N° 17 Avril 2010

2010 : Année Européenne de la lutte contre la Pauvreté. Pour un mieux et bien être des personnes âgées ?

Qui boira le bouillon ? À quelle soupe allons-nous être mangés ?

2010 verra la Belgique prendre la présidence tournante de l’Union Européenne. Mais 2010 c’est aussi l’année européenne de la lutte contre la pauvreté. Année Européenne qui ne pouvait pas mieux ou mal tomber au regard de la crise sociale qui touche de plein fouet l’Europe et la Belgique. Aux côtés de la population active, les travailleurs en particulier, ce sont de très et trop nombreuses familles qui vivent des temps difficiles. Dans ce contexte et au regard de la pauvreté déjà présente, les aînés ne sont pas épargnés. Ils s’inquiètent… pour eux d’abord mais plus encore pour les jeunes et adultes d’aujourd’hui qui seront les aînés de demain ! La crise financière puis institutionnelle viennent apporter un coup de frein et ajouter une couche de difficultés dont l’Etat belge pouvait se passer dans son défi de gérer le coût lié au vieillissement de la population et à une augmentation de 80% des aînés d’ici 2050.

Frédéric POSSEMIERS, Secrétaire politique de l’UCP

Quels constats liés à la pauvreté aujourd’hui ?
(sources : enquête EU-SILC 2007)

Le pourcentage de pauvreté pour l’ensemble de la
population belge s’élève à 15,2%. Soit 1 personne sur
7, un pourcentage qui ne cesse de grandir doucement
mais sûrement depuis plusieurs années (14,3% en
2004), même s’il se situe en deçà de la moyenne
européenne (16%).

Ces personnes ont un revenu disponible équivalent
ou inférieur au seuil de pauvreté (pour une personne
isolée : 898€mois ; pour un ménage avec 2 enfants :
1.850€/mois).

Les disparités régionales sont importantes et
davantage inquiétantes du côté francophone (au
centre et au sud du pays). 10,9% du côté de la Flandre
contre 18,8% en Wallonie et 28,2% en Région
bruxelloise.

Parmi les différents groupes d’âges, les personnes
âgées (+65ans) représentent le groupe d’âge le plus à
risque : 23%. Près d’un aîné sur quatre vit sous le
seuil de pauvreté. Ce pourcentage varie entre les
femmes (25%) et les hommes (21%) et est parmi les
plus mauvais résultats par rapport à la moyenne
européenne (19%).

Chez les personnes âgées, on ne remarque pas de
grandes disparités entre les communautés du pays.
Par contre, en ce qui concerne la population active, le
pourcentage de pauvreté est très différent d’une
communauté à l’autre (8% en Flandre contre 15% en
Wallonie), en particulier pour la tranche des 25-49
ans (6,3% en Flandre contre 16,5% en Wallonie).

Cette fracture sociale a de multiples facettes :
* 70% de la population totale dispose d’un PC et 64%
à une connexion internet, alors que seuls 25% des +
de 65 ans ont accès à un ordinateur et que dans le
même temps le nombre de services informatisés à la
population ne cesse d’augmenter ;
* 80% de la population ayant les revenus les plus
faibles n’a pas accès à des activités culturelles, de
loisirs ou associatives ;
* On a assisté à une augmentation de 10% des tarifs
de base des maisons de repos entre 2005 et 2009,
soit une moyenne nationale de 1.164€/mois (hors
coûts des suppléments, activités et frais médicaux
pouvant s’élever de 300 à 1000€/mois) alors que la
pension de retraite pour un salarié est en moyenne de
924,79€ (rapport ONP 2009)
* Sans parler des répercussions sur la capacité à
supporter le coût des soins de santé et à se sentir en
bonne santé malgré tout notre système de protection
sociale
Les personnes âgées : 1er groupe à risque
face à la pauvreté

Selon le rapport annuel 2009 du comité d’étude
sur le vieillissement, parmi les personnes de 65
ans et plus, 23% sont exposées à un risque de
pauvreté. Dans ce groupe, les personnes les plus
exposées sont : les femmes : 25% ; les personnes
très âgées : 26% ; les isolés : 29%.

