n°1 juillet 2005

Denis Grimberghs

Nouvellement élu Président de la Démocratie Chrétienne de Wallonie et de Bruxelles, Denis Grimberghs se présente à travers cette interview.

Propos recueillis par Vanessa FERNANDEZ, Secrétaire de rédaction.

Qu’est-ce qui à motivé votre engagement en tant que Président de la DCWB ?

J’ai accepté de relever le défi représenté par la présidence de la DCWB après avoir apporté une nécessaire clarification sur l’apport spécifique de la DC dans le débat politique et dans ses relations avec le cdH. Dans ce travail de recadrage, j’ai personnellement toujours valorisé la démarche de la DC dont la spécificité est sa capacité à conjuguer les agendas politiques et sociaux pour permettre la rencontre d’acteurs politiques et d’autres acteurs engagés dans la vie syndicale, sociale et culturelle. Grâce à cette démarche, la DC a la capacité d’anticiper dans le débat politique car elle ne doit pas gérer les contraintes de l’actualité politique immédiate. En effet, les militants politiques traitent ces questions de l’intérieur des structures du cdH. Il est donc important de souligner que la vocation de la DC n’est pas d’être un doublon du cdH. L’originalité du mouvement réside dans sa méthode d’action basée sur l’interaction entre les mouvements sociaux et le monde politique afin d’influencer l’action politique.

Vous dites qu’il était utile de faire une mise au point au sein du mouvement, pouvez-vous précisez les raisons de cette nécessaire mise au point ?

D’un point de vue politique, je voulais être convaincu qu’il existait encore une attente pour un rôle spécifique de la DC. En effet, le monde politique s’est interrogé sur notre capacité à exercer un ’rapport de force’ au sein du cdH et en même temps sur la capacité du cdH à valoriser l’apport des démocrates chrétiens. A ce titre, la DC a contribué sans aucun doute à la transformation du PSC en cdH. D’un point de vue social, les cadres et militants des organisations sociales souhaitaient réellement que subsiste un courant de gauche à l’intérieur du cdH afin de poursuivre et développer davantage le dialogue social.

La transformation du PSC en cdH, cette transformation évoque la dépilarisation de la société belge, pouvez-vous nous expliquer ce phénomène ?

Ce phénomène se traduit par une transformation de l’offre politique dans la référence à une religion instituée. Mais cette évolution ne signifie pas pour autant la transformation de ce qui a toujours été une grande valeur des partis démocrates chrétiens qui est la volonté de faire coexister la légitimité des acteurs politiquement élus et la légitimité des citoyens organisés au sein d’associations. En d’autres termes, la richesse des démocrates chrétiens est d’encourager l’organisation d’une démocratie représentative à côté de l’organisation d’une démocratie économique et sociale.

Quels sont d’après vous les principaux enjeux de l’après gouvernement Verhofstadt ?

Selon moi, le gouvernement ’violette’ d’aujourd’hui n’est que le pâle reflet du précèdent gouvernement arc-en-ciel en dépit de la volonté de l’actuel premier Ministre de construire une image de grand réformateur. Verhofstadt a, il est vrai, patiemment construit le VLD toutefois avec moins de succès qu’il ne l’avait imaginé lors des élections de 1995. Sans nul doute, les désillusions créées par les partis aujourd’hui au pouvoir ont affaibli la confiance envers le système démocratique et favorisé la montée du vote d’extrême droite. De ce fait, l’enjeu le plus important est de recréer les utopies de demain.

Quelles sont donc les utopies de demain pour regagner la confiance dans l’action politique démocratique ?

