainsi qu’à un mieux vivre ensemble.

Plus encore, dans une société en constante évolution, qui doit plus que jamais répondre à un nouveau besoin de participation citoyenne et faire face à des inégalités, le rôle et la place de l’associatif n’ont jamais été aussi essentiels. En détectant des besoins nouveaux, en servant de relais entre le citoyen et les pouvoirs publics, en misant sur la responsabilité citoyenne, les associations rendent des services fondamentaux aux personnes. Elles renforcent également la cohésion sociale, le développement de la solidarité et jouent - et ce n’est pas un vain mot dans le contexte actuel - un rôle majeur dans le fonctionnement de la démocratie locale.

Toi… Moi… Nous et la démocratie représentative

Face à cette réalité et à ce qui est communément appelé la démocratie participative, la démocratie représentative, c’est-à-dire les élus, les mandataires, les pouvoirs publics, doivent être porteurs d’un projet et d’une volonté politique de reconnaissance et de soutien des associations pour ce qu’elles font et sont ainsi que pour leur valeur ajoutée qu’elle soit sociale, sanitaire, éducative, culturelle ou encore économique. Le politique, et en particulier la DCWB, a une responsabilité en la matière puisque cela fait plusieurs décennies que le cdH et dans une moindre mesure Ecolo inscrivent à leur agenda politique de leur parti la question des rapports entre l’associatif et les pouvoirs publics. Aujourd’hui, sous l’actuelle législature, le cdH est parvenu à l’imposer comme un dossier prioritaire sous le label de " Pacte associatif ".

C’est d’autant plus important que les logiques de marché tendent à s’étendre aux services relevant traditionnellement du non marchand. À ce sujet, Brice Many, secrétaire général du Conseil de la Jeunesse Catholique (CJC) citait, lors d’un exposé prononcé le 10 juillet à la tribune du Parlement de la Communauté française dans le cadre d’une consultation officielle de représentants de la société civile organisée par les gouvernements CFWB, RW et COCOF, un exemple du manque de soutien dont souffre l’associatif jeune. " Imaginons, par exemple, qu’une entreprise d’interim qui se présente comme un service d’information aux étudiants et à leurs parents veuille informer ceux-ci de la législation sur les jobs d’étudiants ", explique Brice Many. " Mais au fond, que vise-t-elle ? Chercherait-elle à élargir sa raison d’être, son but social ? Aurait-elle détecté un besoin dans la société auquel elle tenterait de répondre ? Depuis que la loi sur les jobs d’étudiants a changé (et ce, dans le mauvais sens), des Organisations de Jeunesse, tels que la JOC ou les Jeunes/CSC ont tout à la fois informé les jeunes, mené avec eux un réel travail d’analyse et de débat sur le bien-fondé de cette loi, ses avantages et inconvénients ", rappelle le secrétaire général du CJC. Or, des associations et des centres d’information pour jeunes agréés par la CFWB ne bénéficient pas des relais médiatiques adéquats ou, pire, sont mis en concurrence déloyale avec la boite d’intérim citée en exemple par Brice Many, qui verra, elle, son message relayé sur les ondes du service public ! Sa place n’aurait-elle pas été plutôt dans un encart publicitaire ?

Autre dérive qui menace le non marchand : certains monopoles marchands en matière d’internet. Et Brice Many d’illustrer son propos par un deuxième exemple : Skynet. "Voulons-nous, s’interroge-t-il, que Skynet, dans la continuité du développement de sa plate-forme de blog investie par de nombreux jeunes, devienne l’unique opérateur agissant dans le domaine du blogging des jeunes [1] ? Voulons-nous que Skynet impose aux annonceurs de tous poils soucieux de toucher le segment jeune du marché des biens de consommation, les conditions et pratiques pour parvenir à toucher leur cible ? "

