n°10 juillet 2008

La jeunesse dans l’esprit du pacte associatif

Le respect du secteur jeunesse implique un refinancement public significatif des organisations de jeunesse, afin d’y garantir une accessibilité démocratique pour tous. Il y va de la cohérence et de la légitimité que le pouvoir politique doit regagner face à ce secteur. A cette fin, le pacte associatif est un enjeu majeur. A travers ce pacte, le pouvoir politique doit s’appuyer sur cette ressource précieuse qu’est l’associatif - qui est parfois le mieux placé pour remplir certaines fonctions à caractère public -, dont les organisations de jeunesse font partie.

Marc ELSEN, Sénateur de Communauté

Un secteur de la CF méconnu voire ignoré : la jeunesse…

La politique de la jeunesse s’articule autour de deux grands secteurs : d’une part, les centres de jeunes qui regroupent les maisons de jeunes, les centres d’informations de jeunes et les centres de rencontres et d’hébergement. Ils touchent grosso modo 20.000 jeunes. D’autre part, il y a les organisations de jeunesse, à savoir les mouvements de jeunesse et les services de jeunesse, qui impliquent à peu près 200.000 jeunes (dont 100.000 pour les mouvements dits « foulards »).

Un secteur définancé : les organisations de jeunesse…

Le décret de 1980 relatif aux organisations de jeunesse, modifié en 2004, prévoyait, entre autres, le mode de financement de celles-ci. Le système tel que prévu n’est pas appliqué et donc, année après année, l’on observe un définancement du secteur et une inégalité de traitement entre les OJ dont le volume d’activités est important -principalement les mouvements de jeunesse-, et celles dont le volume d’activité est nettement moindre, les premières subissant un définancement plus important.
Les OJ, particulièrement les mouvements de jeunesse, qui pouvaient parfois historiquement compter davantage sur un soutien financier externe, notamment des paroisses, ne peuvent actuellement plus compter que sur leurs fonds propres, essentiellement les cotisations des parents et les subventions publiques.
Sans refinancement public, la viabilité même des mouvements de jeunesse est aujourd’hui menacée en termes d’accessibilité démocratique tant pour les familles que pour les animateurs qui s’engagent bénévolement.

D’autre part, l’imposition aux centres de jeunes d’un moratoire entre 2000 et 2004 a eu pour effet qu’aucune reconnaissance n’a été octroyée durant 4 ans, même pour les CJ qui entraient dans les conditions du décret. A l’issue du moratoire, tous les centres qui n’avaient pas été reconnus durant ces 4 années, ont dû l’être lorsqu’ils rentraient dans les conditions décrétales. Les sommes importantes prévues pour les centres de jeunes, dans les Etats généraux de la culture (au total 1.200.000 €, dont 400.000 en 2008), auront permis dès 2008 de résorber les effets du moratoire mais aussi de refinancer le secteur. L’on peut d’autre part constater que le budget consacré pour la remise en état des infrastructures, tel que prévu dans les Etats .
Généraux de la Culture, profitera majoritairement aux CJ.
De même, la phase initiale du projet de réforme du décret emploi semble également « avantager » les CJ.

En termes d’évolution budgétaire, en moins de 10 ans, le secteur des CJ a donc vu son budget multiplié par 3, dépassant ainsi celui des OJ !

Le respect du secteur jeunesse tout comme celui des engagements politiques précisés aussi bien dans la Déclaration de Politique Communautaire que dans les conclusions des Etats Généraux de la Culture initiés dès 2004 par la Ministre LAANAN, impliquent un refinancement significatif des OJ.

L’accord du Gouvernement de la Communauté Française du 7 mars 2008…

- De nombreuses réunions, des heures de discussions, d’innombrables échanges de notes et de chiffres ont finalement abouti à un accord concrétisant les engagements pris dans la DPC et dans les EGC. Ainsi la majorité PS-cdH a décidé d’octroyer des moyens nouveaux, et de les pérenniser, selon 3 axes particuliers :

- la formation des animateurs bénévoles de tout le secteur jeunesse qui se trouve revalorisée progressivement dès 2008 pour atteindre le double de la subvention actuelle en 2010 (soit de 15 à 30 €/heure) ;

- la mise en conformité des infrastructures des OJ et des CJ, subventionnés à hauteur de 1.250.000 € dès 2008, dont 400.000 pour les mouvements « foulards » ;

- les activités locales des mouvements « foulards », subventionnées à hauteur de 700.000 € en 2008, pour atteindre une subvention annuelle de 1.200.000 € dès 2009.

Au-delà de l’accord politique, souligné positivement par un certain nombre de députés Ecolo et MR, il y a obligation de résultat quant à la mise en œuvre telle que prévue dès 2008.
Si cela pose peu de problèmes pour ce qui concerne la formation (pour laquelle « il suffit » de modifier la circulaire du 1er janvier 1998 organisant le soutien des programmes de formation des cadres de l’animation et de l’action socioculturelles) et si la mise en œuvre progresse quant à la rénovation et la sécurisation des infrastructures, elle semble connaître quelques difficultés importantes pour les actions décentralisées des mouvements…

Des acteurs qui se connaissent mal ?

