Centre Européen du Travail

L’exclusion et l’intégration au marché du travail

Vendredi 13 juin 2008 à Namur a eu lieu un colloque sur l’exclusion et l’intégration au marché du travail.

L’Union européenne (UE) présente aujourd’hui un taux de chômage des jeunes de 17%. Le nombre de « working poors » rencontre une croissance exponentielle ces dernières années, touchant plus particulièrement les femmes monoparentales. Ces différentes données ajoutées à la baisse du pouvoir d’achat qui, aujourd’hui, fait la une de nos journaux, n’ont eu de cesse de préoccuper les institutions européennes et notamment la DG emploi et Affaires sociales.

Des 2 recommandations de 1992 [1] sur le niveau minimum des ressources à la Communication d’Octobre 2007 présentant une compilation de statistiques préoccupantes [2], Mr Pirozzi, fonctionnaire de la DG emploi et affaires sociales, explique comment l’UE n’a eu de cesse de développer une approche toujours plus large de la pauvreté et l’exclusion. Aujourd’hui une recommandation est en cours de rédaction afin de proposer des principes communs :
- Aide au revenu : assortiment de ce droit fondamental de la personne à des principes comme donner une disponibilité active au travail et à la formation professionnelle ;
- Marché du travail : essayer de faire tomber toutes les barrières qui l’entravent, rendre le travail plus attractif, favoriser le développement de nouvelles formes d’emploi comme l’économie sociale
- Gouvernance : accentuer le principe de qualité dans les différentes sphères (participation des usagers, outils de suivi et d’évaluation, investissement humains ; conditions de travail…)

Selon Mr Dion, fonctionnaire au sein de cette même DG, la Stratégie Européenne pour l’Emploi (SEE) a permis de mieux prendre en compte la dimension sociale mais aussi de sortir de l’arbitrage entre économique et social : selon ce haut fonctionnaire, « ne pas être social, c’est ne pas être économique ».
La SEE insiste sur la nécessité de l’équité et de l’efficacité des systèmes d’éducation et de formation, de la combinaison employabilité et productivité afin de contribuer à atteindre un équilibre entre l’offre et la demande d’emploi, priorité incontournable actuellement.
Cependant, la globalisation a généré de tels bouleversements démographiques, environnementaux, dans le domaine de l’emploi mais aussi dans celui des NTIC ; qu’aujourd’hui il est primordial de se soucier des futurs besoins en compétences.
La flexicurité, en essayant de mieux flexibiliser le marché du travail tout en assurant une sécurité pour les travailleurs permet de répondre en partie à ce défi.

Certes, la SEE a montré forces et faiblesses au cours de son développement mais elle reste au centre de la stratégie de Lisbonne avec sa capacité de combiner des priorités macro et micro économiques. Dans un processus d’amélioration constante, la Commission reste donc ouverte aux propositions.

Les initiatives de la société civile en matière d’insertion sociale et professionnelle sont nombreuses et variées :

Pro Vocatie, présent sur l’ensemble du territoire roumain est un dispositif proposant évaluations, formations et certifications reconnues à un niveau national aux personnes ayant acquis des compétences formelles, non-formelles et informelles.
L’évaluation et la certification se font pour les métiers suivants : travailleur social, intervenant à domicile, assistant pour personnes handicapées, animateur socio-éducatif et formateur.
Au 31 Décembre 2007,1.516 personnes ont vu leurs compétences certifiées par Pro Vocatie.

Envie 2E Nord, filiale du groupe Vitamine T, est implantée à Lesquin dans le Nord pas de Calais (France) sur l’ancien site de Thomson et Brandt. Sa principale activité est le démantèlement, le recyclage, la réparation et la vente d’électroménager et d’équipements électriques et électroniques.
En partenariat avec Van Gansewinkel (leader du Benelux du traitement des appareils à froid et à tube cathodique), Envie 2E Nord est aujourd’hui un modèle de développement durable :
- en 2007, 1400 personnes ont été accueillies. A la sortie, 87% ont acquis des compétences professionnelles et 65% sont en sortie positive sur le marché de l’emploi classique.
- Le groupe ENVIE est aujourd’hui leader français de la vente d’électroménager garanti et génère un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’€ annuel.
- 19.000 tonnes de déchets ont été recyclés depuis 2 ans, les frigidaires sont recyclés à 90% et les TV à 95%. Le site est classé ICPE [3] et est autorisé à transporter des déchets dangereux, il est également certifiée ISO 14000 et 9000.

