N°15 Octobre 2009

L’Humanisme est-il soluble dans l’Olivier ?

L’Olivier est-il une opportunité pour avoir un meilleur équilibre dans les relations entre le cdH et le PS ? Cela permettra-t-il des rapports plus équilibrés entre les coalisés ? Les attentes générées par les mouvements sociaux en faveur de ce type de coalition vont-elles pouvoir être rencontrées ?

Denis Grimberghs, Ancien Président de la DCWB

Rappelons-nous cette première semaine après
le 7 juin.
Le PS sort moins groggy que prévu de l’épreuve
électorale et Ecolo décide d’examiner sérieusement,
avec le cdH, qui du MR ou du PS peut
devenir le partenaire des coalitions en Wallonie
et à Bruxelles.
Si cette posture est possible pour les deux partis
au centre de l’échiquier politique, c’est bien sûr
parce qu’Ecolo est le seul gagnant des élections
de juin dernier (et qu’il serait difficile de faire
une coalition sans lui) mais surtout, c’est parce
que le PS a indiqué avant les élections qu’il ne
gouvernerait pas avec le MR.

Cette attitude ne doit pas grand-chose à la
sympathie que le PS a pour l’Olivier mais à la
stratégie d’Elio Di Rupo pour « sortir du coin »
en particulier après que Reynders ait mené une
nouvelle campagne anti-PS, stratégie gagnante
en 2007 et qu’il avait dès lors réamorcée pour
2009. Et cette stratégie a réussi d’une manière
exceptionnelle… à remettre en selle un PS que
l’on croyait moribond !

Nous voilà donc prévenus après ces rétroactes
rapides : pour mettre en place une coalition
quelle qu’elle soit, il faut d’abord que les partis
qui la composent disposent d’une majorité dans
les assemblées parlementaires concernées et
que parmi eux il y ait au moins un gagnant du
scrutin !

Bien sûr, comment ne pas rappeler ici l’appel
répété de François Martou et du MOC pour la
mise en place de coalitions PS/cdH/Ecolo.
Le travail sur l’égalité mené par diverses
organisations et mouvements sociaux avec des
mandataires des différents partis n’avait pas
permis en 2004 d’aboutir à ce nouveau type de
coalition principalement à la suite de l’échec
électoral d’Ecolo !

On peut certes espérer que le travail de
rapprochement entrepris sur le fond des
dossiers et l’expérience bruxelloise depuis 2004
aient bien contribué à opérer le choix de
l’Olivier dans les différents partis concernés.
Mais ne soyons pas naïfs ! Chaque parti a, dans
ce contexte, sa propre analyse et ses propres
motivations.
Par ce choix en faveur de l’Olivier, déclaré avant
les élections (malgré les expériences désagréables
de Schaerbeek, Bruxelles et d’Ixelles en
2006), le PS a choisi de jouer le tout pour le tout
pour rester le parti le plus important des
coalitions dans les deux Régions et à la
Communauté française.

Ecolo avait-il vraiment le choix ? On l’a dit et
répété, la base d’Ecolo n’était pas prête à
accepter de gouverner avec le MR.
Et l’explication officielle rejoint bien le
sentiment des militants de ce parti : pour mettre
en oeuvre le programme d’Ecolo, il y a plus de
convergences (sic !) avec le PS et le cdH qu’avec
le MR (même) avec le cdH !

Au-delà, la question qui se pose est celle de
savoir comment, dans l’Olivier, le cdH est-il
susceptible de faire passer son message, de
peser sur les décisions et de porter les résultats
engrangés par les différents gouvernements
wallons, francophones et bruxellois.

Sans doute le rapport avec les organisations et
mouvements sociaux qui ont souhaité l’Olivier
sera l’élément déterminant pour assurer la
réussite de cette opération en particulier pour le
cdH.
Et il faut bien dire que le contexte économique
et budgétaire ne rend pas facile le soutien des
organisations syndicales par exemple à des
gouvernements qui vont devoir prendre des
mesures d’économie. On le voit déjà au niveau
de l’enseignement.

communautaires se renvoient la balle, il y a fort
à parier que ce sera le cdH qui aura le plus
mauvais rôle. Et là c’est plutôt mal parti !

Il est certainement de l’intérêt du cdH de ne pas
jouer cavalier seul et de s’assurer que les autres
formations sont disposées à porter ensemble les
décisions les moins faciles à faire accepter à la
population.

Nous devons aussi éviter, en période crise, de
concentrer tous les débats politiques sur les
moyens budgétaires et mettre un maximum
l’accent sur les objectifs des politiques mises en
oeuvre. Est-ce à dire que l’on peut mener des
politiques avec des moyens qui seront limités
voire réduits ?

Pour moi la réponse est oui ! J’ai la faiblesse de
penser que les responsables politiques sont pris
à leur propre piège, en particulier dans le
rapport aux médias qui mettent l’accent sur les
plus et les moins sans véritablement s’interroger
sur l’évaluation des actions publiques
entreprises sur le long terme.
Bref, si on ne procède pas à un examen sur le
fond des politiques engagées et que l’on reste
focalisé sur les moyens budgétaires, on peut déjà
prévoir l’impasse de l’olivier. Et qui plus est,
2010 et 2011 ne seront pas les années les plus
faciles alors que l’on sait que l’on aura à ce
moment le scrutin fédéral qui perturbera
inévitablement le cheminement des gouvernements
dans les institutions fédérées.

Le débat sur la place et le rôle de l’Etat et de la
société civile organisée est, dans ce contexte, un
enjeu fondamental sur lequel les partis de
l’Olivier devront être capables de se positionner
d’une manière dynamique et concrète.

