n°2 octobre 2005

Les rigolos et les autres

Billet d’humeur

Zéphirin LAROUSCAILLE

Parmi les souvenirs politiques des vacances, il en est qui sont drôles. Il faut être reconnaissant à l’égard des personnalités qui nous amusent. Rudy Demotte, notre imaginatif Ministre des Affaires Sociales, s’est ému des dangers courus par les enfants à naître dont la mère s’adonne à la cigarette, lorsqu’elle est enceinte. C’est pourquoi, il a proposé que la future maman qui renoncerait à s’imbiber de fumée recevrait 120 euros.
Quelle bonne idée ! Quel filon ! On n’arrêtera pas le progrès : il faudra aussi prévoir au moins 150 euros pour encourager l’abandon du haschisch, et 250 euros pour celles qui interrompent pendant neuf mois leur surconsommation de whisky ! Qui dit mieux ? Notre flamboyante Ministre de l’Education, Maria Arena, elle, a eu des remords. Elle avait énergiquement interdit la vente de boissons sucrées dans les écoles il y a à peine un an. Elle a déjà retiré son ukase. Ouf ! Tant mieux pour les marchands de doux liquides et la trésorerie des écoles qui en retiraient
de petits bénéfices. Mais, patatras ! Notre R.T.B.F. annonce qu’aux Etats-Unis les fabricants des dites boissons renoncent à fournir les écoles, non par vertu, mais pour s’épargner de très coûteux procès suscités par des obésités invalidantes ! Et maintenant, que va décider notre Ministre qui a d’autres chats à fouetter en cette rentrée ?
La Ville de Bruxelles a montré l’exemple, et maintenu l’interdiction tout en prévoyant des boissons lactées et autres.
Vers la fin des vacances, notre Grand Argentier bleu, Didier Reynders, après un colloque confidentiel avec le seul Guy Verhofstadt, a été pris de pitié pour les Belges qui se chauffent au mazout, et il a annoncé
une distribution générale de 75 euros. Magnifique aubaine dont nos concitoyens devraient se souvenir lors des prochaines élections. Mais voilà : notre pétulante Laurette Onkelinx, que notre Grand Argentier avait oublié de consulter, lui a rétorqué sur toutes nos antennes qu’il ne convenait pas d’offrir à Guy Verhofstadt de quoi se payer un vase pour
sa villa de Toscane. Cette polémique mazoutière ne fait pas sérieux. Est-ce que nos excellences fédérales ne pourraient pas, au moins, se concerter par téléphone avant de proclamer leur sollicitude ?
Toutes ces amusettes ne sont que broutilles.
Plus grave est l’annonce du rachat de l’ancienne belge Electrabel par la française Suez. Après avoir dit et redit qu’Electrabel resterait bien belge, Suez, usant d’une majorité discrètement conquise précédemment, a décidé d’empocher les très copieuses réserves accumulées par Electrabel grâce aux tarifs plus que rentables payés par les consommateurs belges, particuliers comme industriels.
Jacques Chirac, lui, n’a même pas toléré que le yaourt de Danone soit dorénavant vendu par des Américains. Cela ne le gêne pas que la société qui jouit d’un quasi monopole de fourniture d’électricité en Belgique échappe à la souveraineté belge. Le malin Albert Frère, lui, restera dans le coup. Il est même bien content que le pognon d’Electrabel renfloue la trésorerie de Suez qui lui avait fait perdre
de l’argent, dans les aventures en Amérique latine.
Mais à propos d’électricité, quelqu’un pourrait-il entreprendre une recherche urgentissime pour savoir quel est le ministre fédéral qui a l’énergie dans ses attributions ?
Il paraîtrait - sous toute réserve - que cela pourrait bien être un certain Verwilghen. Si c’est vrai, alors, il faut reconnaître que sa discrétion est exemplaire.

J’en étais là dans mes ruminations moroses à la fin des grandes vacances, lorsque survint une vraie bonne nouvelle. Sous le parrainage d’Elio di Rupo et le marrainage de Joëlle Milquet naissait le "Plan Marshall". Chacun allait retrousser ses manches pour assurer le renouveau wallon. L’euphorie fut brève. En cet automne, les tuiles dégringolent en cascade. La Carolo et une ribambelle de sociétés de logements sociaux recèlent d’inacceptables pratiques. Le Grand Prix
de Francorchamp va coûter trop cher aux finances wallonnes.
Les chamailleries télévisées quasi quotidiennes entre les responsables irresponsables, pour vouerà la vindicte populaire celui qui a été le plus incompétent, nous cassent les oreilles. J’en ai marre. Entre-temps, Guy Verhofstadt et son pseudo-pacte nous ont valu deux grèves générales et quelques autres dites ciblées. Ce pacte, c’est entre qui et qui ? Entre les générations ? Qui a marqué son accord ? Les syndicats ne veulent pas signer pour les jeunes et les pensionnés n’ont même pas été consultés. Comme elle sera bienvenue la Paix de Noël !