n°6 décembre 2006

Edito

Au lendemain du 8 octobre 2006

Jean-Jacques VISEUR, Député fédéral

Au-delà des péripéties liées à la constitution des majorités, les élections d’octobre 2006 ont livré des enseignements assez clairs. Le CD&V et le cdH ont clairement gagné les élec­tions. Ils améliorent sensiblement leurs résultats par rapport aux élections de 2000, 2003 et 2004 et effacent com­plètement la débâcle de 1999. La projection sur un scru­tin fédéral des ré­sul­tats aux élections provinciales leur donneraient respec­tivement 29 (+8) et 12 (+5) sièges à la Chambre. Avec 41 sièges, ces deux partis redevien­draient la première force politique belge face aux 38 sièges PS/SPa et aux 37 sièges MR/VLD.

On peut se réjouir du parcours du cdH sous la houlette de Joëlle Milquet. Après sept années intenses et difficiles, le CdH a trouvé sa place sur l’échiquier politique : un parti rajeuni, por­teur de valeurs, brisant peu à peu les clivages tradition­nels et s’inscrivant résolument dans une vision moderne et soli­daire de la société. Il y a un électorat nouveau qui croit à ce mes­sage très éloigné du « centre mou » tempéré par le bien com­­mun qui fut longtemps l’image d’un PSC qui se réduisait d’élections en élections à une peau de chagrin. Le cdH de­vient aussi un parti urbain, multiculturel et soucieux d’aider chacun à s’épanouir. En cela, il a réalisé dans son pro­gramme la plupart des aspi­rations de la Démocratie chrétienne.

A Bruxelles et, dans une moindre mesure en Wallonie, l’olivier subit un très net coup d’arrêt. Si, en 2000, 4 majo­rités s’étaient constituées sous ce signe, il n’y en a plus qu’une aujourd’hui. L’olivier imposait à ses compo­santes un grand res­pect de l’autre. L’objectif n’était pas de trans­former le cdH et Ecolo en accessoires d’un PS domi­nant mais de construire ensemble un projet politique ex­plo­rant une sortie de l’Etat providence par le haut en opposition avec le libéralisme do­minant. Force est de constater qu’Ecolo n’a jamais vrai­ment digéré les «  con­vergences à gauche » et que le PS a souvent sacrifié sa volonté de rénovation, s’engluant soit dans les af­faires, soit localement dans son anticléricalisme primaire, soit recher­chant une al­liance pragmatique avec un MR, certes allié contre nature, mais somme toute rassurant en ce qu’il per­met de bien séparer le discours idéologique de tribune de la gestion au jour le jour soumise aux règles du mar­ché.

Le cdH a assisté effaré au triomphe du seul pragmatisme qui aboutit à tant d’alliances PS/MR à Bruxelles et, par ex­emple à l’alliance MR/Ecolo à la province du Brabant. La bipolarisation n’aura pas lieu. Le MR a longtemps caressé le rêve de briser le PSC et d’étouffer le cdH. C’est un échec. Il explique d’ailleurs la haine que le Président du MR nourrit à l’encontre de la Présidente du cdH. Les couleurs nou­­velles d’Ecolo et de Groen après la défaite de 2003 in­diquent bien que pour long­temps encore, la vie politique dé­mo­cratique belge est une valse à 4 temps et que, sauf changement radical de la loi électorale, la bipolarisation n’est plus à l’ordre du jour.

Dans les prochains mois, la question pour le cdH n’est pas seulement un retour programmé au pouvoir fédéral. Il lui ap­par­tiendra de rappeler qu’il n’y a pas, en politique, de fata­lité de la paralysie du système et qu’un autre monde plus res­pon­sable et plus solidaire est possible. Il faut vrai­ment remettre de l’idéologie et des idées dans le débat politique des prochaines semaines. C’est notre raison d’être. Pour nous le pouvoir est un moyen, pas une fin. Au travail !

n°6 décembre 2006

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