n°6 décembre 2006

Claude Rolin, un secrétaire général de la CSC heureux

Le 1er janvier 2006, Josly Piette prenait sa retraite et était remplacé par Claude Rolin au poste de Secrétaire Général de la CSC. Humanisme et Solidarité a ren­contré le syndicaliste et lui a demandé comment il envisageait ce mandat, l’ave­nir du combat syndical et mais aussi ses coups de coeur d’homme.

Propos recueillis par Nathalie Delaleeuwe

Comment se sent le nou­veau Secrétaire Général de la CSC après 11 mois de mandat ?


Bien, très bien. En tout cas c’est fort dif­férent de ce que je faisais en tant que syndicaliste dans une fédération pro­vin­ciale. C’est le même mé­tier mais pas les mêmes en­jeux. Le rythme est particulière­ment soutenu. Depuis mon entrée en fonction, nous avons dû gérer des dossiers conséquents : les suites du pacte des générations, puis le débat sur la compéti­tivité suite au rapport Conseil de l’économie, suivi par les discussions sur la conversion de l’in­dex et les négociations sur les adaptations des allocations sociales. Sans oublier la créa­tion de la Confédération Syndicale Interna­tio­­nale à Vienne et, bien sûr, notre Congrès d’octobre.

Derrière le syndicaliste, il y a aussi un homme…


Je viens du Luxembourg. Je suis marié et j’ai deux enfants. J’ai notamment tra­­vail­lé chez les Jeunes CSC. J’ai également travaillé à la Jeunesse Rurale Chrétienne (JRC) comme sous-statut. En termes mili­tants, j’ai été permanent dans des groupes dé­pen­dants de la JRC. Je me suis surtout occupé d’un groupe de producteur-consom­mateur, d’une banque alternative. C’est ainsi que je me suis intéressé à l’économie sociale et au développement durable à un moment où ce n’était pas encore la mode. Voici résu­mé mon parcours. J’ai la fierté d’être un en­fant de l’échec scolaire. Je n’ai pas dépassé le secondaire inférieur. J’étais un ado rebelle qui n’arrivait pas à se conformer à l’autorité. Et au Luxembourg, quand vous ne réussissez pas à l’école, les choses sont simples : vous pre­nez la mallette et vous allez travailler comme bûcheron. C’est un hasard de la vie mais je trouve aujourd’hui qu’avoir vécu l’échec scolaire, puis le chômage et les petits boulots, c’est une expérience qui arme pour après. Comme responsable syndical, c’est une richesse.

Et comment rebondit-on quand on est un cancre à l’école ?


Deux éléments ont été fondamentaux pour moi : l’ISCO et la FOPES. Quand on voit aujourd’hui la poli­tique actuelle du gouvernement à l’égard du congé-éducation payé, on voit qu’on est en train de casser un outil de promotion sociale, une école de la seconde chance. Toucher au con­gé-éducation payé, c’est toucher à un outil précieux. Avec le concours du MOC, on a pu bien sûr exercer un travail de pression et ob­te­nir des mesures transitoires intéressantes mais elles ne changent rien quant au fond. Le sens de ce congé est réduit à sa plus simple ex­pression : ce n’est plus un outil d’éducation permanente et de promotion sociale qui per­met aux travailleurs de choisir de manière au­­to­nome des formations. Rappelons que c’était le fruit d’un combat mené par des or­ga­ni­sa­tions du mouvement ouvrier chrétien.

Votre engagement syndical est né d’une révolte


Pour moi, le déclic fut le coup d’Etat au Chili le 11 septembre 1973. Ce fut le début de mon engagement en faveur de causes tiers-mondistes à l’époque, on dirait altermondialistes aujourd’hui. Cet engage­ment se prolonge aujourd’hui dans mon com­bat syndical contre les inégalités engendrées par le néolibéralisme. Le cas du Chili me sem­­­­blait réunir toutes les données du pro­blème : les dérives du capitalisme, l’extrême droite et l’oppression des gens. Cela m’a fait com­prendre qu’il était fondamental d’ancrer mon action dans le monde ouvrier.

Et comment passe-t-on de la révolte à un engagement syndical aussi long que le vôtre ?


Avec les années, j’ai appris que la révolte pouvait être utile si on se dotait d’outils efficaces. Entre la révolte de ma jeu­nesse et mon travail actuel de syndicaliste, c’est la même sève, le même jus. Le monde change. Nous ne som­mes pas des anti-mon­dia­listes à tout prix. La mon­diali­sation a apporté des avan­­cées comme la circulation de l’information mais aussi des régressions. Au­jour­d’hui, la con­cur­rence ne se fait plus entre les grou­pes indus­triels mais au sein d’un même groupe qui joue sur la compétition pour décider qui obtiendra le droit de construire le nouveau modèle de voi­ture pour les 6 ans à venir. Les conséquences sont lourdes pour les ouvriers qui souffrent de plus en plus au travail.

