N°14 Juillet 2009

Commentaire du résultat des élections du 7 juin 2009

Le message de l’électeur est-il clair ? Tous ont convenu avant le scrutin que seul celui-ci servirait de guide après le scrutin pour déterminer les coalitions qui seront aux commandes en Wallonie et à Bruxelles et en Communauté française.
Comment donc lire et décoder ce message ? Etait-il univoque ?

Denis GRIMBERGHS, [1]

La première chose que l’on peut constater, c’est que le résultat des élections du 7 juin est très différent de celui qui était attendu.

Différent d’abord parce que le résultat de 2009 ne confirme pas les choix que les électeurs ont porté deux ans plus tôt au moment des élections fédérales. Rappelons qu’à ce moment, à la suite d’une campagne fortement inspirée par la campagne présidentielle française, les socialistes sont « dans les cordes » et le MR de Didier Reynders proclame que le centre de gravité politique a changé en Wallonie et en Communauté française de Belgique. A tel point qu’il faut s’en souvenir, c’est Didier Reynders qui invite désormais les Chefs de partis francophones pour déterminer la stratégie commune de ceux-ci dans le cadre des négociations institutionnelles au niveau de l’Etat fédéral.

Résultat inattendu aussi pour ECOLO qui semble avoir touché les dividendes de la crise économique et financière plus encore que ceux de la crise éthique (sinon ces dividendes auraient été obtenus déjà en 2007).
En effet, après la claque de 2004 et la remontée lente de 2007, c’est véritablement au début de l’année 2009 que se produit le déclenchement de ce que l’on appellera pendant toute la campagne « la vague verte ». Peut-être d’ailleurs en amplifiant le phénomène au-delà de sa portée réelle notamment dans la surenchère des sondages qui donne les verts tellement gagnants que leur gain réel apparaît un peu moindre !

Message ambigu des électeurs qui veulent « le changement » mais qui « sauvent » le PS dans ses bastions et sa représentation au point de donner trois députés PS au Parlement Européen pour 2 au MR, 2 à ECOLO et 1 au cdH (même si on peut toujours y ajouter un 2ème dans le chef de Mathieu GROSCH dans la circonscription à siège unique en Communauté Germanophone).

Message différent en Wallonie et à Bruxelles puisque si la majorité régionale bruxelloise sort confortée du scrutin (avec des rééquilibrages cependant entre le PS, ECOLO et le cdH au sein de l’olivier), en Wallonie la coalition sortante perd les élections même si elle sauve sa majorité tant est si bien qu’on peut penser que le message de l’électeur pourrait consister en un élargissement de cette majorité pour aboutir au même type de majorité en Wallonie et à Bruxelles.

Message ambivalent lorsqu’on peut à l’occasion de la même élection considérer qu’une forme de sanction est exercée contre des mandataires socialistes dont le style de communication ou de gouvernance n’est plus conforme aux attentes de la population mais qui dans le même temps accorde massivement ses suffrages à Michel Daerden et à son fils et sauve Didier Donfut !

Message ambivalent aussi lorsque d’une part on voit ECOLO utiliser son succès pour mettre sur la table la question du cumul des mandats mais que ceux qui font les meilleurs scores sur toutes les listes sont les Bourgmestres et Echevins présents en rangs serrés pour améliorer le score de chacune de leur formation.

Il n’aura d’ailleurs pas fallu longtemps pour que le message de l’électeur se transforme en donnée arithmétique et c’est la logique même du scrutin proportionnel qui aboutit à des coalitions où l’on rassemble le nombre de partis suffisant pour atteindre une majorité, si possible la même à Bruxelles et en Wallonie.

S’il y a un vœu de l’électeur qui doit être entendu, c’est que les gagnants du scrutin doivent en être.