Il semble à l’évidence judicieux que le Gouvernement, et particulièrement le Ministre de la Jeunesse, rencontre les responsables des Fédérations d’OJ afin de définir un consensus quant aux critères de liquidation des sommes budgétisées.
Et pourtant, la réalité ne semble pas suivre aussi facilement, chaque OJ tentant de récupérer ce qu’elle considère être son dû.
Au-delà d’un nécessaire forfait qui garantira les conditions d’existence de chaque OJ, l’équité doit prendre appui sur les réalités de terrain, en l’occurrence le nombre de jeunes concernés et le volume d’activités réalisées. Cela ne semble pas évident pour tous…
Le respect indispensable des situations manifestement minoritaires de certaines OJ ne peut et ne doit en aucun cas conduire à ce que d’aucuns en d’autres lieux qualifieraient de « dictature de la minorité » !

A défaut d’un consensus hautement souhaitable entre les mouvements, qui semble rassembler aujourd’hui les plus importants d’entre eux, il appartiendra au Ministre de faire ses choix dans la plus grande équité, dans le respect de l’AGCF : il y va de la cohérence et de la légitimité que le pouvoir politique doit regagner face à ce secteur qui mériterait d’être mieux (re)connu dans sa réalité de terrain, concrète et tangible, telle qu’elle est aujourd’hui, en pleine évolution et en pleine vitalité… Une vitalité dont notre société a pourtant tellement besoin !

Hésitant, le politique ?

Certes, la multiplication des échanges entre les responsables politiques et ceux des Fédérations des OJ est propice à une meilleure (re)connaissance des contraintes de la réalité et des enjeux mutuels.
Mais quelles raisons pourraient justifier la résistance voire la frilosité que beaucoup d’acteurs de terrain attribuent aux responsables politiques ?
Quels indices pour mener à la compréhension du définancement du secteur des OJ ?

Des jugements, souvent erronés, de nature philosophique ? L’image du bénévolat ou du volontariat, peu valorisée chez certains responsables politiques ? Des assertions telles que : « de toute façon, ils se débrouillent bien ainsi depuis tant d’années… »

Un enjeu majeur : le pacte associatif…

Force est de constater que trop de responsables politiques font en effet preuve de frilosité quant à l’investissement dans des secteurs dont ils ne maîtrisent pas le fonctionnement, voire la philosophie d’action et les moyens mis en œuvre.

De toute évidence, il ne s’agit pas d’empêcher le pouvoir politique d’évaluer la réalisation d’objectifs généraux dès lors qu’il investit « de l’argent public » dans les organisations ou associations qui les mettent en œuvre via les moyens qui leur sont propres.
Si la relation entre le politique et l’associatif au sens large est rendue perverse lorsque le second transgresse les objectifs communément admis, elle l’est tout autant lorsque le premier impose un droit de regard voire un pouvoir de contrôle sur les moyens mis en œuvre par le second.

Dans un certain nombre de cas, l’associatif reste le mieux placé pour remplir certaines fonctions à caractère public, parfaitement nécessaires en terme d’évolution sociale ou de maintien du tissu social, ou en terme de participation à la construction de la responsabilité collective et partant de « la citoyenneté responsable, active, créative et solidaire », et il y va de l’intérêt général que le pouvoir politique s’appuie sur cette ressource précieuse qu’est l’associatif. Et les OJ en font incontestablement partie !

L’on pourrait évoquer le principe de subsidiarité, au cœur de l’esprit d’un pacte associatif qui finira bien par être reconnu par tous comme une nécessité pour notre société, mais sans doute est-il en l’occurrence très utile également en termes de relation politique – associatif, de plaider pour une autonomie encadrée en lieu et place d’une (fausse) autonomie dirigée voire (abusivement) conditionnée.

Et la jeunesse, demain… ?

Plus que jamais, notre société a un besoin crucial de se réconcilier avec l’image de la jeunesse… Celle qui parfois dérape, le plus souvent pour des raisons que de meilleurs moyens en terme d’encadrement préventif, de soutien à la parentalité, … parviendraient à réduire, mais davantage encore celle que représente ces centaines de milliers de jeunes qui animent ou bénéficient d’un encadrement élaboré, à travers les OJ et les CJ, les clubs sportifs, les jeunesses politiques, les démarches culturelles, … ; ces centaines de milliers de jeunes entrepreneurs ; ces centaines de milliers de jeunes qui représentent à coup sûr une des meilleures valeurs ajoutées de notre société qui se veut responsable.
Cette jeunesse a besoin, de la part des responsables politiques, de gestes concrets et, fondamentalement, de cette confiance qui fait grandir les femmes et les hommes, comme les ambitieux projets de société !

n°10 juillet 2008

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