N°14 Juillet 2009

Edito

LE SILENCE DES ARMES

Par Pascal HENRY, Président du Comité de rédaction

(Sur l’air de « La petite Gayolle ») « Ils nous l’avaient toudis promis… » : éthique, nouvelle gouvernance, changement, développement durable… !
La campagne électorale qui s’est achevée le 7 juin a été dominée par ces thèmes. On allait voir ce qu’on allait voir !

Le 8 juin, dans l’indifférence politique générale, le Ministre-Président de la Région wallonne, Rudy Demotte, a octroyé la licence pour l’exportation d’armes vers la Lybie. Il s’agit d’un contrat juteux pour la FN Herstal : on parle de 3.000 armes, d’un contrat de plus de 11 millions d’euros , et surtout de plusieurs centaines d’emplois.

Sans aucun doute Rudy Demotte, en fin stratège, s’est organisé pour qu’aucune voix discordante ne s’élève dans les rangs politiques. Seul Josy Dubié a interpellé…le Ministre fédéral des affaires étrangères.

On peut comprendre, plus encore en temps de crise, que chaque emploi compte. Le Ministre-Président a cédé devant les puissants lobbies syndicaux et économiques du bassin liégeois. C’est sans doute cela la proximité démocratique.

Mais l’univers des hommes et des femmes ne se limite pas à une entreprise, aussi puissante soit-elle, ni à l’environnement liégeois.
La mondialisation des enjeux pourrait nous préoccuper davantage.

La Lybie n’est pas un pays d’enfants de chœur. D’ailleurs ce sont rarement des enfants de chœur qui s’approvisionnent à la FN !
Rien ne dit que la Lybie respecte les droits de l’homme, la démocratie, les critères du code de conduite de l’Union européenne.
Rien ne garantit que ces armes ne seront pas détournées vers le Darfour, que les civils - surtout les femmes et les enfants - , n’en seront pas les premières victimes, eux qui sont déjà rudement touchés par la famine, la misère, les conflits armés et leur cortège de violences intolérables.

D’autres pays européens ont refusé la livraison d’armes vers la Lybie. A l’heure où on parle surtout de régionalisation, ne pourrait-on réfléchir à « européaniser » cette compétence ? Cela permettrait une coordination plus efficace pour la paix dans le monde, au-delà des belles envolées rhétoriques.

Ainsi, pour éviter d’amplifier et de multiplier les conflits en Somalie, en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Chine, au Tibet, en République démocratique du Congo, en Palestine…, nos hommes et nos femmes politiques prendraient peut-être des décisions politiques courageuses et ne pourraient plus regarder du balcon, dans un silence assourdissant, le commerce des armes qui sèment la violence et la mort.

N°14 Juillet 2009

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