N°15 Octobre 2009

Les attentes de l’Enseignement catholique à l’égard de l’Olivier

Etienne MICHEL, [1]

l’Enseignement catholique – en particulier –
s’expriment-elles de manière différente à l’égard d’une
coalition de type « Olivier » qu’à l’égard de n’importe
quel type de gouvernement ? Pour diverses raisons, la
réponse à cette question me paraît négative. La plus
évidente est que l’Enseignement catholique a établi un
mémorandum fouillé pour la période 2009-2014 [2]à
partir de sa propre analyse de la situation de
l’enseignement, et non en référence à un projet politique
qui, tout en ayant une légitimité démocratique
incontestable, procède de considérations distinctes.

Je vois également qu’un risque guette quelques bons
amis, volontiers tentés par une forme de « mythologisation
 » d’une coalition particulière. Une règle politique
rarement démentie est que les déceptions sont, en
général, à la mesure des espoirs initiaux… L’instabilité
intrinsèque des coalitions tripartites et un contexte
budgétaire détérioré pourraient d’ailleurs rendre
l’expérience particulièrement délicate. Une interrogation
pèse également sur le rapprochement idéologique
observé ces dernières années entre les partis qui
constituent l’Olivier : ce rapprochement sera-t-il un gage
de cohésion de la coalition ou annonce-t-il, au contraire,
le développement d’une forme de rivalité mimétique
dont on sait depuis René Girard qu’elle peut être
redoutable ? Sera-ce l’heure de l’ « Union de la Gauche »
ou, comme dans « Huis clos », assistera-t-on à une
succession de jeux d’alliance deux par deux dans
l’enceinte fermée d’une coalition où, selon la formule de
Sartre, l’enfer, c’est nécessairement les (deux) autres ?
En d’autre termes, en 2014, au moment d’aborder la
compétition électorale, lorsque la rivalité entre « les
mêmes » deviendra maximale, qui sera désigné comme le
bouc-émissaire des échecs de la coalition ? « Le mâle
dominant décidément incapable de se réformer » ?
« L’éternel petit frère décidément incapable d’accréditer
la spécificité de son rôle et de son positionnement dans
l’espace politique » ? ou « le nouveau venu, chien fou
individualiste, décidément incapable de se plier à la discipline
et aux lois d’une solidarité gouvernementale » ?

Ces formules sont évidement des caricatures et, par
définition, donnent des uns et des autres une image
outrageusement déformée. Mais, à l’heure de la
démocratie de l’opinion, ces images ne constituentelles
pas désormais le ressort essentiel du comportement
électoral ?

Une issue chaotique de l’Olivier serait-elle donc fatale ?
Le pire n’est évidemment jamais sûr. Il reste
l’improbable, disait Edgar Morin ! Il reste peut-être aussi
à miser sur la clairvoyance de responsables politiques et
sur leur capacité à comprendre à temps que ce qui fait
l’apparent ciment de la coalition (« tout sauf le MR ») ne
pourra évidemment pas résister à la nécessité foncière
pour les partis de l’Olivier de se différencier les uns des
autres dans la perspective d’échéances électorales qui, en
Belgique, sont toujours rapprochées.
Il n’est donc pas trop tôt pour réfléchir aux lendemains
de l’Olivier et à la manière dont les différents partis
politiques pourront poursuivre leur mission historique,
seuls, ou dans des configurations à inventer.
Et il n’est pas trop tard, non plus, pour lire le
mémorandum de l’Enseignement catholique …

[11. Membre du Comité de rédaction d’ "Humanisme & Solidarité"

[22. Accessible sur internet à l’adresse suivante : http://site.segec.be/memorandum/memorandum_2009.htm

N°15 Octobre 2009

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