n°4 juin 2006

Edito

Un service public performant ?

Christian LÉONARD, Rédacteur en chef

Les affaires qui touchent la gestion des logements sociaux et qui mettent en exergue l’incapacité de certains à éviter les conflits d’intérêt trouvent leurs sources aux fondements de la société et sans doute au plus profond de ce que qui donne un sens à l’existence. Elles traduisent et alimentent deux discrédits, celui de la classe politique et celui du secteur public, et renforcent l’idée que le secteur privé serait un parangon de vertus économiques et financières. Certains politiques semblent en effet ignorer les méfaits de la confusion des rôles dont ils s’accommodent lorsqu’ils s’arrogent des droits « dérivés » mais étrangers au mandat de confiance accordé par le citoyen. Ils instrumentalisent ainsi les besoins sociaux ou économiques qu’ils sont censés rencontrer par une attitude de services aux autres. En outre, ces affaires renforcent l’impact d’un discours ronronnant sur l’inefficacité du secteur public où règnent la gabegie généralisée et l’absence de contrôle et de transparence, dans un pays où sévit la rage « taxatoire » et « para-taxatoire ». Comment imaginer dans ces conditions que les services prestés le soient de manière efficiente, comme ce serait très certainement le cas si la mission était confiée au secteur privé ?
Il est alors tentant d’incriminer les effets délétères de périodes de pouvoir trop longues qui finissent par faire oublier à ses détenteurs que leurs droits sont d’abord des devoirs et que rien n’est acquis.
Le politique et le secteur public n’ont toutefois pas le monopole des « affaires », les fonds de pensions américains, les laboratoires pharmaceutiques, les géants de l’agroalimentaire ne font pas l’objet de tribunes médiatiques uniquement pour leur bonnes performances. Il semble qu’une certaine « nature » humaine rende particulièrement difficile le choix entre le bien et le mal, le juste et l’injuste, le vrai et le faux. Nous en sommes convaincus, le concept d’incitant profondément ancré dans l’idéologie néo-libérale participe à cette confusion presque ontologique.
Chacun, afin de prendre part à la société de consommation, réclame une rétribution à la mesure de son investissement ; la reconnaissance sociale se mesurera alors à l’aune de signes extérieurs qui ne font que renforcer un sentiment auto-réflexif : « J’ai, donc je suis ». A force de véhiculer l’idée que nous devons mériter ce que nous avons et que notre avoir résulte de notre mérite, on entretient une conviction individualiste qui se développe dans la concurrence.
La confiance, voire l’arrogance, des pourfendeurs de l’interventionnisme étatique se renforce, alors que sont plongés dans le doute les défenseurs du concept de bien collectif. Refuser la pensée unique, c’est aussi refuser les apories qu’elle génère, c’est défendre l’idée qu’il existe une place pour le secteur public et le monde associatif afin de modérer les ardeurs d’un secteur privé dont l’action est fondée sur la maximisation du profit. C’est aussi défendre l’idée que la performance publique se mesure à sa capacité de réduire les inégalités et de rendre accessibles ces biens et services qui permettent de donner ou rendre au citoyen son humanité.

n°4 juin 2006

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