Numéro spécial avec le soutien financier de la commission Européenne et de l’EZA septembre 2009

Comment intégrer les jeunes des banlieues difficiles, notamment les jeunes migrants,dans le marché du travail ?

À Lyon, Mme Christiane Belatton, Directrice de l’association Multi-Services
Développement, s’occupe de la formation et du suivi de jeunes en difficulté
scolaire et familiale.

L’Association Intermédiaire Multi Services
Développement (MSD) est active dans une région
souvent stigmatisée. Il ne faut cependant pas
considérer les endroits où agit cette association
comme des ghettos, mais voir que ce public peut se
mobiliser quand on lui apporte de l’espoir.

Multi Service Développement existe depuis 20 ans et
s’occupe principalement de formation. Cette
association a un pôle « suivi-accompagnement » et
une mise à disposition du personnel dans les secteurs
d’aide à la personne ou dans les métiers à bas niveau
de qualification (restauration collective, nettoyage,
…).

Récemment cette association a développé des
chantiers d’insertion qui sont un dispositif qui avait
été demandé par les missions locales.
L’outil consiste en des ateliers de travail en
enlèvement d’encombrants, repassage, peinture,
entretiens d’espaces verts et fabrication de fours
solaires. Cela pour donner aux jeunes en formation
en tout cas les premiers codes du monde du travail, et
leur permettre par après d’avoir des passerelles.

Mme Belatton expique qu’on constate un
changement dans le comportement des jeunes quand
on les fait travailler sur l’atelier. Il faut des supports
de travail valorisants pour motiver les jeunes
aujourd’hui et pour qu’ils puissent se projeter sur
leur projet professionnel pour le futur.
Les stagiaires ont un contrat de travail et on travaille
avec eux sur leur projet professionnel. Ce contrat leur
permet d’engager des démarches pour résoudre leurs
difficultés. Il y a beaucoup de migrants de la seconde
génération, certains ont également des problèmes de
justice ou un manque de savoirs de base.

Une coordination pédagogique a été mise en place
avec un suivi rapproché pour leur permettre de
travailler en dehors de ce contrat. L’objectif de
l’association MSD est de produire autre chose qu’un
« chantier occupationnel ». Avant de travailler en
chantier, le jeune s’engage sur ses motivations et sur
ce qu’il s’engage à faire. Il doit ensuite passer un
entretien d’embauche avec un référent de parcours.
Trois bilans ont lieu tout au long du parcours du
jeune, au minimum, avec le référent de parcours et le
coordinateur pédagogique. Souvent il y en a cinq ou
six car des difficultés émergent qui n’avaient pas été
repérées avant. A la sortie du parcours, le jeune ne
doit pas se retrouver sans soutien, inscrist au
chômage, il faut les accompagnater car ces jeunes ont
des parcours très volatiles.

L’arrivée d’un public mineur au sein de l’association
a changé la donne. On accueille de plus en plus de
moins de 18 ans qui refusent l’apprentissage scolaire.
Issus de familles en grande difficulté, ils quittent la
scolarité pour travailler mais sans idée précise et sont
rejetés par les agences d’intérim du fait de leur âge.
MSD essaie de créer des équipes mixtes avec des
adultes et des jeunes, de manière à canaliser les
jeunes et à valoriser les adultes (souvent plus de 50
ans) qui prennent une place d’aîné.

Á Londres, l’association Hope In The Community et son directeur, Peter
Southcombe, apportent un soutien aux volontaires qui désirent s’engager dans des
projets d’insertion socio-professionnelle où ils aident les jeunes migrants à devenir
des citoyens actifs.

Hope In The Community est une association à but
non lucratif créée en 2004 afin d’apporter un soutien
aux volontaires souhaitant s’engager dans des projets
d’insertion socioprofessionnelle et aider les jeunes
migrants à devenir des citoyens actifs.
Leur aide s’étend de la consultation à l’encadrement
de projets, du structurel à l’aide administrative et de
l’information sur les fonds européens à la mise en
oeuvre de projets. Ils ont un réseau dans tout le pays
et travaillent avec adultes et enfants.
Le but de HITC est de permettre de développer des
projets durables en utilisant les bonnes pratiques de
chacun.

