n°2 octobre 2005

Edito

La croissance, mais à quel prix ?

Christian LEONARD, Rédacteur en chef

Il est surprenant que la circularité de la logique marchande ne soit pas l’objet de plus de critiques, tant elle réduit l’individu au rôle de consommateur - producteur. Le processus de pensée qui la fonde semble en effet faire dépendre le sort collectif de l’initiative individuelle, en méconnaissant l’impact de la société sur celles et ceux qui la composent. Le rôle de courroie de transmission entre le monde de la production et celui de la consommation est joué par la publicité, qui nous fait prendre conscience de la frustration que nous endurons à laisser tant de nouveaux besoins non assouvis. Il est donc indispensable, non seulement de maintenir, mais surtout d’augmenter notre pouvoir d’achat, mesure de notre capacité à acheter notre bonheur. A tous les âges il s’agit d’être actif, les étudiants peuvent accumuler les heures de travail rémunérées, les chômeurs sont ’incités’ à retrouver un emploi, les pensionnés sont encouragés à arrondir leur pension et
les personnes actives devraient présenter
une carrière plus longue avant de prétendre
à une retraite. Nous devons tous participer
à la relance économique, pour financer les biens collectifs c’est incontestable, mais également
pour assurer la croissance économique.
C’est ici que les apories du raisonnement apparaissent clairement à l’individu qui s’arrête pour se poser les questions fondamentales, comme celles qui ont trait au sens de sa vie
ou à la manière de vivre pour connaître des joies profondes. A quoi vont bien pouvoir servir les deux salaires mensuels acquis au prix d’heures d’absence au sein de la famille ? Quel sera l’apport réel de la transformation de cette capacité financière en moyens de déplacements, vêtements ou nouveaux appareils divers, dont l’obsolescence tient autant à la paradoxale fragilité croissante qu’aux mouvements de mode frénétiques ? Réfléchir en ces termes nous fait alors vaciller, jetant un éclairage nouveau
et libérateur sur les certitudes que nous assènent les thuriféraires du productivisme.
Nous pouvons toutes et tous choisir la liberté d’une plus grande sobriété, en recentrant notre vie sur ce qui donne un sens au principe d’humanité. Nous pouvons refuser de rester dans un cercle vicieux d’une consommation de remplissage de vies consacrées à gagner ce qui est si vite perdu. De cette prise de conscience dépend l’avenir de la société mondiale. En ce sens, l’accumulation des moyens de déplacement motorisés a déjà démontré son incapacité à promouvoir la mobilité, elle est même responsable de pollutions, de perte de temps et d’une réduction de notre autonomie. Notre avenir dépend de notre capacité à la récupérer !