n°10 juillet 2008

Edito

Denis GRIMBERGHS, Président de la DCWB

A l’heure où on débat de l’avenir des institutions francophones, il nous a paru important d’aborder deux compétences aujourd’hui dévolues à la Communauté française. Les enjeux relatifs à l’enseignement et à la politique de jeunesse nous permettent de nous interroger sur la volonté de certains d’utiliser l’institutionnel pour remettre en question les politiques initiées et les équilibres sociaux-culturels qui caractérisent ces champs d’action dans notre communauté.

La récurrence des analyses disqualifiantes quant à la capacité de la Communauté française d’exercer ses compétences notamment vu l’incurie des moyens budgétaires et administratifs nous apparaît suspecte lorsqu’elle est doublée d’un discours visant à remettre en cause les fondements même de la politique que ce soit en matière d’enseignement ou en matière de politique de jeunesse.

Loin de nous l’idée de refuser toute remise en cause des politiques initiées en matière d’enseignement !
Il faut, sans doute, mieux associer les Régions aux politiques qui peuvent être développés par la Communauté française notamment en liaison avec les compétences en matière d’économie, d’emploi et de formation professionnelle. Mais les attaques qui sont régulièrement portées à la liberté d’organisation de l’enseignement ne nous semblent pas de nature à améliorer l’efficacité de notre système d’enseignement. Leur visée est toute autre !

Ainsi, si des questions touchant à l’organisation des pouvoirs organisateurs (PO) doivent effectivement être posées, c’est moins pour remettre en cause l’autonomie des PO du libre que pour donner de l’autonomie aux PO de l’enseignement public.
La différenciation du rôle de régulateur et d’opérateur de la Communauté Française en matière d’enseignement (comme c’est le cas en Flandre depuis tant d’années) pourrait enfin se concrétiser dans la suite des travaux du Groupe Wallonie-Bruxelles. Le danger cependant est que cette évolution nécessaire soit l’occasion de distribuer du pouvoir sur l’enseignement à l’une ou l’autre autorité publique (région, province, commune).

Plus fondamentalement, il convient de rappeler l’intérêt d’un modèle d’organisation de l’enseignement fondé sur la subsidiarité, l’autonomie des pouvoirs organisateurs et la liberté d’enseignement.
Nous pensons effectivement que pour atteindre plus d’efficacité dans l’enseignement, il ne faut pas limiter l’autonomie des acteurs mais augmenter, au contraire, leur capacité à prendre leurs responsabilités.

Véronique Georis, nous présente une pratique nouvelle issue de la collaboration entre l’enseignement et l’aide à la jeunesse « entre la rue et l’école, un accompagnement personnalisé » qui permet d’ouvrir un espace transitionnel où le jeune rencontrera un regard adulte qui légitimera sa recherche identitaire et la soutiendra.

Et en matière de jeunesse, Brice Many présente les deux options politiques qui sont actuellement en tension. Dans un premier modèle, les organisations de jeunesse restent des organisations où les jeunes sont de passage, prennent des responsabilités et deviennent des citoyens à travers un apprentissage par l’action. Le deuxième modèle promeut des organisations pour les jeunes qui y sont entourés, encadrés, par des adultes.

Marc Elsen nous indique que la définition des outils de la politique de jeunesse sera un test pour le pacte associatif.
A travers ce pacte, le pouvoir politique doit s’appuyer sur cette ressource précieuse qu’est l’associatif - qui est souvent le mieux placé pour remplir certaines fonctions à caractère public -, dont les organisations de jeunesse font partie.

Nous donnons aussi écho à la contribution de Michel Barbeaux qui, à l’occasion de notre université de printemps, a décortiqué les perspectives budgétaires de l’espace Wallonie-Bruxelles.
Le pré-rapport Spaak-Busquin n’évoque quasi pas cette question du financement des matières communautaires. Cela semble assez ahurissant à l’heure où l’on voit que du côté néerlandophone on impose le débat sur la loi spéciale de financement ! Mais, cette attitude est sans doute révélatrice de ce que, pour certain, il suffit de transférer l’exercice de certaines compétences de la Communauté française aux entités régionales pour trouver une solution aux problèmes financiers pour la gestion de ces compétences. Si telle n’est pas notre approche, il faut indiquer comment on peut effectivement augmenter les moyens financiers et assurer la pérennité budgétaire pour le développement des politiques actuellement confiées à la Communauté.

n°10 juillet 2008

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