Mais la mondialisation ne vous oblige-t-elle pas à revoir vos stratégies ?


Ah mais le monde syndical vient justement de se doter d’un nouvel outil qui selon moi constitue une a­van­cée historique ! Nous venons de rentrer de Vienne où un événement de première impor­tance a eu lieu. Les deux principales organisa­tions syndicales viennent de se dissoudre afin de constituer ensemble la Confédération Syndi­cale Internationale. Cela nous semble un excel­lent moyen de proposer une réponse aux enjeux de la globalisation. Nous avons d’ailleurs ap­por­­té la preuve qu’une mobilisation euro­péenne était possible lors de notre opposition à la direc­tive Bolkestein.

Pourtant en Belgique on entend par­fois que le syndicalisme n’est plus beau­coup d’actualité...


C’est vrai que cette idée cir­cule pourtant, elle est démentie par les faits. La société belge souffre d’une crise de confiance en­vers ses institutions mais les organisations syn­dicales ne sont pas touchées. La CSC n’a ja­mais compté autant d’affiliés - soit 1,6 millions de membres en ordre de cotisation an­nuelle. Nous sommes le premier syndicat du pays. Les élections syndicales connaissent tou­jours un aussi grand succès alors que leur parti­ci­pa­tion est tout à fait libre.

Le CSC a tenu du 19 au 21 octobre der­nier son Congrès. Qu’en est-il ressorti de cette grande réunion ?


Ce fut un franc suc­cès. Il faut comprendre qu’un congrès, c’est un évé­ne­ment organisé tous les quatre ans et qui réu­nit plus de mille personnes de tous les sec­teurs professionnels : des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des travailleurs de sec­teur florissant ou en crise... C’est un an de tra­vail préparatoire au cours duquel les propo­si­­tions sont discutées dans les fédérations, dans les centrales professionnelles Ensuite, au con­grès, nous passons notre temps à voter ces pro­po­­si­tions en groupes de 15 à 20 personnes. C’est une méthode lourde mais nos affiliés nous ont en­­core répété combien ils y étaient attachés. Ils ont peu d’occasion de donner leur avis.

Cette année, le Congrès de la CSC était axé autour du thème de la solidarité.


C’est une valeur à laquelle nous sommes bien enten­du très attachés ! Mais il ne suffit pas de le dire. Nous vivons dans une société où les idées circu­lent. C’est important de prendre le temps à l’oc­casion du Congrès d’unir notre position sur la sé­cu­ri­té sociale, sur l’assurance chômage, sur la fiscalité - comment la rendre plus solidaire ?

La sécurité sociale c’est un enjeu communautaire de taille.


Nous ne sommes pas naïfs. Nous savons très bien que nous sommes partis pour un nouveau round commu­nau­taire après les élections législatives de 2007. Mais nous réaffirmons notre soutien à une sé­cu­ri­té sociale fédérale et à un droit du travail fé­déral. Pour nous, leur communautari­sation est hors de question ! Le chômage est extrêmement déstructurant. Je l’ai moi-même vécu. Parfois, je me dis que j’aurais bien aimé que nos mini­stres en aient également fait l’ex­pé­rience. Il faut se rendre compte combien on se perd dans l’inac­­tivité. C’est pour cela que nous pensons qu’il faut mettre en œuvre des politiques pour l’em­ploi sans sanction mais en responsabilisant les gens.

Les syndicats sont aussi un des der­niers espaces réellement nationaux. Com­­ment cela se gère-t-il ?


Sans problème ! Lors des assemblées plénières du congrès, on n’a jamais senti de clivage communautaire dans les votes. Ici au sein de la maison, que ce soit à la mutualité, au syndicat ou dans le mouvement ouvrier, nous nous parlons entre Francophones et Flamands. Il n’y a aucun problème. Je suis persuadé que notre projet sur la sécurité sociale aurait déjà avancé si nous ne devions pas faire face au parasitage communautaire est de­venu un véritable frein politique.

Bref vous êtes un homme et un syndi­caliste heureux ?


Bien sûr. Notre com­bat est utile. La CSC est une maison ouverte aux réalités de notre société et qui en reflète la di­ver­sité multi­cultu­relle et multicon­fes­sionnelle. Nos valeurs sont claires. Il faut garder le cap. Juste un petit regret : je n’ai plus de temps pour ma passion, la pêche à la mouche ! Le permis m’attend depuis un an sur ma table !

n°6 décembre 2006

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