n°8 janvier 2008

Nul n’est prophète en son pays...

La crise politique exceptionnelle et les négociations institutionnelles qui la sous-tendent et sont supposées la résoudre jettent une lumière un peu crue sur les avancées réalisées récemment dans le domaine des relations internationales des entités fédérées de la Belgique francophone.

Arnaud GORGEMANS

La crise politique exceptionnelle et les négociations institutionnelles qui la sous-tendent et sont supposées la résoudre jettent une lumière un peu crue sur les avancées réalisées récemment dans le domaine des relations internationales des entités fédérées de la Belgique francophone.

Car tout le défi réside dans cette équation : fondamentalement, quelle possibilité existe-t-il de mener des politiques de relations internationales (avec tout ce que cela comprend) au nom d’entités institutionnelles dont la notoriété internationale est très faible, voire nulle. En effet, qui, au-delà du comité européen des Régions, est informé de la compétence de négocier des traités internationaux de la Région de Bruxelles-Capitale ? Qui, au-delà du secrétariat de la Francophonie, sait que la Communauté française de Belgique est une des entités fondatrices de cette organisation internationale alors même que notre Etat y est régulièrement représenté par le premier ministre fédéral, flamand depuis près de 35 ans, et qu’elle n’est pas, comme le rapporte l’anecdote d’une conversation entre Guy Spitaels, alors Ministre-président, et François Mitterrand, Président tout court, l’association des francophones de Belgique… ?
Qui encore, même au sein des Gouvernements des pays signataires d’accords de coopération avec la Wallonie, comprend que les compétences internationales de la Région wallonne restent contingentées aux matières pour lesquelles elle dispose d’un pouvoir exclusif sur son propre territoire ?
C’est tellement vrai que le ci-devant Premier ministre intérimaire propose rien moins que de refédéraliser toutes les compétences en matière de coopération internationale.

Ne refaisons pas ici et maintenant l’histoire de la mise sur pied décalée des régions et des communautés, ni de comparaison avec la façon dont la Flandre a opportunément fusionné le droit des gens avec celui du sol.
Comme le dit très pertinemment Marie-Dominique Simonet dans la conclusion de son interview, vu de l’étranger, notre union francophone est indispensable si nous voulons exister et l’avenir de notre jeunesse se joue bien davantage en dehors de nos frontières.
On notera que la première conséquence pratique de la mise sur pied de Wallonie-Bruxelles International, si elle a permis l’absorption de la complexité de l’hydre aux trois têtes (Région wallonne – Communauté française et COCOF), est d’abord de rendre leur liberté aux Germanophones (par ailleurs toujours wallons) qui, tout en étant demandeurs de rien, assument vaillamment leur autonomie croissante.

Dans quelques jours, quelques semaines, quelques mois, au-delà des inévitables conflits de personnes et énergies brûlées en réorganisations internes, tout le monde se demandera comment nos administrations wallonnes et francophones faisaient pour gérer séparément des matières internationales si imbriquées. Même si cela risque de prendre encore de nombreux mois avant que des économies d’échelle soient réalisées, la mise en commun des ressources devrait renforcer l’efficacité des moyens d’action « modestes, mais pointus » de WBI en matière internationale.
Le Conseil Wallonie-Bruxelles pour la Coopération Internationale lui-même ne semble pas épargné par la désinvolture ambiante. Seuls les ONG et les syndicats investissent quelque peu et croient aux vertus de cet espace d’intermédiation et de concertation intra-francophone.
Les autres catégories d’acteurs y font au mieux de la figuration et au pire brillent par leur absence. Il en va des entreprises, des universités, des fédérations d’agriculteurs et, dans une moindre mesure, des villes et des communes.
Et nombre d’acteurs qui sont actifs sur le terrain international se plaignent de n’y trouver tribune. Je songe aux mutualités, aux organismes de solidarité internationale (en fait des ASBL souvent locales non reconnues comme ONG), aux associations de migrants…

Le Conseil n’est d’ailleurs quasi jamais consulté par les ministres qui l’ont mandaté initialement.
Pourtant, les initiatives soutenues par les pouvoirs publics francophones à travers les lignes de financement mises à disposition des différentes catégories d’acteurs de solidarité internationale semblent avoir répondu au-delà des espérances aux attentes des différents promoteurs de projets. Ces mécanismes leur ont permis d’améliorer leurs capacités d’autofinancement (ou d’accéder aux cofinancements de l’échelon fédéral), de répondre aux nouveaux défis mis en évidence par les Sommets internationaux des Nations Unies (sur le développement durable entre autres) ou encore de faire preuve d’innovation là où d’autres bailleurs attendaient qu’ils aient fait leurs preuves avant de les soutenir.
Au bout du compte, c’est tant la nécessité pour les Francophones de mieux gérer leur boutique que pour les Belges de redonner confiance à leurs partenaires étrangers, en particulier ceux du Sud qui s’impose comme une évidence. C’est aussi tout le dilemme qui déchire ceux qui voient le monde à partir de chez eux… et ceux qui l’ont parcouru…

n°8 janvier 2008

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