Pour le reste, et compte tenu de leur succès, il est difficile de mettre en œuvre ce que Jean-Michel Javaux avait annoncé : ne pas associer deux perdants. Même s’il n’y a pas de doute que les pertes du PS sont plus importantes que celles du MR et encore davantage que celles du cdH, il faut bien constater que ces trois formations ont perdus des voix et des sièges.

Si l’on regarde d’un peu plus près le résultat du cdH, force est de constater que si l’on exonère la remontée en province du Luxembourg [2], partout ailleurs en Wallonie, le résultat est en deçà des résultats des régionales de 1999 [3].
Ceux-là même qui avaient provoqués le séisme de l’exclusion du PSC du pouvoir et puis sa reconstruction dans une nouvelle dénomination au début des années 2000.
Dix ans plus tard et une participation gouvernementale derrière lui, le cdH n’est pas parvenu à se rapprocher de la barre des 20 % ! Ce qui est significatif à cet égard, c’est que, dans cette bataille, le cdH a fait le choix de mettre en avant ses ténors dans tous les arrondissements où il était possible d’aligner un Ministre.

Certes à Bruxelles le cdH fait un résultat contrasté qui au total est légèrement positif.
Sans caricaturer, on peut dire que les cantons « bourgeois » de Saint-Josse, Ixelles et d’Uccle voient le cdH perdre des couleurs et les cantons plus populaires de Molenbeek, Schaerbeek, Bruxelles ou d’Anderlecht assurent au contraire un résultat positif.
C’est dire si le cdH à Bruxelles change son électorat. Jusque là, pas de problème, on peut même s’en féliciter mais on doit s’interroger sur cette pièce du moteur qui fait cruellement défauts au cdH depuis tant d’années, je veux parler de l’accumulateur !
En effet, cela fait des années que le cdH gagne de nouveaux électeurs mais perd ses électeurs traditionnels quasi au même rythme.
Le solde ne peut dès lors être que très légèrement positif.
La gageure pour demain, et qui doit s’imposer au groupe des élus d’aujourd’hui dans la perspective des élections communales de 2012, sera de pouvoir consolider les acquis et de regagner la confiance des électeurs qui se sont éloignés, pour un temps ( ?), du cdH.

Le retour de l’horloge parlante !

S’il ya une leçon du scrutin, c’est la remontée du centre. Ceux qui craignaient une élection polarisée sur le PS et le MR doivent bien constater que le résultat donne au contraire une remontée des deux partis cdH et Ecolo qui sont au centre du jeu politique.

On nous annonçait la bipolarisation de la vie politique belge ; c’est l’inverse qui se produit. En 2004, MR et PS représentait ensemble 61,2 % en Région Wallonne, en 2009, ils sont encore à 56,2 % ! Et à Bruxelles, la tendance est même plus marquée : en 2004, 56,8% et en 2009, 49,8% !

Le résultat aura été un rapprochement du cdH et d’Ecolo après le scrutin pour qu’ensemble ils se déterminent sur le choix du troisième partenaire.
Cette folle semaine d’après scrutin aura rappelé ce que Gérard Deprez disait naguère du PSC : c’est le parti de l’horloge parlante, celui qui dit quand c’est l’heure des socialistes ou quand c’est l’heure des libéraux !

A la fin des années nonante, le centre avait perdu cette capacité d’influencer les coalitions à la fois à cause de sa perte de poids électoral et de la volonté des deux autres formations de gouverner sans les sociaux-chrétiens.
Nous revoici dans un nouveau cycle politique. Plein de défis. A commencer par celui qui consistera à articuler les projets et les stratégies du cdH et d’Ecolo plus longtemps que le temps nécessaire à mettre sur pied un gouvernement !

[1Président de la DCWB

[2Et encore dans le seul arrondissement d’Arlon/Marche/Bastogne

[3Globalement 323 952 voix en 2009 pour 347 348 en 2004 et 325 229 en 1999 (BW -1 ?5%, Ht -1,16%, Namur – 2,15%, Lg -2,44% !)

N°14 Juillet 2009

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