Quant au taux de pauvreté, il augmente
malheureusement avec l’âge. Ainsi à 75 ans, il
atteint 27%. Les personnes les plus touchées sont
donc les femmes, vivant seules, et parmi les plus
âgées.

Et ce pourcentage de pauvreté ne cesse
d’augmenter d’année en année, doucement mais
sûrement malgré le fait que la pension légale de
retraite constitue le premier instrument
essentiel pour limiter le risque de pauvreté chez
les + de 65 ans (puisque sans pension, le risque
de pauvreté monterait à 91%).

Par rapport à nos pays voisins et à la moyenne
européenne, la situation de la Belgique pour les
+ de 65 ans est préoccupante et trouve son
origine dans l’absence de la liaison automatique
au bien-être. C’est dans la dégradation des
revenus de remplacement au cours du temps que
la montée de pauvreté trouve son origine.

Pourtant, d’après les projections du comité
d’étude sur le vieillissement réalisée avant la
crise, le pourcentage devrait a priori diminuer de
manière significative compte tenu d’évolutions
récentes : d’une part du fait que le pourcentage
de femmes au travail, la durée de leur carrière
professionnelle et le nombre de pensions de
retraite d’isolé augmentent et d’autre part que
les minima de pensions et la GRAPA ont été
relevés (la GRAPA étant alignée sur le seuil de
pauvreté) et la liaison au bien-être partiellement
acquise.

Mais la crise actuelle apporte un solide coût de
frein. L’intervention récente de l’Etat auprès des
banques pour diminuer l’impact de la crise
financière et économique couplé avec les
mesures anticrises pour faire face à la crise
sociale qui débute seulement maintenant -
puisque selon Mr Ledent, économiste ING, il
peut y avoir jusqu’à 3 ans entre le point d’impact
et le moment de sa résonance sociale – sont de
nature à avoir un impact sur les finances
publiques et sur le défi à relever sur le
vieillissement de la population.
D’une part l’absence d’excédents budgétaires ne
permet pas d’alimenter le fonds de vieillissement
en 2008 et probablement pas en 2009. D’autre
part, avec le déficit public, la dette augmente, et
cela retarde d’autant le moment où l’on peut
puiser dans le fonds.

La priorité doit donc rester le défi du
vieillissement de la population sans quoi le
pourcentage de pauvreté chez les aînés va
connaître une courbe ascendante aujourd’hui et
demain. Ne nous trompons donc pas de débat en
faisant de l’équilibre budgétaire une fin en soi
alors qu’il reste le moyen pour atteindre notre
objectif de financement des pensions.

Parallèlement au soutien à la relance de l’emploi
qui reste le premier facteur et paramètre pour
lutter contre la pauvreté et qui permet de
soulager et soutenir pour partie les finances en
matière de sécurité sociale, si d’aventure des
moyens devaient être dégagés il faudra trouver
un juste équilibre dans l’affectation. Un équilibre
à trouver, autour de la solidarité, entre les aînés
d’aujourd’hui et les générations futures, entre
l’affectation de moyens d’une part pour
revaloriser à court terme les allocations et
revenus de remplacements, et d’autre part pour
investir dans la diminution de la dette et ainsi
alimenter à nouveau le fonds de vieillissement
selon de nouvelles modalités.

Enfin, malgré notre bon système de protection
sociale et en particulier de l’assurance maladie,
les récentes réformes réalisées ces dernières
années (le MAF en fonction du revenu, VIPO
élargi aux BIM et ensuite statut OMNIO,
maladies chroniques) ne constituent pas un filet
social fiable à 100% quand on voit qu’un
pourcentage important de personnes reportent
leurs soins médicaux pour raison financière, en
particulier dans la population âgée. Chez les + de
65 ans, 40% des ménages ont des difficultés à
payer les dépenses de soins de santé, qu’ils
soient en maison de repos ou à leur domicile. Le
nombre de personnes âgées en perte
d’autonomie, et déjà fragilisées socioéconomiquement
ne faisant qu’augmenter,
l’addition des frais médicaux et non médicaux,
plongent 200.000 personnes en Belgique dans
l’insécurité sociale.