L’intégration des migrants est d’autant plus
importante dans le nord de Londres que l’extrême
droite l’utilise trop souvent de manière fallacieuse.
Les entreprises d’insertion dans cette région doivent
faire face à un ensemble de contraintes, et sont les
premières à relever les défis que pose l’immigration.
Dans le comté du Kent, par exemple, 50% des élèves
ont l’anglais comme 2ème ou 3ème langue, voire ne le
parlent pas du tout.

Il faut du temps et de la patience pour apporter un
soutien individuel aux publics qui en ont besoin.
HITC a créé un groupe de support pour les migrants
qui se sentent souvent perdus. Le problème
linguistique doit faire partie intégrante du problème
de cohésion sociale. Aujourd’hui, beaucoup de
migrants de l’Union Européenne sont en Angleterre,
il faut donc qu’il y ait dans nos projets des formations
en langues.

Il existe actuellement une résistance des employeurs
à engager des migrants, parce que les papiers à
remplir sont trop compliqués.
Plusieurs problèmes se posent :
- la différence de langage et de culture, et pour cela il
faut créer le contact avec les gens ;
- les compétences, la qualification et l’expérience ;
- l’accès à l’emploi et à la formation ;
- et la xénophobie

Cependant les employeurs réalisent souvent que la
main d’oeuvre étrangère est plus travailleuse et
motivée.
La solution est de se fixer des objectifs. Par exemple
le financement d’activités d’échanges européens qui
ont des effets extrêmement positifs : un groupe de
jeunes du Kent partis récemment en Roumanie pour
aider des Roms en sont revenus transformés, plus
motivés, plus conscients de leur environnement et
plus responsables.

Un projet, « Kent Thameside. Thames Gateway
regeneration », présenté par Sally Clarke, a consisté
en un plan de développemet de l’emploi en parallèle
avec un plan de développement de la région. Les
travailleurs s’adaptent aux perspectives de travail
dans leur région s’ils voient celle-ci se développer.

La Fondation Trinijove, à Barcelone, s’occupe de formation et d’insertion
socio-professionnelle à l’adresse d’un public très peu qualifié.

Madame Elizabeth Diaz, Directrice
de projet jeunesse à la Fondation
Trinijove, explique que cette
fondation est située au nord de
Barcelone dans le quartier le plus
pauvre de Barcelone, quartier très
isolé dont beaucoup d’habitants ne
vont jamais dans le centre de
Barcelone.

Le projet a commencé pour employer les plus
pauvres de ce quartier dont le taux de chômage est
très élevé. Ils ont commencé par de la formation et
puis d’autres activités comme le recyclage et le
jardinage. Cette association s’adresse à un public très
peu qualifié.

Le public a changé : il s’agissait au début de gens du
sud de l’Espagne, maintenant il est composé en
majorité d’immigrants, leur nombre a quadruplé
depuis 1994. Ils représentent 60% du public,
viennent du Maroc, d’Amérique du Sud etc. Parfois la
cohabitation est difficile, la Fondation organise donc
des activités sociales et de groupes pour favoriser
l’intégration.

Un des problèmes auxquels la Fondation était
confrontée étaient les personnes qui avaient
l’habitude de rester dehors et de jouer au ballon, ce
qui dérangeait les autres habitants du quartier.
Des jeunes de 14-18 ans jouaient dehors et
détruisaient du mobilier urbain. La Fondation
Trinijove a donc créé des équipes de football qui
jouent dans la league des écoles, ce qui canalise leurs
énergies.

La Fondation Trinijove a commencé son activité dans
la formation et l’insertion socioprofessionnelle avec
des personnes en risque d’exclusion sociale en 1985.
Depuis, elle travaille de façon active à la conception
et l’innovation de mesures et de projets, dans le but
de dépasser les situations d’exclusion sociale.

Des lignes directrices de base caractérisent son
action. Tous les services et ressources offerts à la
population sont gratuits. La Fondation Trinijove
fournit également tout le matériel, les uniformes etc.
La Fondation Trinijove prend part à une vision
globale, combinant des informations sur les
professions, la formation et la promotion du temps
libre.

Elle propose des formations combinées à un
apprentissage en entreprise sur le terrain : jardinage,
cuisine, nettoyage d’hôtel, travailleur social, serveur,
couture, ...

