n°8 janvier 2008

Edito

"Quatre saison d’une Belgique aigre douce"

Denis GRIMBERGHS, Président de la DCWB

Fin du printemps dernier, les électeurs redistribuent les cartes en amplifiant les tendances attendues : du côté francophone, le PS recule tant que tous les autres en profitent, surtout le MR ; du côté flamand le cartel Cd&N – NVA gagne son pari : il est devenu incontournable !

L’été devait servir à digérer ces résultats.
On aura beaucoup attendu que le champion Leterme digère sa victoire et enfile son costume du Premier des Belges. C’est le temps des approches entre les futurs ex partenaire de l’orange bleue !
Et chacun prend progressivement la mesure des revendications énoncées par tous les partis flamands qui exigent une nouvelle étape de réforme institutionnelle devant accompagner, voire précéder la formation d’un gouvernement « national ».
Les nationalistes flamands qui se sont éparpillés dans toutes les formations politiques démocratiques ont, avec la NVA, enfin pu réaliser leur rêve. Prendre toute la Belgique en otage ! Il n’y aura pas de gouvernement fédéral tant qu’il n’y aura pas un engagement des partis francophones d’organiser dans les meilleurs délais une nouvelle phase de réforme institutionnelle qui soit « un gros poisson » !

Il aura fallu, à la fin de l’automne, quelques coups de force ou « gifles » pour bien faire passer le message et encore un bon mois de négociation pour que le cdH fasse admettre à tous ( ?) les francophones la nécessité d’équilibrer les forces pour une négociation qui concerne l’avenir de nos institutions.

Inversement, les francophones ont attendus l’approche de l’hiver pour comprendre qu’il vaudrait peut-être mieux négocier de nouveaux équilibres dans l’organisation des institutions de l’Etat belge plutôt que de subir les assauts répétés des partis flamands à l’occasion de chacune des formations d’un gouvernement fédéral pour réaliser progressivement, mais inéluctablement, toute la feuille de route arrêté par le Parlement flamand dans ses résolutions du 3 mars 1999.

On a beaucoup glosé sur les raisons d’une crise si longue. D’aucuns ont mis en évidence la discorde entre les anciens sociaux-chrétiens du nord et du sud. C’est oublier un peu vite ce que cette négociation pour la formation d’un gouvernement fédéral avait d’exceptionnel pour le CD&V et pour le cdH.
Pour la première fois depuis 1958, ces deux partis négociaient leur « retour » dans un gouvernement fédéral. Toutes les formations de gouvernement entre 1961 et 1995 ont eu lieu sous le signe de la reconduction de ces partis au gouvernement avec une certaine alternance des autres formations politiques les y accompagnant. On a sans doute trop peu pris en compte cette singularité. Ces partis que l’on a tant présenté comme accro du pouvoir, ont, dans l’opposition, évolué différemment tant sur le plan de leur programme socio-économique que, de manière plus évidente encore, sur le plan institutionnel. Ajoutons que l’un comme l’autre souhaitant prendre distance avec le pilier des organisations chrétiennes ont aussi perdu ce ciment qui pouvait amener les deux partis à avoir des objectifs communs quand bien même ils n’étaient pas le fruit d’une négociation entre eux.
La divergence d’évolution aura encore été renforcée par la cartellisation du CD&V avec la NVA. Certes dans l’opposition, il est naturel que les partis développent une stratégie et un discours en harmonie avec l’attente de leur électorat. Au pouvoir, la réal-politique s’impose davantage et la proximité de ceux qui gouvernent ensemble le pays les empêche de prendre ouvertement position dans le seul intérêt des électeurs de leur région ou communauté.

L’effet attendu par certains de la mise en place d’une circonscription nationale imposant à des ministres de défendre leur bilan devant toute l’opinion publique sera peut-être davantage de voir ces divergences s’atténuer pour les partis rejetés dans l’opposition.

En parallèle de cette négociation pour un gouvernement fédéral, un nouvel espace de réflexion s’est ouvert entre francophones pour tenter de mettre de l’ordre dans les institutions francophones.
Dans ce numéro d’Humanisme & Solidarité nous apportons notre concours à cette réflexion en traitant de l’organisation des institutions mais surtout de l’efficacité des politiques au bénéfice des Wallons et Bruxellois et de tous les francophones de l’Etat belge.

Le gouvernement « provisoire » déposé sous le sapin des Belges ne peut nous faire oublier que cette négociation n’est qu’interrompue et qu’elle devrait être conclue avant la fin de l’hiver.

Cependant l’urgence des citoyens et du pays n’est pas de satisfaire les jusqu’au boutistes d’une réforme de l’Etat.
Il reste à espérer que les membres de ce gouvernement le comprendront. Il doit bien s’en trouver quelques uns que la réforme de nos institutions ne passionne guère… et qui entendent les appels à prendre en compte les attentes des citoyens en matière d’emploi, de pouvoir d’achat ou de justice !

n°8 janvier 2008

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