Numéro spécial avec le soutien financier de la commission Européenne et de l’EZA septembre 2009

Le marché du travail en Europe

Les enseignements de la Grande Récession

Monsieur Ronald Janssen, Conseiller à la
Confédération Européenne des Syndicats,
explique que le sujet du marché du travail en
Europe est lié à la crise économique actuelle.
Cette crise est un peu un moment de vérité.
Beaucoup de théories économiques qui nous
ont été présentées comme intangibles se
heurtent à la réalité des faits.
On nous dit depuis plusieurs années que
l’emploi en Europe n’est pas flexible et que la
protection de l’emploi est un obstacle à la
croissance économique. La CES a toujours été
critique par rapport à cette notion de « marché
du travail trop rigide ».

Flux de création et de destruction de l'emploi

Si on étudie de près les flux de création et de
destruction d’emploi
(voir graphique ci-dessus), il
apparait que les flux ne sont pas fondamentalement
différents entre les pays qui ont un marché du travail
flexible et ceux qui sont moins flexibles.
En temps de crise, on voit que les marchés sont en
fait flexibles car le chômage augmente très
rapidement, ce qui contredit clairement la thèse
comme quoi les marchés du travail seraient trop
rigides. Les marchés du travail sont plus flexibles que
dans le passé, mais il y a tout de même des
différences entre les pays (en France et en Espagne le
chômage a augmenté encore plus avec la crise, en
Allemagne on observe une augmentation seulement
depuis peu de temps grâce au système de chômage
technique mis en place).

Cette flexibilisation va de paire avec une précarisation des contrats de travail.
On constate que l’augmentation du nombre de CDD
est indépendante de la conjoncture économique, et
que ceux-ci augmentent même en cas de forte
croissance, on a trop ouvert la porte aux employeurs
pour l’utilisation de cette forme de contrat.

Précarisation des contrats de travail

L’emploi temporaire augmente énormément également dans la plupart des pays.
Emploi temporaire

Qu’est devenue la sécurité des travailleurs ?
On dit que s’il n’y a plus de sécurité du travail, celleci
doit être remplacée par la sécurité sociale. Sur le
graphique, on constate que l’effort indemnitaire se
situe en moyenne en Europe à 0,2% du PIB (en
indemnisation chômage), avec une part extrêmement
minime dans les pays de l’Est de l’Europe.
Quand José Manuel Barroso dit qu’il y a un système
d’indemnités automatique en Europe, ce n’est vrai
que pour un petit nombre de pays européens !

Effort indemnitaire par pays - 2005

Ces dernières années dans la politique du marché du
travail, beaucoup de réformesi ont réduit le filet de
protection sociale, les systèmes d’indemnité chômage
ont été affaiblis et réduits, et la « chasse » aux
chômeurs s’est développée.
La logique de ces dernières années était de dire que
pour attaquer le chômage structurel on réduisait les
indemnités de chômage pour remettre les gens au
travail. Mais on constate aujourd’hui que les
personnes qui rentrent au chômage ne sont pas des
chômeurs structurels mais des gens qualifiés, des
moyennes classes, qui tombent dans un système
affaibli.

De la précarisation du travail on passe aux inégalités économiques. En général, si on pousse
trop à la flexibilité, il en résulte une certaine
précarisation qui affaiblit donc les salariés.
En ce qui concerne la redistribution des
bénéfices
(parachutes dorés, taux de profitabilité
énormes), elle ne se répercute pas vers les salaires en
conjoncture favorable, mais les salaires baissent en
conjoncture défavorable.
Dans une période de crise comme celle-ci on devrait
observer un rattrapage des salaires sur les bénéfices
mais on ne peut observer cela nulle part.

Salaires en baisse, bénéfices en hausse

De même, le spectre de l’inflation que d’aucuns attribuent à la pression des salaires se heurte à la réalité d’une stagnation des salaires réels dans la zone euro durant les 10 dernières années.

Salaires fixés dans les conventions collectives dans la zone euro

Ratio des revenus ds 20% les plus riches vis-à-vis des 20% les plus pauvres
Ratio

Il ne faut pas un retour au « business as usual » !
Fin 2010 on observera une hausse de chômage de
12%, il y aura 26millions de chômeurs en Europe.
Que faire alors pour la politique de marché du travail ?

La CES insiste sur le fait qu’il ne faut pas commettre
les erreurs du passé, il ne faut pas de politiques qui
créent encore plus d’inégalités, il y a d’autres
politiques plus intelligentes à mener. La CES estime
qu’il faut aborder la segmentation du marché du
travail par des politiques « vers le haut ».

La flexicurité est acquise, maintenant il faut
améliorer l’accès des travailleurs précaires à la
sécurité sociale. Nous devons renforcer les droits des
travailleurs dans des contrats précaires (en
appliquant l’acquis social européen car il y a
beaucoup de trous dans la pratique d’implémentation
de la directive sociale européenne de 1999 qui limite
l’abus des CDD). Les travailleurs doivent également
avoir un filet de sécurité pour le cas où ils changent
de travail (“Make transition pay”).

La CES propose de maintenir l’activation des
chômeurs, sinon on va augmenter le chômage
structurel. Mais il faut changer de cap.
Cette activation doit se faire autrement. Il faut
pousser à l’emploi quand il y a pénurie, mais le
contexte actuel est différent, le nombre de postes de
travail est plus réduit et le nombre de chômeurs
augmente.

Il va y avoir un processus de substitution, les
employeurs vont placer des personnes qualifiées à
des postes non-qualifiés, avec des conséquences
désastreuses pour les personnes non-qualifiées, qui
vont se retrouver en marge du marché du travail.
Il faut donc changer de cap en faisant appel à des
instruments tels que la garantie de l’emploi (“Jobs
guarantee”), et en développant les programmes pour
l’empoi dans le secteur des services social d’intérêt
général (par exemple : en Grande-Bretagne, après 3 à
6 mois de chômage, un chômeur reçoit une offre
d’emploi directement).

Il est important, pour la solidarité, de développer les
politiques de partage de temps de travail tout en
gardant la productivité et la qualité de travail. Ces
politiques peuvent être développées à travers des
formations, des congés sabbatiques, …

Il faut également renforcer les systèmes de formation
des salaires et des négociations collectives.

Monsieur Degimbe, suite à la pertinence des analyses
de Monsieur Ronald Janssen, a souligné qu’en ce qui
concerne l’activation des chômeurs, il était de plus en
plus difficile pour ceux qui n’ont pas eu accès à
l’éducation de s’insérer socialement.

Numéro spécial avec le soutien financier de la commission Européenne et de l’EZA septembre 2009

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