La grande préoccupation des citoyens est la question de l’emploi. En effet, l’objectif annoncé de créer 200.000 emplois par Verhofstadt n’a hélas pas été atteint. Il n’y a pas eu une analyse profonde sur le fonctionnement de notre modèle de concertation économique et social. Pour responsabiliser les acteurs économique à l’objectif collectif d’assurer le plein emploi il est nécessaire que les responsables publics qui gèrent les entreprises publiques prennent conscience de l’incompatibilité entre la volonté d’augmenter le volume de l’emploi et la pratique actuelle de supprimer des emplois dans les entreprises publiques. Ce cynisme ne peut être favorable au développement d’une économie sociale de marché viable. Une autre des grandes préoccupations citoyennes est le devenir de notre système de pension. Je pense que la stratégie quelque peu douteuse adoptée par certains Ministres flamands hier Vandenbroucke, aujourd’hui Vande Lanotte d’encourager des régimes de pensions privée porte atteinte à notre système de sécurité sociale, garant d’une solidarité interpersonnelle. Une stratégie plus efficace serait d’anticiper les chocs démographiques annoncés par une réelle volonté de trouver les moyens de refinancer notre sécurité sociale. Dans le contexte de mondialisation actuelle, mon analyse des priorités serait incomplète sans la dimension de la solidarité internationale. La Belgique, il faut le rappeler, est un des pays les plus riches du monde. Nous avons donc une responsabilité claire à participer de manière engagée dans le cadre de l’Union européenne, pour améliorer notre politique de développement et atteindre les objectifs du millénaire.

Au parlement bruxellois, quels dossiers vous sensibilisent le plus ?

Depuis 1995, je suis parlementaire bruxellois. Durant ces années, j’ai suivi de près l’aménagement du territoire, le logement, l’économie, l’emploi et le financement de la Région. Actuellement, en tant que Chef de Groupe parlementaire cdH, je coordonne celuici. En m’assurant que nous jouons notre rôle de partenaire loyal de la majorité régionale. Le logement et la politique de l’emploi sont les dossiers chauds qui préoccupent le plus nos citoyens bruxellois. Un des enjeux est de mobiliser les forces vives de la région et notamment par mon engagement à adopter un contrat pour l’économie et l’emploi. En communauté française, le dossier enseignement est également un dossier qui m’est cher. En effet, il s’agit de lutter contre la dualisation de notre enseignement. Gagner le pari de l’interculturalité et éviter ainsi une homogénéisation et le danger d’une éducation à deux vitesses dans notre Région multiculturelle est une question essentielle qui doit trouver des réponses dans le chef des pouvoirs organisateurs et être soutenue clairement par les pouvoirs publics. A cet égard, le contrat pour l’école est un pas dans la bonne direction. Il faudra cependant veiller à poursuivre le débat afin de mesurer les dangers en terme de cohésion sociale.

Quels sont les moments qui vous ont le plus marqué dans votre parcours politique ?

J’ai eu la chance de participer activement à l’avènement des institutions de la Région bruxelloise et au débat sur l’accueil des institutions européennes dans notre capitale lorsque j’ai travaillé avec feu le Ministre Jean- Louis Thys. Pour ce qui est de la DCWB, j’ai été très enthousiaste par l’engagement de certains parlementaires, notamment la patiente détermination de Philippe Maysdadt à encourager les clubs " Démocratie et Créativité ". Ces initiatives ont permis de rassembler des énergies et par la même d’alimenter le débat politique.

A part la politique qui vous passionne, avez-vous des hobbies ?

En effet, j’ai la chance d’exercer un métier qui me passionne. Mais à côté de ma fonction de Député et de Conseiller communal, je suis actif dans le monde associatif, en particulier l’aide à la jeunesse, l’enseignement et l’handicap. Toutes ces activités enrichissent mon action politique. Je suis marié et j’ai trois enfants avec qui j’aime découvrir notre pays et les nombreuses animations urbaines culturelles et sociales de la Région bruxelloise. J’aime lire, je fais du ski, de la marche et du vélo.

En tant que parent, que voulez-vous que vos enfants apprennent ?

Surtout qu’ils apprennent à découvrir leurs propres talents en tentant de leur laisser la liberté de les développer. Pour moi, l’essentiel est de leur transmettre les valeurs d’altruisme et de solidarité car c’est pour moi la générosité qui dépasse l’attitude compassionnelle.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus chez l’être humain ?

En mal, je suis surpris par l’individualisme. En bien, ce qui me surprend c’est l’élan vital car il permet de corriger l’individualisme par la capacité à se dépasser.

n°1 juillet 2005

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