La Scuola Centrale de Formazione est une fédération présente dans 94 sièges sur 11 régions de l’Italie. Ses missions principales sont la formation de formateurs et l’échange de bonnes pratiques à un niveau national mais également international.
Parmi les nombreuses bonnes pratiques recensées au sein de son réseau, Giovani Zonin, directeur de SCF, présente aujourd’hui Itaca, un modèle de coopérative social basé à Catagne qui a été développé et étendu à de nombreuses régions italiennes. Son succès a d’ailleurs été remarqué par le ministre de l’emploi qui l’a identifié comme bonne pratique nationale. A noter que remettre une personne à l’emploi par ce biais coûte la moitié de ce que cela couterait en formation classique.

En Belgique, le concept de Job’In a été crée en 1997 par l’ACFI. Aujourd’hui reconnue comme structure d’accompagnement à l’auto création d’emploi (SAACE), Job’In peut se prévaloir d’un actif de 700 création d’entreprises par des demandeurs d’emploi.
L’accompagnement proposé va de la pré-création à la post-création d’entreprise en passant par une période test en grandeur réelle de 6 à 12 mois sans risque financier ou social pour le créateur (conservation des allocations chômage et octroi d’une bourse de 5000€).
Le taux de pérennité à 5 ans est supérieur à la moyenne belge : 56% contre 50%. A noter également que 38% des créateurs sont des créatrices contre 35% au niveau national belge.

La mise en corrélation de ces initiatives citoyennes avec les dispositifs politiques européens met en exergue la crise dont souffre l’Europe actuellement, crise qui présente de nombreuses ressemblances à celle des années 30, selon François Martou, président de l’ACFI-FIAS. Aujourd’hui, vendredi 13 Juin 2008, l’Irlande vient de voter non au nouveau Traité simplifié. Quelle(s) issue(s) se présentent aujourd’hui ?
Mme Loes Van Embden de Business Europe récuse cette assimilation rapide d’une Europe en crise en rappelant que dans nos Etats providence des solutions existent pour amener plus de personnes à l’emploi : soutien des systèmes d’activation de la main d’œuvre ; amélioration de la transition professionnelle lors des délocalisations, mise en place de dispositifs pour conserver les « cerveaux » en Europe.
Mr Janssens de la Confédération Européenne des Syndicats réaffirme quant à lui la période de crise de l’UE et l’attribue en grande partie à la disparition de la méthode communautaire dont le retour n’est pas souhaitable pour autant. Le travail en concertation autour de la mise en place de la flexicurité parait plus approprié. Cette dernière, mise en œuvre avec volonté et intelligence politique offre des solutions à de nombreux problèmes vécus par une Europe des 27.
Cette UE, rappelle Jean Degimbe, ancien directeur général des affaires sociales de la Commission européenne, a connu de lourdes crises dans son histoire et malgré tous les regrets que nous puissions exprimer notamment sur l’échec du référendum en Irlande ce jour, des pistes restent encore à explorer en matière de réinsertion, de formation et d’emploi. Les initiatives exposées aujourd’hui, combinées à la volonté de la Commission européenne d’améliorer ces process permettront de contribuer à faire vibrer la flamme de l’associatif au regard des personnes en difficulté au sein de l’Europe.

[192/442/CEE : Recommandation du Conseil, du 27 juillet 1992, relative à la convergence des objectifs et politiques de protection sociale
92/441/CEE : Recommandation du Conseil, du 24 juin 1992, portant sur les critères communs relatifs à des ressources et prestations suffisantes dans les systèmes de protection sociale

[2Le taux de pauvreté dans l’UE est de 16% soit 80 millions de personnes ; 20% des logements sont de mauvaise qualité, 7% des citoyens européens sont des working poors)

[3Installation Classée pour la Protection de l’Environnement

  

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