n°10 juillet 2008

Etre Président de Pouvoir Organisateur de l’enseignement libre

En tant que président de PO, à la tête d’un “service public fonctionnel”, notre vision pédagogique doit s’articuler avec les orientations décidées par nos instances légitimes, et notre responsabilité nous impose de rechercher perpétuellement ce qu’il y a de mieux pour les élèves.
Une autonomie partagée pour les établissements de l’ensemble du système éducatif permet de bâtir une réponse pédagogique aux défis actuels que rencontrent les réseaux catholique et libre.

Olivier DEGRYSE, Président du Pouvoir Organisateur de l’Institut Sainte-Marie

Le juste positionnement institutionnel d’un président de PO est à mon avis un enjeu important et insuffisamment clarifié. Nous ne sommes pas seulement des G.O. d’une organisation qui fait de l’enseignement comme elle pourrait faire autre chose.

Etre à la tête d’un « service public fonctionnel » entraîne ipso facto une responsabilité collective qui dépasse bien évidemment les limites de l’école et de son public. La réflexion sur les enjeux internes -notamment en terme d’offre d’enseignement-, l’organisation de la gestion quotidienne -en particulier la gestion des relations collectives de travail-, et l’ensemble de la vision pédagogique qui sous tend l’existence même de l’école ne peuvent que s’inscrire dans une vision de service public ! C’est-à-dire qui doit s’articuler étroitement avec les choix et orientations décidées par nos instances légitimes, le Parlement et le Gouvernement de la Communauté française.

Quelles relations avec le SeGEC ?

En plaidant pour une grande fidélité dans ses relations avec le SeGEC, un P.O. va bénéficier d’un service – juridique, financier, d’ordre général- mais il va surtout avoir une appartenance qui n’est pas seulement celle que peuvent reconnaître des entreprises à une fédération.
C’est d’une relation plus forte qu’il s’agit, parce que l’enjeu fondamental de cette triangulation n’est pas “seulement” la concaténation [1]d’institutions qui y trouveraient – et ce n’est déjà pas mal-, une force décuplée pour la défense d’intérêts purement sectoriels. Il s’agit vraiment d’une médiation au sens fort : une fédération qui est un intermédiaire entre institutions et pouvoirs publics mais aussi une modalité de construction d’un sens partagé entre celles-ci et reconnu dans la sphère publique.
En ce sens là, le SeGEC est ce qui construit le service public fonctionnel et qui sort les institutions du solipsisme [2]dans lequel elles se perdraient en y laissant à la fois la dimension de service public et la vision chrétienne partagée de notre société que nous tentons de construire et de promouvoir.

Quelle autonomie alors pour nos établissements ?

Une autonomie partagée, qui permet de bâtir une réponse pédagogique aux défis d’aujourd’hui dans une construction qui n’est pas idéologique ou philosophique mais qui se crée chaque jour, dans chaque cours, et qui se confronte en permanence à la réalité. Constructions qui se confrontent, se jaugent mutuellement. Le mouvement est de bas en haut et de « partage latéral », d’école à école. Il se construit par les professeurs, les surveillants, les directions qui, en permanence en recherche et en attention, ne sont pas au bout de leur parcours parce que nommés mais sont toujours en appétit de mieux éduquer, de mieux « construire et préparer les jeunes » avec qui ils cheminent.
L’autonomie n’est pas celle de faire n’importe quoi mais bien plutôt celle qui permet de chercher en vérité le meilleur. A ce titre là d’ailleurs, elle n’a rien d’exclusif au monde de l’enseignement catholique. On ne peut que souhaiter que tous les établissements puissent de la même manière être en perpétuelle recherche et partage de découvertes.
Autonomie, en tous cas, ne veut en rien dire repli sur soi ou recherche des seuls « bons élèves »… comme si les autres, les moins bons, on ne savait rien en faire ! Autonomie ne veut pas non plus dire repli sur des méthodes pédagogiques qui rassurent les professeurs et les parents mais dont on ne sait plus trop si elles conviennent aujourd’hui.
L’autonomie ne peut avoir de sens qu’en vue d’un mieux pour les élèves et d’un plus pour l’ensemble du système éducatif.

[1Enchaînement, succession.

[2Attitude selon laquelle le sujet pensant constituerait la seule réalité.

n°10 juillet 2008

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