Depuis 2002, la Fondation Trinijove a obtenu le
certificat norme EN_ISO 9001:2000 de qualité.
Le centre du travail spécial (CET) a été créé à partir
de la nécessité d’offrir un service adéquat aux
personnes en situation de handicap physique ou
psychique qui viennent à la Fondation à la recherche
d’alternatives

Au Portugal, à Fidestra, Madame Mariana Amaro et M. Frederik Eistrup, de
l’école secondaire de Monterno-o-Novo nous ont présenté le projet mis en
place par leur classe tout au long de l’année sur le thème de l’immigration et
de l’intégration.

Mme Maria Reina Martin, professeur de la classe qui
a monté ce projet, a présenté à ses élèves la situation
du Portugal vis-à-vis de l’immigration. Longtemps
terre d’émigration avec environ 5 millions de
Portugais dans le monde, le pays a vécu un tournant
depuis les années 1980 et est maintenant une terre
d’accueil, ce qui entraine à la fois un certain nombre
de défis, mais également des opportunités
importantes.

En se rendant dans des quartiers composés
d’habitations clandestines où vivent une majorité de
jeunes africains et à travers des projets européens, les
jeunes ont pu se saisir de cette problématique et
peuvent ainsi aider à construire un modèle
d’immigration pas forcément basé sur l’intégration
totale à la société d’accueil mais bien un modèle de
diversité et de tolérance où chacun est respecté.

Madame Alessandra de Bernadis, Directrice de la Fondazione Casa Della
Carita, nous parle de son expérience d’intégration des personnes en difficultés
issues des quartiers sensibles de Milan.

La Casa della Carita accueille des personnes ayant de
graves difficultés : sans domiciles, italiens ou
étrangers, femmes victimes de mauvais traitements
ou de violence avec leurs enfants, Roms évacués des
terrains squattés, ...

Cette association offre l’hospitalité, au sens familial,
afin de rendre à la personne sa dignité en lui
permettant de se retrouver grâce aux différents
endroits mis à disposition : la Maison Abramo et
Maison Sara pour les sans domicile, la Maison Nid
pour les mamans avec enfant, la communauté « So
stare » pour les personnes avec problèmes de santé
mentale, ainsi qu’une maisonnette pour le premier
accueil des personnes évacuées des terrains squatés.

La Casa della Carita offre un service de douche et de
vêtements, la possibilité d’effectuer des visites
médicales, la possibilité de jouir d’une tutelle légale
et également une orientation et un accompagnement
dans la recherche d’un travail.

Pour faciliter l’intégration au travail elle a aidé à la
mise en place d’une coopérative « Lavoriamo », de la
coopérative « IES » et de « Mister Catering » qui
travaillent à l’intégration des personnes.
En ce qui concerne l’intégration relative à l’habitation
la Casa della Carita a décidé de promouvoir la construction
d’un village solidaire, destiné temporairement
aux Roms qui sont suivis dans un parcours
d’inclusion sociale.

Enfin la Casa della Carita a créé « l’Académie de la
Charité » où sont organisés des cours de formation,
de la recherche, des séminaires et des rencontres.

Depuis presque cinq ans la Casa della Carita gère des
situations de marginalité et d’urgence.
Un modèle présentant différentes caractéristiques a
émergé :

- Haute flexibilité et adaptation aux contextes dans
lesquels on doit opérer, qui sont très variables ;
- Intégration dans les différentes aires
d’intervention, avec attention à la personne dans son
entièreté, pour comprendre la complexité de ses
besoins.

C’est un modèle qui s’est forgé dans des situations de
fortes incertitudes, de gestion de l’urgence et qui est
centré sur les aspects relationnels. Ce modèle est
également basé sur une grande motivation des
personnes qui travaillent à tous les niveaux de
l’organisation. Nous essayons de sortir de l’assistanat
et d’une vision d’urgence en nous basant sur
l’enseignement que nous a laissé en héritage le
Cardinal Martini.

La Casa della Carita ne peut pas répondre à toutes les
situations d’urgence souvent inévitables, mais veut
faire prendre conscience de ces problématiques
qu’elle découvre dans son travail quotidien.
Aujourd’hui plus que hier, la ville est l’épicentre des
problèmes de notre temps et donc le lieu où il est
nécessaire de travailler pour chercher à construire
cohésion sociale.

L’enracinement à une ville, à son histoire, à ses
quartiers, à ses cultures, n’est donc pas seulement un
fait juste, mais c’est une condition à laquelle on ne
veut pas déroger.