Pour prendre deux exemples qui sont repris
dans les accords de gouvernement, il me semble
que la dissociation du rôle de pouvoir
organisateur et de régulateur dans l’enseignement
et la mise en place du pacte associatif
sont des dossiers emblématiques sur lesquels
l’Olivier jouera sa crédibilité.

Bien évidemment, l’approche du PS, d’ECOLO et
du cdH n’est pas la même sur ces dossiers. Dès
lors, ou bien ces partis parviennent à dépasser
leurs divergences et à mettre en place des
réformes, osons le mot, de structure, ou bien ils
feront état de leur impuissance et le risque sera
très grand de voir des petits jeux de compétition
entre les partenaires prendre le dessus sur les
combats à mener en commun… pour changer la
société !
On peut ajouter dans cette liste de questions
essentielles qui ne sont pas d’abord une question
de moyens budgétaires, la question de la mixité
scolaire (quid après l’échec du décret mixité ?),
celle des outils publics à mettre en place pour
assurer de manière efficace la régulation des
marchés financiers (même si cette question
relève davantage du fédéral), et la manière
d’assurer un meilleur équilibre (plus durable)
dans le développement et l’aménagement du
territoire de nos deux régions.

Comme Bruxellois permettez-moi d’affirmer
que la distinction entre une gestion libérale et
une gestion progressiste s’inscrit dans la trame
urbaine.
Bruxelles a suffisamment été caractérisée par le
tout à l’auto, la spéculation, la fragilité dans
l’accès au logement que pour que l’on puisse
mesurer la différence entre le « laisser faire » et
une forme de gouvernance où sont alliés
participation et respect de la puissance
publique. Bruxelles a été victime d’un
développement anarchique de la fonction
administrative et les libéraux ont considéré, à
tort, qu’il fallait pouvoir ouvrir les vannes de
l’implantation de bureaux un peu partout dans
la ville.

Le résultat est désastreux y compris sur le plan
économique puisque nombre de bureaux sont
vides et en particulier ces grands espaces de
bureaux situés dans des zones décentralisées de
la ville que le MR a justifié à la fois pour des
raisons de concurrences économiques avec la
périphérie et parce qu’il était nécessaire de « mixifier
 » l’aménagement du territoire dans toutes
les communes bruxelloises.
La situation est sans doute un peu différente en
Wallonie mais il est certain que le débat sur un
développement durable des villes et campagnes
de Wallonie est aussi posé !

Si on veut avoir une chance de mettre en avant
des réformes de grande ampleur, il faut
commencer rapidement les réflexions en ce sens
à l’intérieur des coalitions car c’est pendant les
deux premières années d’une législature que l’on
peut prendre quelques risques et mettre des
débats difficiles en chantier en ayant l’espoir de
toucher les dividendes des changements
entrepris avant la fin de celle-ci.

Rappelons que les décisions, certes difficiles car
elles touchent à l’organisation des réseaux, sur la
dissociation des rôles opérateur/régulateur dans
l’enseignement demande une majorité des 2/3
des membres du Parlement de la Communauté
Française, ce dont la coalition PS/ECOLO/cdH
dispose. Cela ne veut certainement pas dire qu’il
faut tenir le MR à l’écart de cette question, mais
il y a fort à parier qu’il trouvera dans les
réticences des uns et des autres des raisons de
ne pas aider la majorité.

Je voudrais encore plaider pour que ces
questions d’organisation de la société soient
prises en compte en évoquant le leitmotiv du
moment : la bonne gouvernance.
Au risque de me montrer désagréable, j’ai du
mal à réduire les questions de bonne
gouvernance à la réponse quotidienne aux
dénonciations de quelques médias particulièrement
friand de scandalite aigüe ! Je n’ai pas
de problème pour que l’on discute de la taille des
cabinets, de la réduction du nombre de
ministres, des avantages financiers accordés aux
mandataires… mais comment peut-on réduire la
question de la gouvernance publique à ces
questions.

Bref si on veut parler de gouvernance publique,
osons l’évaluation des politiques publiques
(même quand elles sont concédées à des services
publics fonctionnels !), rendons nos administrations
publiques plus efficace, simplifions
nos arcanes administratives, clarifions mieux les
rôles et les fonctions des acteurs en osant le pari
de la subsidiarité et de la délégation !
Tout le monde convient qu’il est temps que ce ne
soit plus un cabinet ministériel qui assure la
désignation des enseignants chaque année.
Alors procédons rapidement à cette réforme
assez simple à mettre en oeuvre.

Dernière chose, un gouvernement à trois
composantes cela peut être lourd !
Alors trois gouvernements à trois composantes
cela peut être très lourd !!
Pour éviter les blocages et les marchandages
paralysants, il faut permettre à chacun de
gagner des points. Se rappeler qu’une coalition
ne peut gommer ni les différences entre les
composantes ni, pour le dire positivement, les
apports spécifiques des différents partenaires.
Il ne sert à rien que tous les partis se disent
aujourd’hui aussi verts que les verts.
Et au cdH, on ne sait que trop bien ce qui nous
différencie des socialistes. Nous ne sommes pas
engagés à les convertir à une société dans
laquelle il y aurait plus de place pour l’initiative
libre et volontaire. Mais le cdH devra pouvoir
montrer qu’il a, lui aussi, marqué des points et
faire apparaître son apport spécifique.

Cela renvoie certainement à un travail doctrinal
qui devra être entrepris en dehors de la gestion
des participations gouvernementales et à une
capacité d’attirer une élite notamment en se
redonnant la capacité de ressourcement dans le
dialogue avec la société civile organisée.

N°15 Octobre 2009

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