Des balises pour avancer

Au niveau communal, dans le domaine du développement d’une citoyenneté jeune, les mouvements de jeunesse sont massivement implantés dans tous les coins de Wallonie et de Bruxelles. Mais leur reconnaissance politique est aussi variée que la créativité des édiles communaux le permet. Dans certaines cités, l’associatif jeune fait l’objet d’une attention toute particulière tandis qu’ailleurs il semble ignoré. Pire, dans certaines communes, le risque d’instrumentalisation, de récupération, de chantage, de copinage et de clientélisme est une réalité. Ainsi comment expliquer que des guides n’aient pas droit à un local pour y mener des activités d’animation destinées aux enfants alors que d’autres groupes de jeunes en bénéficient ? Et pourquoi les scouts n’obtiennent pas un subside pour réduire le coût d’une formation pour leurs jeunes animateurs alors que la commune finance l’équipement du club de football local ? Les exemples sont légion.
A contrario, dans plusieurs localités, les édiles communaux appliquent un certain nombre de principes clés sur lesquels ils fondent une relation de coopération et de reconnaissance. A savoir :

- Le principe d’autonomie des organisations de jeunesseLes pouvoirs publics doivent respecter l’autonomie des associations (gestion et définition de leur propre projet), leur liberté d’action et leur capacité critique (la capacité critique des associations ne peut être altérée par le fait qu’elles bénéficient de subventions publiques). Non donc à toute forme d’instrumentalisation.

- Le principe de légalité et d’égalité de traitement
Les règles d’octroi de subvention sont établies par voie légale et font référence à des critères objectifs connus de tous (conditions d’accès, participation des utilisateurs, information). Les règles du jeu sont les mêmes pour tout le monde et ne doivent pas changer en cours de jeu. Par ailleurs, les associations acceptent de rendre des comptes au pouvoir subsidiant local sur l’utilisation des subsides obtenus (transparence des comptes) et la justification de leurs actions. Lorsque les pouvoirs publics locaux allouent des moyens en vue de répondre à un besoin déterminé, ils le font sans discrimination, au bénéfice de toutes les structures non lucratives similaires, que le pouvoir organisateur soit un pouvoir public ou une association, et évite de créer un service sous tutelle de la commune alors qu’il en existe déjà un, organisé par l’associatif qu’il s’agirait d’abord de renforcer.

-  Le principe de reconnaissance et de valorisation du bénévolat des jeunesLes pouvoirs publics locaux facilitent l’engagement libre des citoyens, notamment par le financement des programmes de formation des volontaires aux tâches qu’ils entreprennent, par une simplification administrative, par un accès aux écoles communales pour présenter les actions des organisations de jeunesse, par le relais sur le site de la commune et dans le bulletin communal de l’information concernant l’offre associative jeune, par la mise à disposition de moyens matériels et d’infrastructures permettant aux jeunes citoyens de se réunir, de vivre et de réaliser leurs projets.

- Le principe de participation des organisations de jeunesse et de concertationIl est nécessaire d’encourager et de créer les conditions de participation de la concertation autour de la pratique du dialogue, du débat et de l’évaluation. Il est également essentiels de considérer les jeunes des organisations de jeunesse non comme des quémandeurs mais davantage comme des partenaires privilégiés dans l’élaboration d’une politique de jeunesse globale au plan local, notamment grâce à des conseils consultatifs locaux de jeunes qui seraient de véritables lieux où se construise une parole collective et citoyenne.

Le processus dans lequel nous vous invitons à vous lancer prendre du temps. Le jour où tous les acteurs auront vision partagée du rôle de l’associatif, il faudra encore adapter ou créer le cadre légal. Mais d’emblée oeuvrons pour que la commune soit proactive en repensant ses relations " au citoyen et au marché, pour l’amélioration d’une vie en commun riche, solidaire et équitable ", conclut Brice Many .

[1En matiére de blog pour les jeunes, une initiative intéressante existe.Il s’agit du projet blogomag : http://www.blogomag.net .

n°5 septembre 2006

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