N° 17 Avril 2010

Appel à la raison !

Claude Rolin, Secrétaire Général de la CSC, Jean Hermesse, Secrétaire Général de l’ANMC et Thierry Jacques, Président du MOC, ont lancé, le 28 avril, un appel à la raison à nos hommes et femmes politiques.

Appel à la raison !

Les dernières évolutions de la politique fédérale
de notre pays nous amènent à exprimer
publiquement notre colère et notre déception,
et surtout à lancer un appel à la raison.

Notre intention n’est pas de nous prononcer sur
le fond du dossier BHV : il s’agit certes d’une
question très concrète pour un certain nombre
de personnes, mais, pour la majorité de la
population, c’est surtout un problème de nature
essentiellement symbolique, où se mêlent
notions juridiques et considérations politiques,
et qui reste à la fois peu compréhensible et très
éloigné de leurs préoccupations quotidiennes.

Notre volonté n’est pas non plus de désigner
des fautifs dans la situation actuelle : nous
avons plutôt tendance à considérer que des
torts se trouvent aussi bien au nord qu’au sud
du pays, et que, même si certains, des deux
côtés de la frontière linguistique, sont
incontestablement moins volontaristes que
d’autres dans la recherche de solutions, les
causes de la rupture du dialogue sont variées et
la responsabilité est collective.

Mais, devant un tel gâchis, nous ne pouvons
nous résigner à nous taire car l’absence de
Gouvernement et le recours à des élections
anticipées auront des effets dramatiques sur le
quotidien de nos concitoyens.
De très nombreux travailleurs, inquiets pour
leur avenir, attendent avec anxiété la suite qui
doit être donnée aux mesures anticrise décidées
par le Gouvernement et qui prennent fin le 30
juin 2010.

Les ménages en difficultés, les sans emploi et
les pensionnés, les travailleurs et travailleuses
aux revenus trop faibles, espèrent toujours que
des décisions soient prises en vue de les aider à
sortir de la précarité dans laquelle la crise les a
plongés.

Les personnes exclues du droit au logement,
aux soins de santé, à un revenu décent, se et ne croient plus vraiment à la possibilité
pour elles de reprendre pied.

Ces travailleuses et ces travailleurs, ces
familles, ces allocataires sociaux, vivent en
Wallonie, en Flandre et à Bruxelles. Et aucun
d’entre eux ne pourra jamais comprendre que
le règlement d’un conflit linguistique compte
plus que la réponse à apporter à leurs
problèmes quotidiens.

Ce genre de situation illustre le fossé qui se
creuse entre la classe politique, occupée à se
chamailler sur des questions qui n’en valent
pas la peine ou qui devraient pour le moins
passer au second plan des préoccupations, et
les citoyens, qui se sentent abandonnés à leur
situation.

Nous comptons sur la conscience de la réalité
de vie de nos concitoyens qu’ont nos
responsables politiques et nous attendons
d’eux qu’ils fassent tout ce qu’ils peuvent pour
répondre aux difficultés des gens.

Malheureusement, cet effort collectif est de
plus en plus mis à mal par la dérive
marchande de la fonction politique.
Aujourd’hui, la raison fait place à l’émotion, le
superficiel l’emporte sur l’essentiel, la
conquête des parts de marché électoral se
substitue à la recherche du bien commun, la
compétition empêche toute coopération.

Cette marchandisation de la fonction
politique rend impossible les indispensables
consensus politiques basés sur une capacité à
prendre de la hauteur et à avoir une vision
large et à long terme.

Cela conduit à des évolutions qui discréditent
la fonction politique : des responsables
politiques se comportent comme des
« business men » dont le profit (pour euxmêmes
ou pour leur parti, en termes de
reconnaissance et de pouvoir d’influence) est
la motivation première, le rapport avec le
citoyen électeur devient essentiellement de la
communication médiatique, et le souci
d’« exister médiatiquement », de réagir,
d’intervenir, de faire un bon mot, empêche de
prendre le temps nécessaire pour la réflexion,
l’écoute, l’échange et le débat qui doit
permettre la compréhension et le compromis.

La société civile organisée de notre pays
apporte pourtant la démonstration que la
Belgique a du sens et de l’avenir.
Les partenaires sociaux se montrent capables
de maintenir le dialogue et la concertation,
alors que le contexte économique belge et
international le rend plus difficile que jamais.
Les mutualités et les autres acteurs de la
santé sont parvenus, durant la période troublée
des négociations de l’« Orange bleue », à
conclure un accord médico-mutuelliste.

Et de nombreuses associations et mouvements
citoyens se rencontrent, par-delà la
frontière linguistique, pour échanger et unir
leurs forces, par exemple dans le cadre du
Réseau belge de lutte contre la pauvreté.

Nous souhaitons dépasser la colère et la
déception, et nous lançons aux responsables
politiques un appel à la raison : le 1er juillet,
notre pays va présider l’Union Européenne, et
il doit jouer un rôle capital pour répondre à
des enjeux essentiels : la régulation du
système financier, le climat et l’environnement,
le plein emploi, la lutte contre la
pauvreté.

Il doit être possible de conclure un accord
pour régler la question posée par
l’arrondissement BHV, et il est vital que notre
pays continue à être gouverné, afin de
répondre aux difficultés rencontrées par la
population.

Les responsables politiques doivent se
ressaisir. Sinon, la voie est ouverte pour le
rejet de la politique et pour les aventures
populistes et extrémistes, et en définitive
antidémocratiques.

N° 17 Avril 2010

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