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A quand un article 18 à l’envers ?

Article de Denis Grimberghs - Député bruxellois, membre du Parlement de la Communauté française, Président d’un Pouvoir Organisateur d’écoles en discrimination positive.
(24 juin 2004)

L’article 18 du décret « discrimination positive » permet à ceux qui ont presté 10 années dans une école à discrimination positive d’obtenir une priorité pour bénéficier d’une mutation dans une école réputée... plus facile !

On a vu des enseignants et des directeurs s’inquiéter de ce que cette disposition vide les écoles réputées difficiles des enseignants les plus expérimentés. S’il est compréhensible que les enseignants qui rencontrent le plus de difficultés à exercer leur métier cherchent à aménager leur carrière pour « souffler », il faut reconnaître que la
« solution » de l’article 18 est révélatrice de deux maux dont souffre notre enseignement : l’absence de mobilité professionnelle et le refus d’aménager les conditions de travail en fonction des réalités différentes rencontrées.

Commençons d’abord par cette deuxième question. Est-il normal que les prestations d’un enseignant soient régies exactement par les mêmes dispositions selon qu’il enseigne dans une école à discrimination positive ou non ?

Une solution de bon sens à cette question qui mine l’organisation des écoles depuis tant d’années pourrait être trouvée sur base d’une présence horaire hebdomadaire dans l’école qui soit clairement découplée de la question du nombre d’heures effectives de face à face avec les élèves. Il me semble en effet qu’il serait assez logique que tous les enseignants prestent les mêmes heures de travail mais que celles-ci soient réparties différemment en fonction des temps de préparation, de concertation, de titulariat etc. Encore faut-il que les infrastructures soient adaptées à, cette évolution !

Reste évidemment la question de savoir si l’on accepte d’introduire un mécanisme de primes de pénibilité pour ceux qui exercent incontestablement leur métier dans des conditions plus difficiles que d’autres ? Pour ma part, j’ai une préférence pour une solution qui passe à la fois par l’aménagement des conditions de travail et la mobilité professionnelle. Mais si on n’avance pas sur ces deux questions, il faudra bien trouver des formes de primes pour les enseignants qui acceptent une affectation dans une école à discrimination positive.

Agir sur la mobilité professionnelle est évidemment immensément complexe dans un système qui est caractérisé par la rigidité des statuts ! Faut-il pour autant renoncer à toute amélioration en la matière à l’heure où les pénuries se font de plus en plus sentir pour certaines fonctions ? La première de toutes les rigidités qui doit pouvoir sauter est relative à la mobilité professionnelle de et vers l’enseignement. Il n’y a rien de plus dramatique que de voir des enseignants condamnés à rester dans l’enseignement faute d’avoir des possibilités de faire valoir leur carrière d’enseignant pour assurer d’autres fonctions soit dans l’administration soit dans le secteur privé. Il n’y a rien de plus frustrant que de voir des personnes prêtes à enseigner, qui en ont les capacités ne plus pouvoir entrer dans l’enseignement parce que rien n’est prévu pour valoriser l’expérience acquise hors de l’enseignement, même dans les secteurs connexes comme celui de l’aide à la jeunesse ou de la petite enfance !

Venons-en à trois propositions concrètes :

1. L’article 18 à l’envers !

Pourquoi ne pas permettre à des enseignants qui sont nommés de faire le choix d’enseigner pendant un certain temps dans des établissements à discrimination positive ? Ce volontariat serait encouragé par la certitude de pouvoir revenir après 5 ou 10 ans de prestation dans l’école à discrimination positive vers l’établissement d’enseignement dans lequel ces enseignants sont nommés.

2. Le détachement dans l’enseignement technique et professionnel !

Ne peut-on envisager d’organiser le détachement de personnel d’entreprise pour assumer des fonctions dans l’enseignement technique et professionnel ? Et pour ce faire recourir au fonds sectoriel afin de couvrir d’une part les coûts de la formation pédagogique des candidats à cette expérience et le différentiel salarial ?

3. Des éducateurs expérimentés !

Dans les fonctions éducatives qui doivent être revalorisées, on doit organiser la mobilité entre les agents de l’enseignement et ceux de l’aide à la jeunesse et des autres services sociaux subsidiés. Aujourd’hui, il n’est pas possible de prendre en compte l’expérience des éducateurs hors de l’enseignement lorsqu’ils doivent être engagés dans une fonction qui relève de l’enseignement.