n°9 avril 2008

L’Evolution des relations entre parti(s) et ACW

La stratégie politique du mouvement ouvrier chrétien (ACW) a fait l’objet de plusieurs discussions au fil du temps. Régulièrement, le cap du mouvement a été adapté après des discussions dans des congrès ou en réaction à la situation politique.

Jan RENDERS, Président de l’ACW

Jusque dans les années ’80, le lien entre le mouvement ouvrier chrétien flamand et les chrétiens-démocrates était très clair et, pour la plupart des membres et militants, très logique : dans le paysage belge classique, compartimenté, les piliers socialiste, chrétien-démocrate et libéral garantissaient souvent une identité et un lien avec les mouvements sociaux et la vie associative en général.

Dans les années ’80, cette situation a changé. En 1986, un congrès a confirmé la stratégie de l’ACW de continuer à influencer la politique, via le CVP, en respectant de nombreuses conditions, ainsi que des temps d’évaluation. C’est à cette époque que l’on a évoqué la création dudit Parti ouvrier chrétien. Mais le congrès a choisi de distinguer mouvement et parti et a décidé d’exercer une influence politique de manière indirecte : via les chrétiens-démocrates, le CVP.

Dans les années ’90, ce lien exclusif avec les chrétiens-démocrates a été soumis à rude épreuve. Notamment en raison d’un comportement électoral éclaté, y compris parmi les membres de notre mouvement. Le paysage politique flamand s’est fractionné de plus en plus, tout en évoluant constamment. Outre les trois partis « classiques », d’autres sont venus colorer le paysage politique.
Les nationalistes flamands (Volksunie) furent toujours présents malgré des succès électoraux divers, puis sont apparus Agalev (Groen !), le Vlaams Blok (Vlaams Belang) et toute une série de partis éclairs.

Mais on a également constaté le problème des divergences trop marquées dans le programme, entre parti et mouvement. Les chrétiens-démocrates sont proches de notre mouvement dans leur conception de la démocratie participative, accordant un grand rôle à la société civile et à l’initiative librement subventionnée.
Mais de nombreux militants notent que les points de vue des verts et des socialistes se rapprochent de notre vision pour des volets importants du programme socio-économique.

- L’ACW lui-même a revu en profondeur sa stratégie : il s’est profilé davantage comme mouvement social autonome, et l’accent a été mis sur des actions liées à des préoccupations sociales, comme l’accueil des enfants, le bien-être, l’accessibilité de l’enseignement, les transports publics, l’environnement etc.
La position d’organisation de la société civile a été mise en avant. L’authenticité du mouvement et ses points de vue, libres des influences politiques (avec l’accent sur la faisabilité) ont été plus clairement mis en avant.

- De plus en plus souvent, outre la relation privilégiée avec les chrétiens-démocrates, des contacts ont été pris avec d’autres partis politiques, notamment les verts et les socialistes.
C’est notamment après le gouvernement violet de 1999 que des politiciens d’autres partis ont été approchés, car un accès direct au gouvernement via les chrétiens-démocrates n’était plus possible.

- Lors du congrès majeur de l’ACW en 2004, la stratégie politique du mouvement a été reprécisée.
Les grandes lignes de cette vision clament :
L’ACW favorise la prise de conscience politique, incite les gens à l’engagement politique ou à assumer un mandat, et les forme et les soutient à cet effet.

- En tant qu’organisation de la société civile et mouvement social, l’ACW aura des contacts à tous niveaux avec des hommes politiques d’autres partis démocratiques.

- Nous rencontrons régulièrement des hommes politiques qui défendent une société durable et solidaire et qui traduisent nos points de vue en politique.

- Nous continuons à compter sur la « fidélité aux personnes » en politique. C’est pourquoi le mouvement collabore avec des mandataires ACW reconnus. Cela implique un engagement réciproque, sans qu’il soit question de « lien » réciproque ou de « mandat impératif ».

- Les mandataires ACW reconnus appartiennent idéalement au même parti politique, pour améliorer l’efficacité de la collaboration. Cette préférence est concrétisée au jour le jour par la coopération entre les membres de l’ACW et du CD&V.

« Les chrétiens-démocrates sont nos partenaires privilégiés »

De manière simple et sans nuances, on peut dire que, sur le terrain politique, les membres de l’ACW parmi les chrétiens-démocrates sont nos partenaires privilégiés. Ce sont souvent des hommes proches du mouvement et qui connaissent bien notre projet social.
Ce lien « de confiance » est surtout important au niveau communal. L’influence de l’ACW, traduite en mandats, représente environ la moitié des chrétiens-démocrates.
Quelque 14% des mandataires communaux sont de « tendance ACW ».

La relation de notre mouvement avec les chrétiens-démocrates passe donc par les mandataires ACW et des concertations régulières sont prévues.

Mais cette relation « mouvement social-politique » ne va pas toujours de soi. Elle est accompagnée de tensions, de vives discussions et parfois de points de vue inconciliables.
Néanmoins, le fonctionnement politique de notre mouvement est jugé très important pour concrétiser au maximum notre projet social.
Parfois, nous en sommes satisfaits et heureux ; parfois, nous sommes déçus.

Cette relation pragmatique entre ACW et politique n’enlève rien à l’autonomie et au comportement spécifique du mouvement ouvrier chrétien. La politique reste la politique. Le mouvement reste le mouvement.

Il est donc fréquent que les points de vue divergent. Il est normal que mouvement et parti soient diamétralement opposés. Mais l’idée de base reste que l’autonomie de chacun doit être respectée.

Elle s’est notamment très clairement exprimée lors de la naissance du cartel CD&V-NVA. L’ACW n’est pas, pour dire les choses gentiment, un fan de cette alliance, qui est née d’une stratégie politicienne, après que le SP.A ait refusé un cartel avec Spirit, l’autre parti né de l’ancienne Volksunie.

En résumé : la relation mouvement-parti a fortement évolué ces dix dernières années. Notre mouvement se veut indépendant des partis politiques, tout en maintenant un lien privilégié avec les chrétiens-démocrates, via les mandataires ACW.

Le maintien de ce lien et de ce privilège à l’avenir dépendra de multiples facteurs. Mais la pierre angulaire reste notre programme, notre projet pour une société solidaire, durable, participative et socialement équitable.

n°9 avril 2008

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