Numéro spécial avec le soutien financier de la CE et de l’EZA Septembre 2010

Le point de vue d’une parlementaire européenne

Madame Véronique Dekeyser, Députée
Européenne, a balisé l’ensemble des
problèmes rencontrés par les femmes
dans leur vie professionnelle, familiale et personnelle.

partenaires de l’Union Européenne au niveau de
l’équilibre des pouvoirs. Progressivement son
pouvoir s’est accru et il dispose aujourd’hui de la
codécision dans beaucoup de matières, il peut donc
nous aider à faire avancer les idées.

Pendant plus de trente ans Véronique Dekeyser a
étudié les conditions de travail et celles des femmes
plus particulièrement. Aujourd’hui elle s’oriente
plus sur les aspects du développement et des droits
de l’homme, mais elle a gardé une activité à la
Commission des femmes parce que c’est
quelquechose qui lui tient fort à coeur.

L’impact de l’Union Européenne en matière de
l’égalité entre les hommes et les femmes est très
important. Il y a de gros efforts qui sont faits pour
implémenter ces politiques. Mais il y a une distance
énorme entre les textes et directives européennes
publiés et la réalité des choses.
En début de conférence on a parlé de la feuille de
route 2006-2010 a qui a été évaluée au Parlement
européen et qui dit que les textes sont bons mais
que la réalité est très différente (inégalités trop
importantes qui subsitent dans beaucoup de payx).
Mme Dekeyser estime que tout cela reste du
domaine de l’implémentation.

Nous sommes confrontés au problème de la
subsidiarité, l’Europe ne peut pas tout faire. Il y a
des domaines qui restent de la compétence des
Etats membres et l’Europe ne peut pas intervenir.
Malgré la codécision dont dispose le Parlement, la
subsidiarité reste la règle.
L’Union Europénne travaille alors avec la Méthode
Ouverte de Coordination (MOC) que chaque pays
adapte à son propre contexte.
Il y a par exemple eu un échange de bonnes
pratiques par rapport à la stratégie d’emploi des
femmes, mais chaque Etat choisit ce qu’il veut faire.
Dans le domaine de l’emploi, la MOC est employée
avec un succès relatif.

Au niveau européen, on observe des disparités
hallucinantes entre les législations nationales de
différents pays dans plusieurs domaines, disparité
du point de vue des problèmes de travail, de la vie
de famille, du pouvoir des femmes, … Quand on
compare les législations nationales dans les
domaines qui touchent aux femmes, on constate
des distances énormes. Toutes les femmes ne sont
pas égales entre elles en Europe. Nous nous devons
d’arriver au moins à une égalité entre femmes dans
les pays de l’Union Européenne.

Actuellement, les difficultés rencontrées à l’échelle
européenne subissent également les effets de la
crise financière et économique, dont les femmes
sont les premières victimes.
Lorsque l’on fait le bilan de la stratégie de Lisbonne
on n’obtient pas le résultat espéré.

C’est dans ce cadre-là que nous devons travailler.
Au Parlement Européen, une Commission des
femmes regroupe des parlementaires de tous les
pays européens.
On essaie de créer un mouvement venant des
femmes dont le slogan serait « partageons nos cher les bonnes pratiques à
l’égard des femmes au niveau européen.

L’objectif est que cela percole dans les Etats, à
travers des décisions communes et à travers les
rapports faits au niveau européen.

La démarche de Gisèle Halimi propose une « clause
de l’européenne la plus favorisée ».
Gisèle Halimi est une grande avocate française de
85 ans, qui a commencé à militer avec Simone de
Beauvoir, très connue pour ses combats en faveur
du droit de la dépénalisation de l’avortement en
France. Elle est le défenseur du droit du travail des
femmes.

Elle propose que l’on mette à plat les différences
entre les législations européennes dans plusieurs
domaines, de faire un bouquet législatif et que les
femmes européennes choisissent la législation la
plus favorable selon elles. Cette proposition a le
mérite de replacer l’idée que les femmes ne sont pas
égales entre elles dans l’Union Européenne.

Gisèle Halimi explore cinq domaines : le choix de
donner la vie, le droit à la famille, la violence à
l’égard des femmes, le travail et la vie politique.
L’impression qui en ressort est que nous, les
femmes, mélangeons tout. Nous nous situons au
carrefour de plusieurs domaines et on ne peut pas
faire de séparation entre ces domaines, nous vivons
tout en même temps. Les problèmes de travail
doivent donc être pensés dans la globalité de ce que
l’on vit (le choix d’une maternité par exemple a une
influence sur les choix professionnels, …)

Dans ces cinq domaines, d’extraordinaires
disparités ont été exposées et Mme Halami a
proposé à chaque fois la loi qui lui semblait être la
meilleure en fonction du thème :

Donner la vie (droits sexuels des femmes,
contraception, avortement, soins, …) : Mme Halami
prône une éducation sexuelle tôt et de manière
responsable (exemple du Danemark où une loi le
propose) ;

Droit à la famille : mariages imposés, peu de
mariages civils mais plutôt des mariages religieux
dans beaucoup de pays européens, législations
aussi très différentes sur le divorce, congés de
maternité et paternité diffèrent également selon les
modalités mises en oeuvre par les pays membres de
l’Union Européenne ;

Violence : la violence à l’égard des femmes est une
plaie, les violences au travail aussi sont
importantes, la loi la plus remarquable est à
observer en Espagne (prévention et sensibilisation
auprès des jeunes, mesures de protection d’urgence
de la victime, mesures d’écartement du conjoint
violent, juridiction spécialisées, …) ;

Travail : assez paradoxalement cela éclate dans
tous les sens, les inégalités de salaires, le stress des
femmes au point de vue de leurs conditions de
travail et de la précarité, le problème du chômage et
le problème particulier des femmes immigrées qui
travaillent ;

Vie politique : en ce qui concerne la parité et les
quotas en politique, la palme revient à la Belgique,
mais on observe une ségrégation dans tous les
postes à décision dans toutes les entreprises.

Le mouvement important des femmes européennes
peut aujourd’hui percoler dans les parlements
nationaux. Dans la précédente législature ce
mouvement était freiné par la présidente de la
commission des femmes qui était très
conservatrice, mais cela a changé cette année et on
va donc pouvoir avancer à travers cette commission.