N°14 Juillet 2009

Conférence des Nations unies sur la crise financière : l’ONU snobée par les pays de l’OCDE

La Conférence de l’ONU sur la crise financière qui a eu lieu fin juin réunissait le "G192" (ses Etats membres), pour ne pas laisser au seul G20 le soin de décider des solutions à cette crise planétaire.

Arnaud ZACHARIE, [1]

La conférence de l’ONU sur la crise financière, qui s’est déroulée du 24 au 26 juin 2009 à New York, n’a pas été simple à organiser. C’était en réalité une victoire de haute lutte glanée par les pays en développement en décembre 2008 lors du sommet mondial sur le financement du développement, organisé à Doha.
Dans ce cadre, les pays en développement ont obtenu l’organisation d’un tel sommet sous l’égide de l’ONU, c’est-à-dire du « G192 » (l’AG de l’ONU compte 192 Etats membres), pour ne pas laisser au seul G20 le soin de décider des solutions à la crise financière.
En effet, la crise actuelle a pour particularité d’être planétaire, c’est-à-dire qu’elle touche toutes les parties du monde en même temps. Alors que les pays industrialisés ont les marges de manœuvre de financer de coûteux plans de relance pour sauver ce qui peut l’être, les pays pauvres n’en ont pas les moyens, alors qu’ils ont déjà été touchés de plein fouet par la crise alimentaire de 2008.

La commission Stiglitz

En vue de préparer ce sommet de l’ONU, une commission de 18 experts délégués par les Nations unies et présidée par le prix « Nobel » Joseph Stiglitz, a été chargée d’adresser des recom-mandations aux Etats membres. Ces recom-mandations avancent une série d’éléments fondamentaux non pris en compte par les décisions du G20, comme la résorption des déséquilibres internationaux, la prise en compte des problèmes des pays les plus pauvres, la création d’un mécanisme équitable et transparent de résolution de la dette des pays pauvres, ou encore la réduction des conditionnalités qui diminuent les marges de manœuvre politiques des pays en développement pour mener des politiques contra-cycliques.
Mais ces recommandations n’ont manifestement pas été au goût de tout le monde. Initialement prévue début juin 2009, la conférence a dû être reporté de trois semaines, notamment du fait que les pays industrialisés n’ont pas accepté la proposition de déclaration finale du président de l’Assemblée générale de l’ONU, arguant qu’elle prenait trop en compte les propositions de la commission Stiglitz. C’est finalement un texte de compromis qui a été négocié autour de quatre piliers : faire fonctionner les plans de relance dans tous les pays ; contenir les effets de la crise ; améliorer la régulation ; réformer la gouvernance économique et financière internationale.

La déclaration finale

Malgré ces difficultés, la déclaration finale a fini par être adoptée. Mais dans la discrétion. En effet, on avait assez d’une seule main pour compter les ministres européens présents lors de la conférence. Le message était clair : les pays de l’OCDE veulent que les questions relatives à la crise financière soient abordées au sein du G20 et nulle part ailleurs.
La déclaration finale, qui prône un effort collectif en faveur du relèvement de l’économie mondiale, sera examinée et soumise pour adoption à la soixante-quatrième session de l’Assemblée générale des Nations Unies à l’automne 2009.
La déclaration invite le président de l’Assemblée générale à faire de la crise un thème prioritaire de cette session, au terme de laquelle un groupe de travail à composition non limitée sur la crise financière devra avoir remis un rapport sur le suivi des questions qui ont été évoquées pendant la Conférence.
Outre ce groupe de travail et les nombreuses interventions ayant mis en évidence le fait que les pays en développement sont les victimes d’une crise qui émane essentiellement des pays riches, les mesures concrètes sur lesquelles les participants se sont accordés n’apportent pas grand-chose de neuf par rapport aux décisions prises précédemment par le G20 : rétablir la confiance du secteur financier, relancer les prêts, éviter le protectionnisme, encourager la bonne gouvernance et réformer l’architecture financière internationale sont des mesures déjà connues… et sans guère d’effets jusqu’ici !
Parmi les rares avancées : celle de vouloir renforcer le rôle de coordonnateur des affaires économiques et sociales qui incombe aux Nations Unies, pour que les pays aient la marge de manœuvre nécessaire pour appliquer des mesures anticycliques.
Par ailleurs, deux éléments fondamentaux sont relevés par la déclaration finale, alors qu’ils ne l’ont pas été par le G20 : d’une part, le besoin pour les pays en développement de disposer de davantage de marges de manœuvre politiques (policy space). Cela passe notamment par « le droit d’utiliser des mesures légitimes de sauvegarde en matière commerciale » et par la fin des « conditionnalités pro-cycliques ». D’autre part, la possibilité de créer un nouveau système international de réserve devrait « être étudiée davantage ».
En outre, le Document final souligne qu’il importe de réformer d’urgence la gouvernance des institutions financières internationales, sur base d’une représentation équitable des pays en développement, et pour rendre le FMI et la Banque mondiale mieux adaptés aux besoins de ces pays.
Mais ces avancées ont été accordées du bout des lèvres par les pays industrialisés et le langage utilisé n’est guère volontariste. Le représentant des Etats-Unis a d’ailleurs clairement notifié qu’à ses yeux, les Nations unies n’étaient en rien le lieu approprié pour évoquer des réformes relatives « au système de réserve, aux institutions financières internationales et à l’architecture financière internationale ».
« Nous sommes plus heureux aujourd’hui qu’hier, mais pas satisfaits », a déclaré le président de l’Assemblée générale de l’ONU, Miguel d’Escoto Brockmann, craignant que les mesures prises ne suffisent pas à éviter un « chaos humanitaire ». Le seul véritable consensus qui a pu être enregistré autour d’une mesure novatrice concerne en effet la création d’un groupe de travail à composition non limitée sur la question de la crise économique et financière. Quant à la réforme des institutions financières internationales, les Etats-Unis, l’Union européenne, le Japon et le Canada se sont empressés d’ajouter que cette réforme devrait avoir lieu au sein des conseils d’administration du FMI et de la Banque mondiale, et en aucun cas au sein de l’Assemblée générale des Nations unies.

[1Secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD - 11.11.11)

N°14 Juillet 2009

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