L’UCP revendique le bien-être pour les
aînés d’aujourd’hui et de demain

À l’heure où le politique et les médias
consacrent le traité de Lisbonne et le nouveau
président du conseil, affûtent leur nouvelle
campagne électorale et préparent la présidence
belge de l’union européenne, il est bon de se
souvenir qu’en mars 2000, lors du lancement
de la stratégie de Lisbonne, le Conseil avait
invité les Etats membres à prendre les mesures
pour l’élimination de la pauvreté à l’horizon
2010.
Mais force est de constater que c’est un échec.
Aujourd’hui 78 millions de personnes en
Europe sont menacées par la pauvreté dont
1.520.000 en Belgique.

Aussi l’UCP veut enfoncer le clou en ce milieu
d’année européenne de la lutte contre la
pauvreté et à la veille d’un nouveau scrutin en
adressant un double message aux acteurs
politiques visant à réduire la fracture sociale et
la consolidation du lien social.

Renforcer un mieux-être pour tous les
aînés
par le renforcement du 1er pilier de
pensions : en continuant à relever les minima
de pensions de retraite et la GRAPA au-delà du
seuil de pauvreté ; en relevant le plafond pour le
calcul des pensions des salariés ; et en insistant
sur la liaison au bien-être, la liaison
automatique et structurelle des allocations
sociales à l’évolution des salaires au-delà de
l’indexation.

Renforcer un mieux-être pour les aînés en perte
d’autonomie : par le relèvement progressif du
plafond de revenus pour bénéficier de l’APA
(l’aide aux personnes âgées) et par le
relèvement progressif de 10% des allocations
suivant les différents degrés de dépendance
dans la perspective à plus long terme d’une
Assurance Autonomie fédérale.

Avec, en parallèle, la garantie de maintien d’un
stop dans la hausse tarifaire et de la diminution
des coûts dans les maisons de repos ainsi que
d’une réglementation sur les suppléments et
d’une programmation volontariste en matière
d’augmentation de l’offre en parallèle du
renforcement de l’aide et soins à domicile.

Garantir le bien-être des aînés de demain
par une gestion budgétaire volontariste :via le
retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2015 au plus
tard et la diminution du taux d’endettement ;
via l’instauration d’une cotisation sociale
généralisée apportant un financement
complémentaire à la sécurité sociale ; via la
recréation d’un maximum d’emplois de qualité
pour tendre vers les objectifs fixés par Lisbonne
(70%) ; via une gestion plus équitable des
déductibilités fiscales et réduction de
cotisations sociales/patronales, et plus
redistributive des recettes notamment au
départ des deuxième et troisième piliers de
pension vers le premier pilier de pension.

Avec en parallèle : l’instauration rapide du
Conseil Consultatif fédéral des Aînés et des
conseils consultatifs locaux des aînés pour
renforcer les espaces de concertation ; le soutien
à l’émergence de différents lieux de vie et aux
actions soutenant le lien intergénérationnel ; la
généralisation d’une Assurance Autonomie
basée sur la solidarité.

À l’heure où l’on dégage de nouveaux moyens
pour cette année européenne, gageons que les
paroles se traduiront en actes, que les actions
ponctuelles feront place aux mesures
structurelles pour que le prix fédéral de lutte
contre la pauvreté et le baromètre de la
pauvreté n’ait plus de raison d’être dans notre
pays. Mais surtout pour que les aînés ne soient
pas amenés à choisir entre se loger, se chauffer,
manger ou se soigner !

N° 17 Avril 2010

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