n°8 janvier 2008

Dans les relations internationales, wallons et bruxellois ne peuvent se présenter en ordre dispersé.

Avec Mme Marie-Dominique Simonet, [1] entre autres Ministre des Relations Internationales de la Communauté française et des Relations extérieures de la région wallone, Humanisme & Solidarité fait le point sur la fusion des administrations de la région wallone et de la Communauté française pour les relations internationales.

Dominique WEERTS, Secrétaire national du CDH « Mondialisation, Développement et non-marchand ».

H&S : Madame la Ministre, lors de la mise en place des gouvernements des entités fédérées en 2004, vous avez reçu les compétences pour les Relations internationales dans les deux Gouvernements distincts, celui de la Communauté française et celui de la Région wallonne. Est-ce cette double compétence assurée par une même Ministre qui a permis le lancement du projet de fusion des administrations liées aux relations internationales, ou est-ce un projet qui datait d’avant 2004 ?

MD.S. : L’exercice de la double compétence régionale et communautaire a certainement constitué un atout. Mais encore fallait-il une réelle volonté politique d’avancer car on parlait déjà de cette fusion en 1996 ! Ce sont d’ailleurs les ministres Jean-Pierre Grafé et William Ancion qui, à l’époque, ont posé les bases de cette fusion, en rapprochant les administrations des relations internationales de la Communauté et de la Région. Puis, il ne s’est plus rien passé entre 1999 et 2004 à cause des divergences de vues entre libéraux et socialistes et des thèses ultra-régionalistes de certains ministres opposés à l’idée de collaborer avec la Communauté française.

En ce qui me concerne, conformément aux déclarations gouvernementales de 2004, j’ai fait de ce dossier un objectif de législature, je m’y suis attaqué étape après étape et il est désormais en bonne voie d’aboutir.

H&S : Pourquoi vouliez-vous aboutir dans ce projet de fusion ? Est-ce par souci de pragmatisme ou alors par volonté d’un rapprochement politique entre Francophones de Bruxelles et de Wallonie ?

MD.S. : Le premier objectif est certainement de simplifier le service à l’usager. Je vise nos propres opérateurs wallons et bruxellois qui ont besoin d’un soutien pour se développer grâce aux échanges internationaux. Mais je pense aussi à nos interlocuteurs étrangers, qui ne se soucient guère de nos spécificités institutionnelles, et vis-à-vis desquels nous avons intérêt à ne pas nous présenter en ordre dispersé.

Deuxièmement, à l’heure où l’on parle beaucoup d’unité des francophones en Belgique, je crois important de poser des actes concrets.
Ce projet donnera naissance à la première administration fusionnée entre la Communauté française et la Région wallonne.
Cette administration unique travaillera, en plus, pour la Cocof, c’est-à-dire pour les Francophones de Bruxelles, ce qui me semble très important. Bruxelles est notre meilleure « carte de visite » sur le plan international et un atout formidable également pour la Wallonie.

Enfin, j’ai été attentive à la situation des agents de l’administration. Il n’était pas normal que des travailleurs fassent le même travail dans le même bureau, tout en ne percevant pas le même salaire.

H&S : Votre présence au sein des Gouvernements francophone et wallon a vu la définition, pour la première fois, d’une vraie vision politique des relations internationales. Une note à cet effet a été approuvée par le Gouvernement et même par les parlementaires. Cette fusion va-t-elle engendrer une réelle valeur ajoutée pour l’expression internationale de la Communauté Wallonie-Bruxelles tant en Belgique que dans les pays partenaires où la Communauté est présente ?

MD.S. : Si on veut être efficace, il faut savoir où l’on va. Ma note de politique internationale fixe trois objectifs clairs et propose les moyens pour les réaliser.

Il s’agit d’abord de soutenir l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouvelles compétences au terme d’un séjour à l’étranger, mais aussi d’attirer chez nous des compétences, des connaissances et des savoirs utiles à notre développement.

Ensuite, je veux contribuer à la création d’activités en soutenant nos créateurs et opérateurs dans leurs besoins de développement international. Cela concerne aussi bien les industries culturelles, la recherche et l’innovation, l’enseignement, le secteur social, l’associatif.

Enfin, en tant qu’humanistes, nos valeurs sont essentielles, en particulier la solidarité.
C’est pourquoi, nous voulons appuyer le développement des pays du Sud par une coopération axée sur le facteur humain en renforçant notamment les capacités des acteurs locaux à prendre en charge leur propre développement.

H&S : On sait que les statuts disparates du personnel des administrations entre entités fédérées (certains ont des avantages, d’autres moins) est une réalité. A-t-il été facile de surmonter ces différences afin d’obtenir un statut commun qui convienne à tout le monde ?

MD.S. : Il ne fallait certainement pas rendre la situation encore plus complexe en créant un troisième type de statut, à côté de celui de la Communauté française et de celui de la Région wallonne, qui présentent effectivement des différences. Nous nous sommes donc alignés sur le statut de la Région wallonne, en tenant compte, lorsque c’était nécessaire, du fait que ce nouvel organisme fusionné travaillera aussi bien pour la Communauté que pour la Région.

H&S : Dès qu’on parle de fusion, tout le monde pense inévitablement à réduction des coûts et donc du personnel. Le résultat de la fusion va-t-il engendrer des licenciements et des réductions de coûts substantielles ?

MD.S. : Dans un premier temps, c’est une fusion qui va avoir un coût, puisque les barèmes des agents originaires de la Communauté française vont être alignés sur ceux de la Région wallonne et qu’il n’y aura aucun licenciement.

Toutefois, ce surcoût va être entièrement compensé par diverses économies dans les frais fixes (pas dans les programmes) et par une réduction progressive des effectifs, au gré des départs naturels. De la sorte, dès 2009, je vais dégager des ressources qui pourront être réinjectées dans les actions.

H&S : Pensez-vous que cette fusion, qui reste une première dans l’espace francophone, pourrait être considérée comme un projet pilote pour d’autres fusions éventuelles concernant d’autres compétences ?

MD.S. : Nous avons désormais une expérience qui peut être utile pour d’autres rapprochements du même genre… Je ne demande qu’à la partager.

H&S : Etes-vous favorable à une fusion plus large entre la Communauté française, la Région de Bruxelles-Capitale et la Région wallonne ?

MD.S. : Vu de Brasilia, de Kinshasa ou même de Berlin, les Francophones de Belgique n’ont certainement pas intérêt à agir en ordre dispersé s’ils veulent être reconnus comme des partenaires valables.

Les échanges avec l’étranger sont une nécessité vitale pour une petite collectivité comme la nôtre, que ce soit dans le domaine scientifique, commercial ou culturel.
En termes de solidarité aussi : même si nous connaissons nos propres difficultés, ce n’est pas une raison pour nous replier sur nous-mêmes, bien au contraire.
Je dis donc en particulier aux jeunes : « N’ayez pas peur de vous frotter aux réalités du monde ! »

[1Mme Marie-Dominique Simonet est également Vice-présidente et Ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique ainsi que Ministre de la Recherche et des Technologies nouvelles.

n°8 janvier 2008

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